L’heure du retour – Christopher M. Hood

Voici donc un roman post-apo, mais ici, l’apocalypse est un virus et une pandémie. Vous savez, le genre de livre qui me HURLE de ne pas le lire. Cependans, je l’ai lu dans le cadre d’un concept vidéo. Et franchement, si je vois pourquoi il a plu, j’aurais clairement pu m’en passer.

De quoi ça parle

Les États-Unis, un futur proche.

Un virus mortel a décimé une grande partie de la population. Bill et sa femme Penelope ont eu de la chance : non seulement ils sont en vie mais leur fille, Hannah, l’est également, à l’autre bout du pays. Quant elle les appelle pour leur dire qu’elle renonce à sa famille pour entrer dans le Revival, une secte californienne. Ils décident donc d’aller la récupérer

Mon avis

Je l’ai dit au début du roman, ce n’était pas pour moi. J’ai aimé plusieurs romans post-apo récemment alors j’avais quand même un peu d’espoir. Sauf que je suis complètement passée à côté et que, pour être franche, je n’ai pas vraiment de fun à lire celui-ci.

Nous suivons donc un couple qui a vécu sa fin du monde. Les systèmes se sont effondrés, il n’y a plus de technologie et les communications sont presque inexistantes. Bien entendu, ils ont vécu l’enfer et tentent de survivre dans leur pavillon de banlieue en faisant pousser des salades dans leur platebande. Lui, Bill, est un homme blanc, psychologue. Elle, Pénélope, est une femme noire, analyste financière à l’esprit très cartésien. Depuis la pandémie, elle s’est enfermée dans sa tristesse et Bill commence à reconstruire son existence. Jusqu’à l’appel inquiétant de Hannah qui donnera une raison de vivre à Pen.

Cette mise en place était prometteuse. Il y avait toute une réflexion à faire sur l’humainerie après la fin du monde, qui peut faire ressortir le pire comme le meilleur de chacun. Surtout, je croyais que j’aurais affaire à une histoire de reconstruction où les normes établies et les diktats de la société seraient remis en question. En fait, je sens que c’est ce que l’auteur a voulu faire. Sauf que j’ai trouvé ça assez maladroit et que tout semblait plaqué, notamment toutes les nombreuses discussion sur la race et le racisme qui semblent sortir de nulle part, comme pour prouver que Bill est une bonne personne et qu’il est bien déconstruit. Étant en couple avec une femme noire, ses positions se comprennent. Mais autant j’apprécie ce thème, autant là, j’ai trouvé ça mal fait.

Nous avons donc un road trip (j’aime pas tant les road trips) avec un couple qui souhaite traverser un pays dévasté sans avoir aucune idée de ce qui les attend. Ils vont faire de bonnes et de mauvaises rencontres et j’avoue m’être davantage intéressée à certains personnages rencontrés en route qu’au couple principal, même si j’aime bien la force tranquille de Penelope qui prend les choses en main à sa manière. Il y a beaucoup de péripéties, des situations apparemment sans issue et les notes d’espoir arrivent tard dans l’histoire. La fin est également abrupte et on sent que l’auteur a voulu se garder de la place pour un tome 2.

Tome 2 dont je vais clairement pouvoir me passer. Ce thème n’est juste pas pour moi, même si en y réfléchissant, j’avais beaucoup aimé Swan Song et Station Eleven… Bref, un genre de presque 3 étoiles.

La dernière allumette – Marie Vareille

J’ai toujours aimé ce que j’ai lu de Marie Vareille mais étrangement, je n’aurais pas lu celui-ci sans les nombreux commentaires positifs de plusieurs de mes amies lectrices. J’ai donc fini par l’ouvrir sans savoir de quoi ça parlait.

De quoi ça parle

Abigaëlle n’a pas prononcé un mot depuis plus de 20 ans. Elle est dans un couvent en Bourgogne et ses souvenirs de la vie d’avant sont flous. Elle ne peut se souvenir des événements qui ont tout fait basculer. Gabriel, son grand frère, est un écrivain et un illustrateur encensé. Et un jour, Gabriel va rencontrer la lumineuse Zoé, ce qui va inquiéter Abigaëlle, dont les pensées vagabondent entre réalité et mensonges qu’elle ne sait plus distinguer.

Mon avis

Même dans ses récits plus légers, j’aime habituellement ce qu’écrit Marie Vareille. J’ai moins apprécié « Ainsi gèlent les bulles de savon » mais sa façon de raconter des histoires me plait. Encore une fois, ici, j’ai passé un très bon moment de lecture et je crois que ce roman va plaire à une grande majorité de lecteurs et de lectrices. C’est un roman grand public, qui parle de traumatismes de l’enfance et de violence conjugale de façon claire et qui met en évidence le cycle de la violence, avec un procédé narratif très intéressant.

Nous avons donc trois narrations principales. Abigaëlle maintenant, qui se dit folle et qui a toujours « rempli les trous » de la réalité. Elle nous dit d’emblée avoir du mal à distinguer le vrai du faux et ne vit pas toujours bien les visites de son grand frère Gabriel, qui persiste à venir la voir malgré son silence. La deuxième narration est le journal d’Abigaëlle enfant. Enfant surdouée, elle commence à écrire ses pensées et révèle avec beaucoup de candeur les tourments de sa vie familiale, sous l’influence d’un père violent qui l’aime « elle » mais qui ne se gêne pas pour taper et insulter sa mère. J’ai adoré voir évoluer la prose d’Aby, très immature au départ et remplie d’erreurs de vocabulaires souvent très choupi. Elle jette un regard au départ naïf sur ce qui l’entoure et est déchirée entre l’amour qu’elle ressent pour son père et le comportement de celui-ci face aux autres membres de sa famille. Finalement, la troisième voix est celui d’un psychiatre proche de la retraite qui accepte de recevoir Mme Boisjoli dans son cabinet, venue parce que des gens sont inquiets, même si son mari n’est pas « comme ça ». Pas vraiment.

Nous avons donc ici un roman dont les pages se tournent toutes seules. La plume est très fluide et les trois voix sont très distinctes. Ici, les choses sont clairement explicitées et nulle place à l’interprétation pour le lecteur. Les mécanismes de la violence sont bien mis en évidence et toutes les idées reçues sont démontées. J’ai trouvé les parties chez le psy un peu didactiques mais je comprends pourquoi l’autrice a fait ce choix. L’évolution des perception du personnages est bien faite et on a le goût de l’encourager à chaque mécanisme de défense qui tombe. Les personnages sont bien construits, multidimentionnels et j’ai particulièrement apprécié de découvrir Gabriel petit à petit.

J’ai apprécié la justesse du ton et la diversité des points de vue sur une même problématique qui dépasse les coups donnés ou observés. On ne sombre pas dans le pathos ou le mélo malgré le côté terrible de certaines situations. Une bonne lecture.

La petite dame en son jardin de Bruges

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu l’idée de repêcher ce court récit des tréfonds de ma pile. Toujours est-il que ça a été une mautadite bonne idée!

De quoi ça parle

Dans ce récit, Charles Bertin rend hommage à sa défunte grand-mère, avec qui il a passé des étés marquants dans sa maison et son jardin de Bruges.

Mon avis

Ce que j’ai pu aimer ce récit. Je me suis laissée porter par les mots de l’auteur dans le tourbillon des souvenirs évoqués par le narrateur et j’ai vécu avec lui ces étés merveilleux sous le regard bienveillant de sa grand-mère, décédée depuis maintenant 50 ans. Je suis une nostalgique dans l’âme et ces moments de grâce, magiques, m’ont profondément touchée. Ce sont ici des instantannés d’enfance, de grandes aventures à vélo ou dans la ville. C’est une ode à l’imagination, aux rêve et aux désirs auxquels ont peut aspirer.

C’est dans les années 90 que l’auteur rêve à sa grand-mère. Thérèse-Augustine, qu’elle s’appelait. Née dans une famille paysanne en 1870, elle a été sacrifiée sur l’autel de la réussite de ses frères et après la mort de son mari pour qui elle a sillonné la Belgique d’une demeure à l’autre. Pui arrive son petit-fils avec qui elle va tisser un lien d’exception. Histoire d’un amour profond, marqué par le goût d’apprendre et de développer un imaginaire qui ne demande qu’à s’exprimer.

C’est court, intense mais pudique à la fois. On visite une Bruges très réelle, qui défile sous nos yeux et j’ai revu avec plaisir ces canaux et ces clochers. On ressent l’exaltation, les moments d’ennui mais aussi la profonde complicité qui liait ces deux êtres. C’est cosy et confortable et j’ai passé un moment remarquable dans ces pages. La plume est poétique et évocatrice et j’ai terminé ce voyage dans les souvenirs de l’auteur les yeux dans l’eau. Des images qui naissent sous mes yeux, des instants fugaces qui apparaissent réels, un grand rayon vert et une ode à cette famme qui a été rebelle à sa manière, la seule qu’elle avait. J’ai adoré. Un gros 4,5 étoiles.

Jungle – Adelaïde Barat Magan / Justine Langlois / Fanny Modena

Autisme au féminin…

Il suffisait de ces mots sur la couverture pour me tenter. Je pose les bases tout de suite, je ne suis pas autiste. J’ai des grosses particularités sensorielles – qui font rire tout le monde – avec lesquelles je vis très bien, mais je ne suis pas autiste. Parce qu’il est faux de dire que « tout le monde est un peu autiste ». Mais je m’égare.

De quoi ça parle

Gabi a 26 ans. Toute sa vie, elle s’est sentie un peu à côté du monde. Puis, elle reçoit un diagnostic. Autisme. Et ça va tout expliquer.

Mon coin lecture

Voici donc une bande dessinée fort intéressante, entre témoignage et ouvrage didactique, qui parle de l’autisme au féminin. Vous savez, celui qui a été longtemps invisibilisé et ignoré en psychiatrie car la médecine a toujours été faite par et pour les hommes, n’est-ce pas.

Je ne suis pas autiste mais je travaille avec les personnes autistes, surtout les toutes petites personnes de moins de 6 ans. Du coup, j’ai beaucoup lu sur le sujet et sur le devenir de ces personnes. Cet ouvrage est pour moi une très bonne introduction, avec un point de vue de l’intérieur sur ce que c’est, être autiste. On traite aussi des stéréotypes et des perceptions, ça sent le vécu, on ressent le mal être de Gabi qui ne se reconnaît pas dans ceux qui l’entourent. Et c’est en lisant son rapport d’évaluation Dx qu’elle va jeter un retard sur le passé et permettre au lecteur de comprendre.

Si je ne suis pas fan du style de dessin de façon générale, je dois mentionner que les illustrations apportent énormément à l’histoire et que l’illustratrice réussit à créer des images frappantes qui permettent d’ouvrir la porte de la psyché de Gabi. Très bien fait et bien pensé.

Si pour ma part j’aurais aimé voir aborder plus en détails certains aspects de l’autisme au féminin (le type d’intérêts restreints, notamment) , je conçois que ça sent le vécu, que ça risque de faire du bien aux jeunes femmes autistes et que ça va permettre à monsieur et madame tout le monde de comprendre un peu mieux.

Je recommande.

Et, ça faisait longtemps… c’était ma BD de la semaine. Toutes les participations chez Noukette!

À la recherche de Marie – Madeleine Bourdouxhe

J’ai découvert Madeleine Bourdouxhe l’an dernier, avec ma lecture marquante de « La femme de Gilles ». Quand j’ai eu l’occasion de lire cet autre roman de l’autrice, écrit dans les années 30 et publié dans les années 40 (l’autrice voulait vraiment un éditeur-pas-pro-nazi), j’ai sauté dessus.

De quoi ça parle

Marie est mariée avec Jean depuis 6 ans. Elle est amoureuse de son mari, heureuse en ménage et est en vacances dans le sud de la France. Lors d’une promenade, elle va voir un jeune homme, vacancier comme elle, qu’elle va graduellement apprendre à connaître. De retour à Paris, elle va le recontacter.

Mon avis

Madeleine Bourdouxhe a une plume toute en pudeur mais terriblement forte. C’est tellement bien écrit. Il faut certes aimer les récits centrés sur un seul personnage et exploré la psyché d’une femme à travers son quotidien et son évolution personnelle. On sent l’hommage à Proust dans le titre mais il y a selon moi un petit côté Virginia Woolf aussi. Bref, tout à fait pour moi.

Ce roman est certes moins coup de poing que La femme de Gilles. Il est beaucoup plus lumineux aussi. Cette histoire est celle d’une femme qui découvre qu’elle est quelqu’un en elle-même, hors de son mariage et de son statut d’épouse. Elle commence à entrevoir l’évantail des possibilités hors de Jean, son mari et de sa grande soeur Claudine avec qui elle a une relation particulière. Elle s’ouvre à ses désirs, ses envies et à ce qu’elle est profondément.

Tout est dans le détail dans ce roman. Détails dans les réflexions de Marie, son attention aux petites choses, aux petites sensations ainsi que dans la description des ambiances. Je me sentais sur cette plage, plongée dans ces silences riches et prégnants, transportée dans les rues et les cafés parisiens des années 30. Marie n’est pas toujours heureuse, elle a des déceptions, des désillusions mais elle semble saisir le moment présent, les sensations qui permettent d’être vraiment là.

Bref, une excellente lecture, une touche de féminisme, et je vais clairement suivre Zoe éditions. J’ai tout aimé ce qu’ils font à date.

Délicieuses pourritures – Joyce Carol Oates

Moi et Oates, ça passe habituellement. J’ai eu quelques échecs mais en général, j’aime sa vision subversive. J’ai lu ce court ouvrage dans le cadre de ma série « je lis les favoris de… » et j’ai adoré.

De quoi ça parle

Nouvelle-Angleterre, années 70, un collège féminin. Gillian a 20 ans et elle tombe sous le charme, ou plutôt l’emprise, de son professeur de littérature qui leur demande de livrer leur journal intime en classe. Gillian se laissera prendre dans la spirale créée par ce professeur et son épouse, artiste qui collectionne la laideur.

Mon avis

C’est donc un très court récit auquel nous avons droit ici. Juste assez pour moi pour me sentir engluée dans cette résidence pour étudiantes d’une université féminine. Chacune veut briller, être remarquée et Gillian, le personnage principal, sera prise dans une situation dont elle ne veut pas réellement sortir.

Ce texte est vénéneux, poisseux, déstabilisant. C’est profondément dérangeant de voir cette jeune femme intelligence fascinée par son professeur qui élit des « favorites » qui ont ainsi la possibilité de participer aus processus créatifs du couple qu’ils forme avec son épouse. De l’extérieur, c’est horrible. La manipulation est évidente, les manigances dégoûtantes. Et de voir ces jeunes femmes désirer cette situation et être détruites fait mal au coeur.

Du point de vue de Gillian, ses rêves se réalisent. Elle ne comprend pas l’emprise, se trouve privilégiée, on a le goût de la secouer. Elle prend tellement de mauvaises décisions qu’il est difficile de l’apprécier comme personnage, ce qui nous remet aussi en question par rapport à la « parfaite victime ». Tout ça en étant de plus en plus horrifiée par ce qui lui arrive. Entre érotisme (infortable l’érotisme) et drogues, rien n’est épargné à la jeune femme.

C’est magnifiquement écrit, très inconfortable, les relations féminines ne sont pas simples et le thème de l’obsession est partout. Les jeunes femmes se suspectent l’une et l’autre, on se sent clairement englué dans le récit et j’y ai réfléchi longtemps après. Bref, adoré.

L’Assassin du dimanche – Leslie Kaplan

Malgré son thème, je n’aurais jamais lu cet ouvrage sans le vlog « je lis les livres suggérés par Mariana Mazza » qui arrivera bientôt. Et bon… je pense que j’aurais très bien pu vivre sans.

De quoi ça parle

Dans Paris et les environs, un tueur fait rage. Une série de féminicides, les dimanches. Révoltées, des femmes bien différentes s’organisent pour tenter de l’arrêter.

Mon avis

Je n’ai rien à reprocher à ce roman. Ça se lit tout seul, je ne me suis pas ennuyée mais je ne crois pas en garder quelque souvenir que ce soit. En fait, j’ai du mal à comprendre l’objectif de ce roman, certes féministe, mais qui ne soulève pas grand chose de nouveau.

J’ai certes apprécié que la lumière soit sur le groupe de femme du collectif plutôt que sur l’assassin. J’ai aussi aimé l’aspect sororité, la solidarité entre femmes. Mais le tout est trop rapide et il y a trop de personnages pour que l’on arrive à réellement s’attacher à chacun d’entre eux. Je n’ai eu l’impression de connaître personne.

En résumé, nous rencontrons Louise, femme de théâtre, Stella, prisonnière de sa trop grande beauté, Aurélie, employée d’usine, Jacqueline, qui sort tout juste de prison et Anaïs, prof de philo. Nous avons peu d’informations sur ces femmes mais celles qui nous sont données nous permettent de les différencier et les anecdotes de leur passé sont significatives. Comme personne ne semble rien faire, comme c’est souvent le cas avec les féminicides, elles choisissent, ensemble, d’attraper le tueur.

Ce n’est pas une enquête. Les idées féministes sont souvent intéressantes, mais peu développées. Si c’est une première incursion dans la littérature trantant de ces questions, ça peut être intéressant mais pour moi qui en ai lu pas mal, ce n’était pas vraiment original.

Bien, mais sans plus.

Après minuit (Wrong place, wrong time) – Gillian McAllister

J’ai choisi de lire ce livre dans le cadre d’une vidéo consacré aux suggestions de Mariana Mazza dans son émission. Ce que je ne savais pas (parce que je n’ai pas cherché, j’avoue), c’est que c’était la VF de « Wrong place, wrong time », déjà dans ma PAL en VO. Bref, vous allez comprendre pourquoi ça a une certaine importance quand vous lirez mon avis.

De quoi ça parle

29 octobre. Jen est avocate, dans un mariage heureux avec Kelly et la mère de Todd, un jeune qui vient d’avoir 18 ans. Un soir, en l’attendant, elle le voit commettre un meurtre à coups de couteaux. Elle ne comprend absolument pas comment il a pu en arriver là et est désespérée. Cependant, le lendemain, quand elle s’éveille… rien de tout ça ne s’est produit. C’est le 28 octobre et l’irréparable n’a pas encore été commis.

Mon avis

Entendons-nous, le concept est top. J’adore les histoires de voyages dans le temps et j’ai beaucoup aimé cette construction de jours à rebours pour permettre à la protagoniste de faire quelque chose (mais quoi) dans cette situation. J’ai lu l’histoire en un après-midi, c’est très divertissant, extrêmement prenant et même si j’ai vu venir assez rapidement, je voulais savoir comment l’héroïne réussirait à emboîter toutes les pièces du casse-tête.

Toutefois… qu’est-ce que je n’ai pas accroché à la plume! Est-ce la traduction? Certes, il y a plusieurs maladresses à cet effet (j’ai pu comparer avec l’original) et le roman aurait mérité un travail éditorial plus étoffé. Vocabulaire imprécis, structures syntaxiques boiteuses et temps de verbes ma foi… originaux, j’ai tiqué à de nombreuses reprises. Par contre, j’ai lu un peu la VO… et disons que l’autrice aime beaucoup, beaucoup les virgules et certaines comparaisons sont aussi… particulières. Mais quand même, ça a tout de même beaucoup influencé ma lecture. Alors que je n’avais qu’à prendre le livre en anglais qui était juste en haut des escaliers… bref, silly me…

Même si j’ai eu peur à un moment, j’ai trouvé le personnage de Jen très crédible en tant que mère qui remet tout en question et qui se sent coupable pour tout et qui perçoit plusieurs des événements avec cette perspective. Elle voit son fils rajeunir et tente de comprendre comment il a pu tuer un homme. en se remettant constamment en question. Mais est-ce la clé? Le regard plein d’amour qu’elle pose sur lui, sur la maternité qui ne lui est pas venue facilement va teinter le récit, ce qui la rend très attachante.

C’est bourré de rebondissements, c’est rapide, souvent stressant, les fils se dénouent petit à petit et j’ai eu le goût d’encourager l’héroïne à chaque nouvelle découverte. Je reprocherais certains incongruences dans le premier chapitre, en particulier dans le personnage de Todd, mais en gros, sans être pour moi le GRAND roman qu’il a été pour plusieurs, j’ai bien aimé.

La lumière vacillante – Nino Haratishwili

J’avais beaucoup aimé Le chat, le général et la corneille, de la même autrice, qui nous parlait cette fois de la guerre en Tchétchénie. Du coup, quand j’ai vu sa nomination pour le prix des libraires du Québec, j’ai été ravie de le lire.

De quoi ça parle

Tbilissi, Georgie, chute de l’Unions soviétique. Dans une cour située dans un quartier populaire, quatre amies différentes vivent cette époque avec chacune leur regard particulier.

Trente ans plus tard, elles se retrouvent après une longue période de silence et au rythme des photos prise par Dina, l’une d’entre elles trop tôt disparue, Keto va se souvenir de son adolescence bouleversée par la guerre et les guerres de gangs locales.

Mon avis

Je suis une grande nostalgique dans l’âme. Le procédé de retourner dans le passé à travers des photographies qui font revivre des événements du passé à notre personnage principal me plait donc particulièrement. Il faut le savoir d’emblée, la vie de ces quatre jeunes femmes est remplie de traumatismes et les effets de la guerre et de la situation politique les ont fortement influencées dans leur développement. Elle ont tenté, chacune à leur manière, de survivre malgré tout.

Tout d’abord, c’est super bien écrit – ou bien traduit . J’ai adoré la plume, la façon très imagée de raconter les choses et d’expliquer comment l’horreur peut transformer les âmes et les coeurs. Les photos de Dina ne font pas que montrer ou sublimer les événements, elles les transcendent et permettent un nouvel éclairage, de par les pouvoirs de l’art et du temps. Sans que la discussion sur l’importance de l’art soit prégnante, on ressent toutefois son influence en arrière plan, avec une narratrice artiste un peu refoulée ainsi que l’oeuvre de Dina, femme intense, qui voit trop bien la réalité et qui a fini par se brûler.

C’est une histoire de guerre mais surtout une histoire d’amitié. Dina, Keto, Ira et Nene se sont connues adolescentes. Il y a Dina, entière et fougueuse. Nene, la romantique née dans une famille presque mafieuse et Ira, l’intellectuelle. Keto, la narratrice, est observatrice. Leur parcours n’est jamais simple. Elle se retrouvent souvent à la croisée des chemins, prennent des bonnes et des moins bonnes décisions, certaines aux conséquences immenses. Leur entourage est fait de petits et grands voyous ainsi que de parents qui en ont juste assez pour eux-mêmes. Les filles s’aiment mais s’aiment parfois mal, se blessent sans le vouloir. C’est souvent intense et ce dont Keto n’a pas été témoin, elle l’imagine. Bref, le portrait d’une époque noire, déchirée par une guerre civile qui touche de près les protagonistes qui interroge sur la vision de l’avenir quand on se construit sur des bases si fragiles, surtout dans une société profondément machiste.

Il y a certes beaucoup de personnages, j’ai mis un moment à bien les distinguer. De plus, ça n’explique pas en détails l’historique de la guerre et de la situation en Georgie ou en Abhkasie. Un roman foisonnant, profondément triste et cruel, avec toutefois cette lumière, parfois vacillante, qui permet de continuer. Ça a un côté « L’amie prodigieuse », je dirais. J’ai vraiment aimé.

All the Sinners’s bleed (Le sang des innocents) – S.A. Cosby

J’ai « La colère » de cet auteur dans ma pile depuis que Céline de Interforum me l’a mis dans les mains en disant « il faut ». Pourtant, c’est celui-ci que j’ai lu, parce qu’il faisait partie de la liste de romans que Mariana Mazza suggérait à ses invités dans son émission littéraire. Je sais. Sans commentaire.

De quoi ça parle

Titus Crown est le premier shériff noir de sa petite ville de Virginie. Ancien du FBI, il navigue dans cet univers déchiré entre les suprémacistes blancs et la population noire majoritaire. L’histoire commence avec une fusillade dans une école… et va révéler une terrible réalité, impliquant la mort d’enfants noirs.

Mon avis

Quel bon moment de lecture! Un roman noir américain typique, dans un comté du sud avec un lourd passé esclavagiste, avec une population engluée dans le racisme depuis des générations, à tel point que c’est complètement normal pour eux. Tout le monde se connaît, impossible de rester loin de ceux qu’on n’a pas envie de voir. Il y a plusieurs églises, plusieurs cliques et la toile de fond de cette enquête sont les tensions entre deux groupes qui s’opposent : les fils de la confédération avec leur « recréation » grandeur nature du vieux Sud et des jeunes qui souhaitent déboulonner la statue d’un esclavagiste. Bref, la couleur de la peau et les privilèges teintent chacun des échanges et il est impossible de l’oublier une seconde.

Notre enquêteur principal a un lourd passé. Il cherche une rédemption dans son travail et tente de faire la « bonne » chose alors que le conseil de ville le fait ch… et qu’il doit gérer un drame dans sa petite communauté. Un jeune homme noir a tué un professeur blanc, adoré de tous. Et la suite ne s’est pas bien passé. Sauf que ce n’est que le début car derrière la tuerie se cachait bien pire…. un tueur est clairement en liberté et il faut le démasquer.

Si l’enquête en soi n’est pas la plus originale de la terre, j’ai quand même adhéré à 80% de celle-ci, avec un petit bémol dont je ne peux pas parler pour ne rien révéler du dénouement. Toutefois, ça se tient, on suit le déroulement de l’investigation avec plaisir. Notre enquêteur a un passé dans le FBI, qu’il a quitté pour des raisons obscures. Il est proche de son père, un homme très croyant, a une copine qu’il aime bien, un frère un peu mauvais garçon. Et j’ai beaucoup aimé les relations entre chacun des personnages, toutes imparfaites, mais assez réalistes. Titus est obnubilé par son travail qui l’occupe 24h sur 24. Il doit dealer avec un groupe de suprémacistes blancs, des collègues qui lui en veulent d’être qui il est et pour qui la question raciale occupe toute la place. C’est donc surtout le contexte social et la vision de Titus sur celui-ci qui est ce qui est le plus intéressant dans cette lecture.

À noter, il y a tout de même plusieurs réflexions sur la religion et la foi dans ce roman, sans pour autant que ça prenne trop de place. Toutefois, impossible de passer à côté car la religion et les communautés religieuses font partie intégrante de cette région de Virginie. Titus ne croit plus, ayant perdu la foi. Je n’aime pas particulièrement quand il y a trop de religion dans un roman mais ici, ça a super bien passé vu que ça ajoutait à la compréhension du personnage et du contexte.

Un roman noir où l’on patauge dans une atmosphère pesante de siècles d’histoire. Un regard acéré sur un petit village américain en 2017, sur le racisme ordinaire… et sur celui qui l’est beaucoup moins. J’ai vraiment beaucoup aimé.