La sorcière à la jambe d’os – Zelimir Peris

Je n’avais jamais lu de roman croate. On m’a proposé celui-ci, et heureusement, car je ne sais pas si cette couverture m’aurait attirée. Et, croyez-moi, j’aurais manqué quelque chose!

De quoi ça parle

Ce roman raconte l’histoire de Gila, en Dalmatie, au 19e siècle. Gila n’a pas de mari, elle connaît la botanique. Bref, Gila est une sorcière. Et ce roman va raconter sa vie.

Mon avis

On va s’entendre, c’est un coup de coeur. Et il y a de grandes chances que ce roman se retrouve dans mes favoris 2026. Oui, c’est un récit de vie, celle d’une femme qui n’entre pas dans les normes de la société et qui va en payer le prix, mais surtout un texte presque inclassable. En effet, l’histoire nous est racontée non seulement dans le désordre, mais de différents points de vue et avec des formes différentes. Ceci implique qu’il est parfois complexe de bien comprendre où le récit s’en va, surtout au début du texte. Disons-le simplement, le lecteur doit s’investir pour bien entrer dans l’histoire et même en le faisant, ce n’est pas si simple. C’est que l’auteur ne précise pas toujours l’importance de chaque fragment qui nous est présenté et que nous comprenons petit à petit comment le tout s’emboîte. Et quand quand l’image commence à se former, c’est fascinant. Rien de moins.

La construction est virtuose. Entre les différents points de vue, les passages poétiques ou encore les dialogues théâtraux, le portrait de Gila se construit peu à peu, tout en nous permettant de bien la situer dans son contexte social. C’est jubilatoire. Nous sommes à la croisée des chemins dans cet endroit reculé. La population est croyante mais certains doutent… et si la science disait vrai? Gila est une femme forte, fonceuse, elle en a vu de toutes les couleurs et elle retrouvée prise dans une situation qui la dépasse. Elle est perpétuellement en fuite, toujours poursuivie, mais elle est aussi confiante, sûre d’elle, intelligente. Elle n’appartient à rien ni personne, à aucune caste, aucune confession et va croiser plusieurs personnages qui sont eux aussi dans un contexte politique mouvant ou instable. Gila est certe traquée mais elle va aussi utiliser tout ce qui est à sa portée pour s’en sortir.

C’est bourré de références folkloriques et culturelles, c’est féministe (même si c’est écrit pas un homme), engagé, socialiste également. Du moins, on sent l’influence de ces courants de pensée dans le texte. C’est hyper bien écrit, bourré de sensibilité et d’humour souvent cynique. Certaines scènes sont d’anthologie (je pense à la discussion avec la soeur botaniste), d’autres sont déchirantes et au final, cette lecture est un régal. Quand on comprend POURQUOI telle scène a été proposée en début de roman… ah, ces moments de plaisir littéraire!

Au final, gros coup de coeur. Tout se tient, nous avons nos réponses, ça fait réfléchir le lecteur sans pour autant marteler ses messages… ma meilleure lecture de l’année à date!

James – Percival Everett

J’ai lu Mark Twain enfant. Je me souvient du côté aventureux, du langage… et de la série télé. Maintenant, j’ai la chanson dans la tête, c’est mal. Je ne saurais donc bien comparerles deux oeuvres car c’est ce dont il s’agit ici : une réécriture de Huckleberry Finn du point de vue de Jim, esclave noir en fuite. De personnage secondaire, il passe au statut de narrateur et ça éclaire le récit d’une lumière toute différente.

Mon avis

Les réécritures et moi, ça passe la plupart du temps, surtout les réécritures de classiques. Je trouve que ça permet de remettre l’oeuvre originale en contexte mais aussi de la comparer avec les courants de pensée actuels. Dans Huckleberry Finn, je crois que l’auteur souhaitait dénoncer l’esclavage et le racisme sauf qu’avec notre grille de lecture actuelle, ça coince souvent : infantilisation, utilisation de certains mots et ignorance des enjeux pour Jim, qui sont ma foi d’un autre niveau que pour les jeunes garçons.

Cette réécriture a été pour moi jubilatoire. J’ai adoré voir Jim/James reprendre le pouvoir sur la situation ainsi que sur les récits du passé. Le changement de point de vue m’a beaucoup plu ainsi que le ton engagé, tout en respectant le contexte historique. Ici, le roman est très adulte, contrairement aux aventures de Tom et Huck.

Dans ce roman, Jim est un homme intelligent, qui prend le contrôle de sa propre histoire comme il peut. Il a compris les codes, il sait se protéger la plupart du temps et s’érige également en protecteur pour le jeune Huck, qui prend beaucoup de mauvaises décisions. Normal, c’est un jeune ado. L’auteur réutilise le dialecte des esclaves et le détourne en en faisant une façade alors que les personnes noires pratiquent un code switching parfois presque drôle en fonction qu’il y ait un blanc ou non. Ils ne font confiance à personne et ont bien raison. Les enjeux pour les personnes noires sont mis en évidence, les rencontres le long du Mississipi font souvent rager mais malgré tout, il y a un humour cynique et ironique dans le discours de Jim qui est ma foi très lucide sur le monde qui l’entoure.

Une excellente lecture pour moi, j’ai adoré. Adoré la quête vers la liberté mais aussi l’autodétermination. C’est intelligent, ça remet les perspectives en question, la fin est parfaite et coup de poing.

À lire

Dungeon Crawler Carl – 4 – Le portrait des dieux infernaux

Entendons-nous, ce sera un billet assez court vu que je parle ici du tome 4 d’une série un peu déjantée, qui nous entraîne dans une téléréalité pour les aliens qui implique la fin du monde, des donjons, des boss de niveau, des quêtes parfois sans queue ni tête et un chat qui parle. Une royauté féline, rien de moins.

Ce tome se déroule dans un niveau-bulles, où Carl et ses collègues-crawlers se retrouvent dans des sous-univers séparés dans un même niveau. Carl et Donut sont dans un univers désertique peuplé… de chameaux. Des chameaux fort portés sur la chose d’ailleurs car ils débarquent carrément dans une ville de hookers. Avec un bar qui s’appelle le « Toe ». Rappelons que chameau, en anglais, c’est camel. Je l’ai ri pendant 10 minutes, je pense.

Je suis et je reste toujours fan de cette série que je trouve hilarante avec ses références à la pop culture et son regard décalé sur notre société. Je ne résiste pas à ce mec en boxers et nu pieds qui se retrouve dans des situations impossibles avec des plans tout aussi déjantés. Assez pour que je n’essaie même pas de tout comprendre les tenants et aboutissants de chaque niveau, c’est tout dire.

Ce tome n’est pas mon préféré, certes. L’IA prend un peu trop de libertés, il est difficile de bien comprendre les règles qui changent tout le temps mais on commence à comprendre les politiques extraterrestres et à se dire que le pauvre Carl n’a pas fini d’en baver. Ceci dit, je ‘suis fan d’adore Princess Donut, les notifications débiles et tout ce petit monde. Clairement que je fais continuer la série.

Nevermoor – 4 – The Mystery of Morrigan Crow – Jessica Townsend

Je suis très fan de cette série Middle Grade depuis sa sortie. Une jeune fille supposée mourir le jour de son 11e anniversaire mystérieusement sauvée par le non moins mystérieux Jupiter, habitant dans le plus extraordinaire hôtel du monde avec un chat géant, dans un monde magique où se trouve une académie des Wondrous Arts, rien de moins.

Dans ce tome 4, notre jeune Morrigan entre dans l’adolescence de plein pied et se voit contactée par la famille de sa mère, dont elle ne connaissait pas l’existence. Elle est en colère et secouée… et il va y avoir un meurtre. Qu’elle va décider de résoudre avec ses amis de la cohorte 919.

Mon avis

Difficile d’avoir un avis construit et détaillé au sujet d’un tome 4 sans trop en dire. J’aime cette série. J’aime les personnages, leur côté wacky, l’hôtel de folie avec la chambre qui se transforme et Fenestra, le chat géant qui parle avec un mauvais caractère. J’aime bien les chosen ones, même si dans ce cas, notre jeune Morrigan n’a peut-être pas été choisie par le bon côté des choses. Peut-être.

Dans ce tome, Morrigan a près de 14 ans et elle a mis les deux pieds dans l’adolescence. Elle a un énorme secret qui lui pèse sur la conscience, ne sait pas comment le dire et se libérer l’esprit, ce qui ne l’aide pas à réagir de façon responsable. Sauf que bon, personne n’est réputé pour prendre les meilleures décisions à 13-14 ans, n’est-ce pas! Morrigan est impulsive, agit immédiatement sur le coup de l’émotion, se rebelle contre l’autorité et ne se gêne pas pour le dire de façon très directe. Sa relation avec son mentor n’est pas au beau fixe, elle est en colère car des informations lui ont été cachées et sa soif d’être aimée et acceptée est palpable. Je trouve l’évolution du personnage très crédible.

J’avouerai toutefois que le début de celui-ci est un peu plus lent et j’ai eu un peu peur. De plus, ce tome est moins centré sur l’instut et le développement des pouvoirs et plutôt sur une enquête externe impliquant la famille maternelle de Morrigan, « vieille » famille puissante au sein de laquelle survient un meurtre, pendant un mariage. Joyeux, je sais. Une grande partie du roman est centrée sur l’enquête, qui amènera également Morrigan à en apprendre davantage sur sa famille.

Ceci dit, ce quatrième tome nous permet de creuser davantage les personnages et j’ai adoré retrouver l’univers. Je l’ai terminé d’une traite pendant une nuit d’insomnie (complète, la nuit… ça parle) et j’ai eu du mal à le lâcher. Certains personnages sont adorables, d’autres sont à baffer mais l’autrice ne tombe pas dans le piège des personnages tout d’une pièce. Il y a un côté queer très « matter of fact », sans que ce soit le sujet principal. Les péripéties s’enchaînent, Morrigan essaie de poursuivre les Wondrous Arts, elle prend les pires décisions de la terre, on a le goût de la secouer, mais j’ai déjà hâte au tome 5!

Pas mon tome préféré mais c’est définitivement une excellente série!

Maus – Art Spiegelman

C’est mon petit frère qui m’a offert cette BD il y a un bon 10 ans. Je ne l’avais pas encore lu car je n’avais qu’un seul tome . Il a fallu que mon amie Daphné la mette dans son top 2026 pour que je la sorte enfin de la pile. Il était temps!

De quoi ça parle

La relation entre Art Spiegelman et son père n’est pas simple. Ce dernier est un survivant des camps, il a vécu l’horreur et en paie encore le prix aujourd’hui.

Son fils va tenter de lui faire raconter son histoire, certes pour en faire une bande dessinée mais surtout pour tenter de mieux comprendre cet homme difficile à vivre et souvent désagréable.

Ah oui. Ici, les Juifs sont des souris et les Nazis des chats. Mais ça je pense que vous saviez hein.

Mon avis

Je ne sais que dire sur cette bande dessinée qui n’ait pas déjà été dit. C’est un ouvrage à lire, à lire absolument car la confrontation entre le personnage du père actuel et ce qu’il a vécu est tellement, tellement intéressante. Ça ajoute une couche de complexité à l’histoire et met des visages humains et très imparfaits à ceux que l’Histoire avec un grand H a maltraités. Bref, ce point de vue est passionnant.

La relation père-fils et l’influence du vécu de son père sur sa propre vie permet également un regard différent, alors qu’il va comprendre petit à petit ce que son père a vécu. Il savait, parce qu’on sait. Mais il ne SAVAIT pas.

Cette bande dessinée est à la fois extrêmement dure et nécessaire. Rien ne nous est épargné. L’histoire commence avec les petites privations, les petites oppressions… et ça n’arrête jamais, ça ne fait qu’empirer. La pire situation de la veille est devenue la meilleure le lendemain. Et ça déboule. Et l’horreur s’intensifie. Déportations, tortures, séparations, rien ne leur est épargné. Et à la fin, on réalise le nombre de personnes rencontrées qui ne s’en sont pas sorties. Épouvantable.

Bouleversant. À lire et relire.

Tous les billets chez Moka cette semaine.  C’était ma BD de la semaine!

Bat eater and other names for Cora Zeng – Kylie Lee Baker

Je ne suis pas très « livre de pandémie ». Toutefois, l’aborder sous l’aspect du racisme anti-asiatique me tentait bien alors pourquoi pas… et j’adore cette couverture. Je sais, je suis une fille comme ça.

De quoi ça parle

Cora Zeng a toujours vécu dans l’ombre de sa demi-soeur Delilah. Toutefois, au début de la pandémie, Delilah est poussée devant le métro, gratuitement. Cora n’a pas le temps de voir son meurtrier mais elle a toutefois bien entendu : « Bat Eater ». Quelques mois plus tard, elle tente de reprendre pied et choisit d’ignorer les conseils de sa tante quand arrive le mois où sortent tous les Hungry Ghosts. Alors qu’elle commence à distinguer des ombres, des femmes asiatiques commencent à mourir impunément.

Mon avis

J’étais pas mal certaine d’aimer… mais je n’aurais pas pensé aimer autant. Ce roman, c’était pour moi. Il y a tout ce que j’aime là-dedans : folklore chinois, réflexion sur le racisme, la santé mentale, avec une bonne dose d’horreur. Nous avons un personnage qui ne va pas bien, qui doit se définir hors de sa relation avec sa soeur et qui ne réussit pas à faire son deuil. Elle surfe comme elle peut entre deux cultures et ses deux tantes et travaille comme nettoyeuse de scènes de crime. Oui, je sais, rien pour l’aider.

Nous avons donc un récit qui traite principalement de racisme, certes, mais la façon d’explorer le thème m’a énormément plu. J’aime que l’horreur soit métaphorique et ancrée dans le folkore d’ailleurs. Cora est hanté par un Hungry Ghost, ce qui ne surprend pas sa tante outre mesure étant donné la mort violente de Delilah quelques mois plus tôt. Il y a beaucoup d’action, beaucoup de scènes gore et l’autrice n’a pas peur de faire souffrir ses personnages. L’écriture est très cinématographique et il est difficile de ne pas être interpellé par ce que la peur peut faire faire aux gens. C’est qu’il y a un tueur en liberté et la police ne semble pas faire grand chose.

Nous sommes donc avec une héroïne germophobe, en pleine pandémie, qui tente de s’en sortir en trouvant des gens avec qui elle peut être elle-même, le tout en chassant des fantômes et un assassin. Il y a certes certains points sur lesquels j’aurais aimé des réponses supplémentaires mais j’ai totalement accroché à l’écriture, aux scènes gore et à l’aspect coming of age… même dans la vingtaine.

Bref, une excellente lecture. J’ai adoré.

The Swallowed Man – Edward Carey

J’ai récupéré ce livre, dont je n’avais jamais entendu parler, pour l’auteur. J’aime son univers qui rappelle Tim Burton alors pourquoi pas.

De quoi ça parle

Gepetto a créé un petit garçon vivant à partir d’une marionnette en bois. Quand nous le rencontrons, toutefois, il est prisonnier du ventre d’une baleine et il raconte son histoire.

Mon avis

J’avoue être un peu en retard pour écrire cette chronique. L’impression qu’il m’en reste est celle d’une atmosphère eerie, de ce bateau avalé… et l’idée que j’aurais pu faire sans cette lecture. J’ai aimé les illustrations, apprécié la deuxième partie. Bien aimé aussi la réflexion sur la solitude quand celle-ci prend toute la place. Comment fait-on pour survivre quand on est seul à se point?

Toutefois, la première partie m’a semblé longuette. C’est une réécriture de Pinocchio, que nous allons rencontrer brièvement car, entendons-nous, il se sauve assez rapidement et ils ne se côtoient pas beaucoup, ces deux-là. Mais quand on est si profondément seul, les choses prennent une importance différente.

Bref, une lecture assez oubliable, même si j’ai passé un demi-bon moment. J’avoue avoir préféré les autres romans de l’auteur. Même si l’image de ce bateau englouti, celle du copain-crabe ou encore de la perruque faite d’algues me resteront en tête davantage que l’histoire.

The Raven Scholar – Antonia Hodgson

Ce roman a été traduit en fraçais mais je ne l’ai presque vu passer que dans les tops anglophones cette année. Dans BEAUCOUP de tops anglophones. Je me suis donc dit que je devrais tenter le coup… et j’ai bien fait. C’était hautement divertissant.

De quoi ça parle

Nous sommes au royaume d’Orrun et après 24 ans, le règne de Bersun le Brusque tire à sa fin car tous doivent se retirer après 24 ans. Comme le veut la tradition, il doit y avoir des épreuves et sept compétiteurs doivent se faire valoir pour gagner le trône. Un pour chaque gardien (je ne sais pas comment ils sont appelés en français). Sauf que la veille de la compétition, la compétitrice du Corbeau va mourir. Et Neema, la fameuse Raven Scholar, va devoir découvrir ce qui s’est passé, se voyant pour ça obligée de devenir la concurrente du Corbeau.

Mon avis

Je le dis d’emblée, une fois entrée dans cette histoire, j’avais du mal à en sortir. C’est une fantasy adulte, avec des personnages adultes, mais sans pour autant être complexe dans son univers, du moins, par pour l’instant. Nous avons un monde qui fonctionne de la même manière depuis plus d’un millénaire suite au rêve divinatoire d’une reine cruelle qui a décidé de changer sa façon de faire. En a-t-elle fait un monde juste? Pas nécessairement. Mais ça fonctionne. Sauf que maintenant, cet ordre est menacé.

Certains événements peuvent sembler sortir de nulle part… mais en fait, non. Ça se tient. Le long prologue met la table à plusieurs éléments de l’histoire et le personnage de Yana hante le récit au présent. C’est bourré de rebondissements, il y a une romance mais elle ne prend pas toute la place, les deux tourtereaux se parlent et se comprennent la plupart du temps. Les relations évoluent, chaque personnage a sa propre quête et ses propres motivations. Tous sont très imparfaits, ils prennent des mauvaises décisions, sont parfois méchants et impulsifs. Neema, le personnage principal, est souvent agaçante et orgueilleuse mais j’ai aimé sa passion pour le folklore et sa naïveté occasionnelle malgré son savoir impressionnant. Quant au narrateur, il ne me plaît bien!

La plume se lit toute seule, avec un mélange d’action, de drame et d’humour. Nous allons suivre les épreuves, mieux comprendre qui sont les différents gardiens et leurs caractéristiques et à travers tout ça, nous allons résoudre l’enquête, assister à des trahisons et tenter de sauver le monde. Rien de moins. Je vais clairement lire la suite car je TIENS à savoir ce qui va arriver à tous ces personnages auxquels je me suis attachée.

Une très bonne pioche donc!

Les Misérables – Victor Hugo

J’ai lu Les Misérables à l’âge vénérable de 14 ans. J’ai eu un gros gros trip « classiques » à 14 ans. J’en gardais un souvenir assez flou, pas mal mélangé avec les adaptations télé, la comédie musicale et les adaptations manga. Finalement, cette relecture fut un délice!

De quoi ça parle

Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous raconter l’histoire? Jean Valjean, envoyé aux galères pour avoir volé un pain, va y rester pendant 19 ans. Plus tard, il va se cacher de la police, personnifiée par Javert. Et il y a Fantine, et Cosette, et Marius… Bref, cette histoire est presque du domaine public!

Mon avis

Non mais quel plaisir de lecture! Il faut savoir que oui, il y a l’histoire de Jean Valjean, Cosette et Fantine, mais il y a aussi tout autre chose dans cet énorme roman. Il y a tout d’abord une plume. Évocatrice, parfois cinématographique et parfois descriptive et informative, souvent romantique, je me suis délectée, rien de moins. Au point de lire certains passage à voix haute. Le rythme est certes lent mais pour ma part, je ne voulais plus que ça se termine.

Les Misérables est un roman social engagé. Déjà historique à l’époque il a été écrit, il est aussi très engagé. La révolution n’a pas mis fin à la pauvreté, à la misère, à la faim, à l’ignorance, ni au travail des enfants. La justice n’est toujours pas juste et l’époque se cherche toujours. Les Misérables nous fait voir ces gens qui vivent des conditions difficiles. Entre l’ancien forçat qui a une révélation, les enfants des rues, la fille-mère et l’enfant exploitée, les petits malfrats en tout genre et ceux qui n’ont plus rien à perdre, ils tentent tous de survivre à leur façon. Non mais ces Thénardier! Ce que j’ai pu les détester.

C’est aussi un portrait de l’époque, c’est à dire le début du 18e siècle. Entre les histoires d’amour souvent contrariées, les convictions royalistes ou révolutionnaires et les visions différentes d’un même événement, Hugo en profite bien entendu pour nous faire part de ses opinions et de ses façons personnelles de voir les choses. On nous balade d’un petit village à un couvent, en passant par une maison bourgeoise et une barricade (fictive) où se retrouvent jeunes révolutionnaires et désespérés. C’est souvent mélodramatique, souvent passionnant et enrageant. Bref, j’ai adoré.

Et quid des longues digressions? 200 pages sur Waterloo? Sur les égoûts de Paris? Sur les barricades parisiennes? Lors de ma première lecture, j’avoue les avoir lues vite (genre… TRÈS vite. Imaginez tout ce que vous voulez). Mais cette fois, j’ai apprécié la mise en contexte et la leçon d’histoire, surtout celle sur le langage vernaculaire et les différentes façons de parler en fonction de notre naissance et de notre éducation. Orthophoniste un jour…

Je garderai un fort souvenir de cette relecture. De Gavroche, petit farfadet des rues. De Jean Valjean, constamment déchiré entre le bien et le mal ou encore de Javert, qui se confronte à la dichotomie entre loi des hommes et loi morale. Je me souviendrai d’Éponine et Fantine, avec leurs amours déçues et du grand-père qui se laisse guider par sa fierté. Une excellente lecture.

Pathologique – Sarah McNeil

Le personnage principal sans nom que nous allons suivre est pharmacienne dans une petite ville de Gaspésie. Un jour, elle se réveille à l’hôpital. Elle a fait une tentative de suicide. Ses collègues le savent. Et elle veut encore mourir. En fait, elle ne voit pas pourquoi elle vivrait. Puis, un jour, Thomas va entrer dans la pharmacie. Il est jeune, n’a pas eu de chance et est en sevrage pour une dépendance aux opioïdes. Quelque chose va s’amorcer. Peut-être.

Mon avis

Quand on travaille en santé, ce roman selon moi est nécessaire. Le personnge principal est certes soignante, mais elle souffre, sans comprendre pourquoi. Elle voit les deux côtés de la médaille et se trouve selon les moments de l’un ou de l’autre côté du rideau qui sépare ces deux mondes. Et c’est fascinant.

La demoiselle ne va pas bien. Elle est neuroatypique et sa vision du monde rend le simple fait de vivre difficile. Ce regard est particulièrement intéressant et fait réfléchir la lectrice que je suis. Je sens que sa façon de voir les choses va me permettre de comprendre certaines personnes que je côtoie au travail. Si la première partie est plus lente et parfois répétitive, elle nous plonge dans sa psyché et le style colle au propos.

C’est un roman qui fait réfléchir sur la santé mentale et sur l’attitude de certains soignants parfois blasés et de d’autres, très engagés. Il y a des pointes d’humour cynique qui éclaire parfois la noirceur du récit et la lucidité des regards jetés sur le système de santé et les gens est surprenante. L’évolution est crédible et la peur du regard des autres, la honte qui tente de prendre toute la place sont palpables. C’est tellement important de parler de santé mentale pour déstigmatiser la santé mentale.

Bref, une lecture qui ne laisse pas indifférent et qui montre un autre visage de la dépression : celui de la dépression qui n’est pas effondrée dans le fond d’un lit mais qui apparaît fonctionnelel, bien masquée par les activités et les couches et les couches de masques et de processus adaptatifs. On soulève également la difficile réalité des gens moins privilégiés qui ne se battent pas à armes égales avec leurs troubles de santé mentale ou leurs dépendances. Bref, j’ai beaucoup aimé et je suis ravie qu’il soit nominé pour le Gala du Roman québécois cette année! Ce roman y a toute sa place.