The Raven Scholar – Antonia Hodgson

Ce roman a été traduit en fraçais mais je ne l’ai presque vu passer que dans les tops anglophones cette année. Dans BEAUCOUP de tops anglophones. Je me suis donc dit que je devrais tenter le coup… et j’ai bien fait. C’était hautement divertissant.

De quoi ça parle

Nous sommes au royaume d’Orrun et après 24 ans, le règne de Bersun le Brusque tire à sa fin car tous doivent se retirer après 24 ans. Comme le veut la tradition, il doit y avoir des épreuves et sept compétiteurs doivent se faire valoir pour gagner le trône. Un pour chaque gardien (je ne sais pas comment ils sont appelés en français). Sauf que la veille de la compétition, la compétitrice du Corbeau va mourir. Et Neema, la fameuse Raven Scholar, va devoir découvrir ce qui s’est passé, se voyant pour ça obligée de devenir la concurrente du Corbeau.

Mon avis

Je le dis d’emblée, une fois entrée dans cette histoire, j’avais du mal à en sortir. C’est une fantasy adulte, avec des personnages adultes, mais sans pour autant être complexe dans son univers, du moins, par pour l’instant. Nous avons un monde qui fonctionne de la même manière depuis plus d’un millénaire suite au rêve divinatoire d’une reine cruelle qui a décidé de changer sa façon de faire. En a-t-elle fait un monde juste? Pas nécessairement. Mais ça fonctionne. Sauf que maintenant, cet ordre est menacé.

Certains événements peuvent sembler sortir de nulle part… mais en fait, non. Ça se tient. Le long prologue met la table à plusieurs éléments de l’histoire et le personnage de Yana hante le récit au présent. C’est bourré de rebondissements, il y a une romance mais elle ne prend pas toute la place, les deux tourtereaux se parlent et se comprennent la plupart du temps. Les relations évoluent, chaque personnage a sa propre quête et ses propres motivations. Tous sont très imparfaits, ils prennent des mauvaises décisions, sont parfois méchants et impulsifs. Neema, le personnage principal, est souvent agaçante et orgueilleuse mais j’ai aimé sa passion pour le folklore et sa naïveté occasionnelle malgré son savoir impressionnant. Quant au narrateur, il ne me plaît bien!

La plume se lit toute seule, avec un mélange d’action, de drame et d’humour. Nous allons suivre les épreuves, mieux comprendre qui sont les différents gardiens et leurs caractéristiques et à travers tout ça, nous allons résoudre l’enquête, assister à des trahisons et tenter de sauver le monde. Rien de moins. Je vais clairement lire la suite car je TIENS à savoir ce qui va arriver à tous ces personnages auxquels je me suis attachée.

Une très bonne pioche donc!

Les Misérables – Victor Hugo

J’ai lu Les Misérables à l’âge vénérable de 14 ans. J’ai eu un gros gros trip « classiques » à 14 ans. J’en gardais un souvenir assez flou, pas mal mélangé avec les adaptations télé, la comédie musicale et les adaptations manga. Finalement, cette relecture fut un délice!

De quoi ça parle

Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous raconter l’histoire? Jean Valjean, envoyé aux galères pour avoir volé un pain, va y rester pendant 19 ans. Plus tard, il va se cacher de la police, personnifiée par Javert. Et il y a Fantine, et Cosette, et Marius… Bref, cette histoire est presque du domaine public!

Mon avis

Non mais quel plaisir de lecture! Il faut savoir que oui, il y a l’histoire de Jean Valjean, Cosette et Fantine, mais il y a aussi tout autre chose dans cet énorme roman. Il y a tout d’abord une plume. Évocatrice, parfois cinématographique et parfois descriptive et informative, souvent romantique, je me suis délectée, rien de moins. Au point de lire certains passage à voix haute. Le rythme est certes lent mais pour ma part, je ne voulais plus que ça se termine.

Les Misérables est un roman social engagé. Déjà historique à l’époque il a été écrit, il est aussi très engagé. La révolution n’a pas mis fin à la pauvreté, à la misère, à la faim, à l’ignorance, ni au travail des enfants. La justice n’est toujours pas juste et l’époque se cherche toujours. Les Misérables nous fait voir ces gens qui vivent des conditions difficiles. Entre l’ancien forçat qui a une révélation, les enfants des rues, la fille-mère et l’enfant exploitée, les petits malfrats en tout genre et ceux qui n’ont plus rien à perdre, ils tentent tous de survivre à leur façon. Non mais ces Thénardier! Ce que j’ai pu les détester.

C’est aussi un portrait de l’époque, c’est à dire le début du 18e siècle. Entre les histoires d’amour souvent contrariées, les convictions royalistes ou révolutionnaires et les visions différentes d’un même événement, Hugo en profite bien entendu pour nous faire part de ses opinions et de ses façons personnelles de voir les choses. On nous balade d’un petit village à un couvent, en passant par une maison bourgeoise et une barricade (fictive) où se retrouvent jeunes révolutionnaires et désespérés. C’est souvent mélodramatique, souvent passionnant et enrageant. Bref, j’ai adoré.

Et quid des longues digressions? 200 pages sur Waterloo? Sur les égoûts de Paris? Sur les barricades parisiennes? Lors de ma première lecture, j’avoue les avoir lues vite (genre… TRÈS vite. Imaginez tout ce que vous voulez). Mais cette fois, j’ai apprécié la mise en contexte et la leçon d’histoire, surtout celle sur le langage vernaculaire et les différentes façons de parler en fonction de notre naissance et de notre éducation. Orthophoniste un jour…

Je garderai un fort souvenir de cette relecture. De Gavroche, petit farfadet des rues. De Jean Valjean, constamment déchiré entre le bien et le mal ou encore de Javert, qui se confronte à la dichotomie entre loi des hommes et loi morale. Je me souviendrai d’Éponine et Fantine, avec leurs amours déçues et du grand-père qui se laisse guider par sa fierté. Une excellente lecture.

Pathologique – Sarah McNeil

Le personnage principal sans nom que nous allons suivre est pharmacienne dans une petite ville de Gaspésie. Un jour, elle se réveille à l’hôpital. Elle a fait une tentative de suicide. Ses collègues le savent. Et elle veut encore mourir. En fait, elle ne voit pas pourquoi elle vivrait. Puis, un jour, Thomas va entrer dans la pharmacie. Il est jeune, n’a pas eu de chance et est en sevrage pour une dépendance aux opioïdes. Quelque chose va s’amorcer. Peut-être.

Mon avis

Quand on travaille en santé, ce roman selon moi est nécessaire. Le personnge principal est certes soignante, mais elle souffre, sans comprendre pourquoi. Elle voit les deux côtés de la médaille et se trouve selon les moments de l’un ou de l’autre côté du rideau qui sépare ces deux mondes. Et c’est fascinant.

La demoiselle ne va pas bien. Elle est neuroatypique et sa vision du monde rend le simple fait de vivre difficile. Ce regard est particulièrement intéressant et fait réfléchir la lectrice que je suis. Je sens que sa façon de voir les choses va me permettre de comprendre certaines personnes que je côtoie au travail. Si la première partie est plus lente et parfois répétitive, elle nous plonge dans sa psyché et le style colle au propos.

C’est un roman qui fait réfléchir sur la santé mentale et sur l’attitude de certains soignants parfois blasés et de d’autres, très engagés. Il y a des pointes d’humour cynique qui éclaire parfois la noirceur du récit et la lucidité des regards jetés sur le système de santé et les gens est surprenante. L’évolution est crédible et la peur du regard des autres, la honte qui tente de prendre toute la place sont palpables. C’est tellement important de parler de santé mentale pour déstigmatiser la santé mentale.

Bref, une lecture qui ne laisse pas indifférent et qui montre un autre visage de la dépression : celui de la dépression qui n’est pas effondrée dans le fond d’un lit mais qui apparaît fonctionnelel, bien masquée par les activités et les couches et les couches de masques et de processus adaptatifs. On soulève également la difficile réalité des gens moins privilégiés qui ne se battent pas à armes égales avec leurs troubles de santé mentale ou leurs dépendances. Bref, j’ai beaucoup aimé et je suis ravie qu’il soit nominé pour le Gala du Roman québécois cette année! Ce roman y a toute sa place.

Elle devient rafale – Anne de Léan

Voici donc un texte lu suite à une recommandation de Maps, qui a adoré. Oui, je sais, nous sommes némésis littéraires. C’était risqué. Mais j’ai tout de même passé un fort bon moment de lecture.

De quoi ça parle

Nous sommes le 4 mars 1971 (5 ans jour pour jour avant ma naissance… je dis ça, je dis rien). Le Québec est paralysé par une tempête historique et trois personnages vont se remettre en question dans ce moment hors du temps.

Mon avis

En mars 1971, il y a eu deux grandes tempêtes. Une, de neige et l’autre juridique: les procès du FLQ. Nous suivrons donc Sylvie, René et Marie. Sylvie est une jeune fille sage qui se laisse entraîner dans une folle virée de magasinage à Montréal par son amie moins sage. René veut faire sa place dans le journalisme et est prêt à tout. Marie, quant à elle, est mère de famille, travaille dans une banque et ce matin-là, elle a perdu le contrôle et a frappé sa fille. Les trois vont réfléchir à leurs vies et ont tous envie de changement, d’émancipation.

Nous les suivrons donc pendant cette journée fatidique. Ils vont prendre des décisions étonnantes… et beaucoup de mauvaises décisions qui auront des conséquences. C’est un roman choral, aux protagonistes qui se rejoignent plus par leur bouillonnement interne que par leurs liens potentiels. La tempête extérieure sert de miroir à ce qui se passe en eux , ces émotions parfois contradictoires les amènent à la croisée des chemins. On a parfois envie de les baffer (ou de les secouer) mais ils sont surtout profondément imparfaits et en recherche d’eux-mêmes.

Les vignettes sont souvent courtes, on passe de l’un à l’autre assez rapidement mais j’ai quand même réussi à m’attacher et à ressentir leur profond désarroi à ce moment précis alors qu’ils ne savaient plus comment se définir. La plume est agréable sans être flamboyante ou marquante pour moi. Une belle lecture.

Le bonheur, version XL – Janney Deveault

Oui, je sais, c’est une lecture improbable pour moi. Je l’ai lu dans le cadre du Gala du roman québécois, étant donné qu’il avait d’excellentes notes.

De quoi ça parle

Camille est infirmière et elle adore son travail. Elle est de nouveau célibataire, est souvent de bonne humeur, mais sous cette joie de vivre apparente se cache une blessure : elle vit difficilement avec ses rondeurs et se les fait rappeler quotidiennement. Un jour, elle va craquer et elle va devoir faire un travail sur elle-même.

Mon avis

Ce roman a beaucoup, beaucoup plu. Toutefois, il n’était pas pour moi. Je ne suis pas concernée, certes. J’ai certes de la grossophobie intégrée, principalement tournée envers moi-même alors que je trouve toutes les autres femmes belles. Mais ici, c’est le thème principal, voir le seul thème du roman. Pour ma part, il m’aurait fallu autre chose alors que, pour la plupart des autres lectrices, c’est justement le point fort du roman. Elles ont aimé que le sujet soit traité en profondeur et que de nombreuses situations soient évoquées. Moi, je me suis lassée.

C’est une collègue chroniqueuse qui a mis le doigt sur mon problème avec le personnage de Camille: je ne la connais pas. Je connais son rapport à son corps, son mal-être, ses réactions par rapport à la grossophobie qu’elle vie quotidiennement, mais rien d’autre. Je comprends le point de vue. Quand quelque chose prend tellement de place, il est normal qu’on ne voit que ça et qu’on y réagisse. En tant que lectrice, j’ai toutefois trouvé ça un peu redondant.

Je comprends également que ce roman puisse parler à beaucoup de personnes car justement, le sujet est traité en profondeur et avec nuances. C’est revendicateur sans être agressif ou « judgemental ». Ça sent le vécu et de nombreux sujets sont traités avec justesse : la culture des diètes, la médication, les chirurgies, la santé et l’image corporelle. L’évolution est certes un peu rapide, mais cette possibilité et cette positivité est nécessaire selon moi. La plume est agréable et ça se lit tout seul.

L’histoire d’amour n’était pas mal, c’est un thème important, une lecture agréable, mais pas un coup de coeur pour moi.

Viy – Nicolai Gogol

J’avais envie de lire quelques contes et légendes venus d’ailleurs et quand j’ai fait des recherches pour le Cold Winter Challenge, je me suis rappelé cette nouvelle, que j’ai décidé de lire.

De quoi ça parle

Trois étudiants orphelins partent sur la route et trouvent refuge dans une maison isolés. Séparés par la vieille dame qui les reçoit, l’un d’entre eux va vivre une aventure terrible qui aura des conséquences sur son existence.

Mon avis

Nous sommes ici dans le cadre une nouvelle horrifique, basée sur le folklore russe et ukrainien. Le conte se déroule dans l’actuelle Ukraine et nous plonge dans un monde un peu onirique, avec, entre autres, les figures de la sorcière et du Viy, que je ne connaissais pas. Il faudrait d’ailleurs que je cherche à savoir d’où elle vient, cette figure! Suite à son aventure nocturne, l’étudiant-philosophe va devoir aller veiller une jeune femme morte qui ne l’est peut-être pas tant que ça et Gogol réussit à nous plonger dans cette atmosphère sombre et effrayante, à l’intérieur d’une église en plus. Les ombres qui s’étirent, le halo des bougies, on les imagine parfaitement.

C’est parfaitement ancré dans l’époque et la plume de Gogol est toujours aussi évocatrice. Il joue avec les codes, la religion et les superstitions des villageois, avec toutes ces histoires horrifiques autour du feu qui se matérialisent petit à petit. Il y a également de l’humour dans tout ça, surtout dans la description des trois étudiants et de leur façon de débarquer sans gêne dans les villages en tentant de se débrouiller comme ils peuvent. Il décrit la situation avec ironie et, étrangement, ça se mélange très bien avec le côté gothique et horrifique du reste de l’histoire.

Bref, j’aime toujours autant Gogol!

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique – Ondjaki

Cette année, j’ai décidé de lire des auteurs provenant de pays que je n’ai jamais lus. On se lance ici avec l’Angola et ce roman m’a été proposé dans les commentaires de ma vidéo sur les romans que je préférais, classés par pays. Et ça commence bien!

De quoi ça parle

Dans une banlieue de Luanda, près de la plage, se révèle tout un quartier habité par une bande d’enfants joueurs et débrouillards. Sauf que tout près, un groupe de soviétiques construisent un Mausolée pour la momie du père de la révolution. Et il y a des risques pour le quartier, qui doit être « amélioré ». Les gamins vont prendre le tout en main.

Mon avis

Je n’aime pas toujours les voix d’enfants mais ici, le pari était vraiment réussi. Oh que c’était bien tout ça! Nous avons donc un jeune garçon curieux, avec une personnalité haute en couleurs. Il est souvent frondeur et vit dans son petit univers avec ses copains, sous le regard bienveillant de GrandMèreDixNeuf/Agnette. Nous sommes dans un quartier pauvre, l’électricité et l’essence sont rares, il y a un vrai esprit de communauté et tout ce petit monde est attachant et pittoresque à la fois.

Pourtant chez GrandMèreAgnette, le quotidien est parfois plus facile en raison du CamaradeBotardov, qui bidouille l’électricité et leur rend visite quotidiennement. À sa façon, il aime vraiment ce quartier, ses habitants et tente, tant bien que mal de les soutenir, malgré les difficultés de communication. C’est souvent naïf, parfois drôle, la situation est vue et interprétée à hauteur d’enfant, leurs plans sont souvent out of it, tout est transformé en grande aventure et j’ai adoré. Leur interprétation des événements sont tellement amusante et souvent à côté de la plaque!

Un bel hommage à la capacité qu’ont les enfants à voir et créer de la magie partout, même dans des conditions difficiles. La plume est lumineuse et fluide et elle rend vivant tout ce petit monde, tout en nous permettand d’entrevoir la réalité et l’histoire de l’Angola. C’est à la fois jubilatoire et délectable! Très très belle découverte.

Tombée de la nuit – Maryse Andraos

J’avais repéré ce texte grâce au Gala du roman québécois. Il avait des bonnes notes et j’ai voulu le lire pour pouvoir offrir un avis éclairé en tant que membre du jury. Raison plate hein? Mais ça a été une bonne chose au final!

De quoi ça parle

Maryse vit dans une maison à l’abri de la tempête. La tempête, ce sont les sentiments, c’est se mettre en danger. Quand elle rencontre Marianne, une femme solaire, elle n’a pas le choix de se remettre en question.

Mon avis

Première idée quand j’ai ouvert le livre : mais quelle écriture! La plume est un aspect essentiel pour moi et ici, c’est réussi. Les phrases nous bousculent malgré leur douceur et leur lumière. Certains extraits sont magiques.

Nous sommes davantage dans le récit intime, dans l’autofiction que dans le roman-avec-une-intrigue. C’est un voyage intérieur que l’autrice fait, au rythme de sa relation avec Marianne, rencontrée par hasard et pour qui elle envisage de laisser tomber les barrières. Avec laquelle elle envisage de tomber amoureuse. Nous avons ici une réflexion sur les amours, notamment les amours lesbiennes, sur les blessures passées et les traces laissées par l’enfance. Nous suivons l’autrice dans sa quête de compréhension, de joie et de réalisation, tout jonglant avec la création littéraire et le quotidien. Peut-on vivre pleinement et écrire? Peut-on vivre sans aimer? La sororité peut-elle remplacer l’amour romantique?

L’autrice soulève plusieurs questions sans pour autant nous donner toutes les réponses. Peut-être parce que les réponses sont différentes d’une personne à l’autre. Ça parle de violences, les souvenirs d’enfance et d’adolescence surgissent en lien avec sa relation avec Marianne et j’ai vu plusieurs parallèles avec certains des thèmes soulevés par Carmen Maria Machado dans In the dreamhouse, adoré l’an dernier.

Une belle découverte!

La bonne mère – Matilda di Matteo

J’ai choisi ce roman pour la demi-face de chien au milieu à droite. Des fois, il m’en faut peu.

De quoi ça parle

Clara a quitté Marseille pour Paris, loin de sa ville natale et de sa mère Véro de qui elle tente d’être la plus différente possible. En effet, Véro est LA cagole par excellence. Blonde, loud, vêtue de spandex et de léopard. Et Clara, à Paris, veut être tout, sauf ça.

Quand elle amène son copain Raphaël à sa mère, le clash est inévitable. Il est né de parents bourgeois, de parents riches, catholiques, d’une vieille famille. Et elle est né de Véro.

Mon avis

Je ne m’attendais à rien en commençant ce roman. Pourtant, j’ai vraiment adoré ce roman qui est subtil (même si certains personnages ne le sont pas) dans son traitement de la culpabilité et de la douleur ressenti quand on est en conflit avec ce qu’on croit vouloir être et d’où on vient. Clara est une transfuge de classe, ou plutôt, elle tente de l’être. Elle tente d’assimiler les codes, n’est jamais « assez », mais elle ne l’était pas non plus à Marseille, comparativement à sa flamboyante et solaire maman Véro.

La narration en duo par Clara et sa mère nous permet de voir les deux côtés des choses. Elles sont vraiment différentes, autant dans le propos que dans la syntaxe. Ça bouillonne de réalisme et vérité, elles sont toutes les deux attachantes et la relation mère-fille est magnifiquement développée malgré ses hauts et ses bas, malgré la honte et la colère, les blessures et la violence. Les deux femmes s’aiment sans souvent tout à fait se rejoindre et Véro, la mère, est un magnifique personnage plein de failles dont je vais me souvenir longtemps.

C’est souvent drôle mais aussi rempli de silences car certaines choses font trop mal. Ça parle aussi des histoires de famille et des traumas qui transcendent les générations, le « girafon » est rageant à souhaits et on referme le roman en souhaitant le meilleur à ces deux femmes qui souffent, qui vibrent et qui s’aiment, chacune à leur façon.

Très bonne lecture.

La vieille qui court – Catherine St-Germain

Ce roman fait partie de mes lectures pour le gala du roman québécois. Et il fait partie de ceux que j’ai aimés, ce qui n’est pas peu dire. Je ne vous dirai pas le nombre de DNF.

De quoi ça parle

Caro est une aidante. Elle soutient, selon son horaire, Madeleine, 96 ans, qui ne veut rien savoir d’aller en résidence. Elle a certes un début d’Alzheimer mais elle fonctionne, Madeleine! Elle va raconter à Caro ses souvenirs fous, de son enfance à ses marathons, en passant par les choix qu’elle a faits.

Mon avis

Voici un roman que j’ai beaucoup aimé et dont j’ai apprécié la lecture. Nous sommes maintenant quelques jours plus tard et je réalise que j’ai un peu de mal à en parler ou à me souvenir des détails. Désolée, donc, pour la chronique qui risque d’être imprécise.

Nous avons donc une histoire douce et belle, une amitié intergénérationnelle qui se construit malgré la mémoire qui flanche et une vie qui continue malgré la maladie et la fin qui approche. On rencontre une dame qui ne veut pas arrêter de courir, qui souhaite profiter des petits moments et des joies quotidiennes (oui, je viens de réécouter « La mélodie du bonheur ».). Il y a certes des jours sans, des moments où la sérénité s’envole et où Madeleine a peur. Il y a des accidents et des incidents. Mais il y a beaucoup d’amour, de tolérance et de résilience.

J’ai beaucoup aimé la plume de Catherine St-Germain, légère tout en traitant de sujets graves. Le travail d’accompagnant est bien dépeint, avec ses hauts et ses bas, on sent la force de Madeleine oindre malgré la maladie. Ça fait réfléchir car on s’en va tous dans cette direction. Je regrette juste un peu la diabolisation de certains personnages qui sont inquiets mais présentés comme vilains… même si je suis tout à fait d’accord que ce n’est pas leurs affaires! Toutefois, si ça soulève des questionnements face aux soins offerts aux personnes âgées, l’autrice évite de tout jeter à la poubelle.

Bref, un récit tout en douceur, un peu déjanté mais aussi nuancé… j’ai beaucoup aimé.