La bonne mère – Matilda di Matteo

J’ai choisi ce roman pour la demi-face de chien au milieu à droite. Des fois, il m’en faut peu.

De quoi ça parle

Clara a quitté Marseille pour Paris, loin de sa ville natale et de sa mère Véro de qui elle tente d’être la plus différente possible. En effet, Véro est LA cagole par excellence. Blonde, loud, vêtue de spandex et de léopard. Et Clara, à Paris, veut être tout, sauf ça.

Quand elle amène son copain Raphaël à sa mère, le clash est inévitable. Il est né de parents bourgeois, de parents riches, catholiques, d’une vieille famille. Et elle est né de Véro.

Mon avis

Je ne m’attendais à rien en commençant ce roman. Pourtant, j’ai vraiment adoré ce roman qui est subtil (même si certains personnages ne le sont pas) dans son traitement de la culpabilité et de la douleur ressenti quand on est en conflit avec ce qu’on croit vouloir être et d’où on vient. Clara est une transfuge de classe, ou plutôt, elle tente de l’être. Elle tente d’assimiler les codes, n’est jamais « assez », mais elle ne l’était pas non plus à Marseille, comparativement à sa flamboyante et solaire maman Véro.

La narration en duo par Clara et sa mère nous permet de voir les deux côtés des choses. Elles sont vraiment différentes, autant dans le propos que dans la syntaxe. Ça bouillonne de réalisme et vérité, elles sont toutes les deux attachantes et la relation mère-fille est magnifiquement développée malgré ses hauts et ses bas, malgré la honte et la colère, les blessures et la violence. Les deux femmes s’aiment sans souvent tout à fait se rejoindre et Véro, la mère, est un magnifique personnage plein de failles dont je vais me souvenir longtemps.

C’est souvent drôle mais aussi rempli de silences car certaines choses font trop mal. Ça parle aussi des histoires de famille et des traumas qui transcendent les générations, le « girafon » est rageant à souhaits et on referme le roman en souhaitant le meilleur à ces deux femmes qui souffent, qui vibrent et qui s’aiment, chacune à leur façon.

Très bonne lecture.

La vieille qui court – Catherine St-Germain

Ce roman fait partie de mes lectures pour le gala du roman québécois. Et il fait partie de ceux que j’ai aimés, ce qui n’est pas peu dire. Je ne vous dirai pas le nombre de DNF.

De quoi ça parle

Caro est une aidante. Elle soutient, selon son horaire, Madeleine, 96 ans, qui ne veut rien savoir d’aller en résidence. Elle a certes un début d’Alzheimer mais elle fonctionne, Madeleine! Elle va raconter à Caro ses souvenirs fous, de son enfance à ses marathons, en passant par les choix qu’elle a faits.

Mon avis

Voici un roman que j’ai beaucoup aimé et dont j’ai apprécié la lecture. Nous sommes maintenant quelques jours plus tard et je réalise que j’ai un peu de mal à en parler ou à me souvenir des détails. Désolée, donc, pour la chronique qui risque d’être imprécise.

Nous avons donc une histoire douce et belle, une amitié intergénérationnelle qui se construit malgré la mémoire qui flanche et une vie qui continue malgré la maladie et la fin qui approche. On rencontre une dame qui ne veut pas arrêter de courir, qui souhaite profiter des petits moments et des joies quotidiennes (oui, je viens de réécouter « La mélodie du bonheur ».). Il y a certes des jours sans, des moments où la sérénité s’envole et où Madeleine a peur. Il y a des accidents et des incidents. Mais il y a beaucoup d’amour, de tolérance et de résilience.

J’ai beaucoup aimé la plume de Catherine St-Germain, légère tout en traitant de sujets graves. Le travail d’accompagnant est bien dépeint, avec ses hauts et ses bas, on sent la force de Madeleine oindre malgré la maladie. Ça fait réfléchir car on s’en va tous dans cette direction. Je regrette juste un peu la diabolisation de certains personnages qui sont inquiets mais présentés comme vilains… même si je suis tout à fait d’accord que ce n’est pas leurs affaires! Toutefois, si ça soulève des questionnements face aux soins offerts aux personnes âgées, l’autrice évite de tout jeter à la poubelle.

Bref, un récit tout en douceur, un peu déjanté mais aussi nuancé… j’ai beaucoup aimé.

Petite – Edward Carey

J’étais certaine que j’avais lu ce roman dans les tops de lectrices. Je l’ai lu pour ça. Sauf que je n’arrive plus à retrouver la chronique qui m’avait tentée du coup, je n’ai plus aucune idée de pourquoi j’ai bien pu décider de lire ce roman. Est-on surpris?

De quoi ça parle

Elle est née en Suisse sous le nom de Marie Grosholz mais on l’a connue sous le nom de Madame Tussaud. Elle est sculptrice, va rencontrer la princesse Elisabeth, survivre à la révolution… et ce roman est son histoire.

Mon avis

Si vous vous attendez à une biographie fouillée et véridique, passez votre chemin. Ici, l’histoire est très, très romancée et une petite recherche de 5 minutes sur notre ami Google va vous faire réaliser à quel point. Une fois que ceci est clair, on peut apprécier l’histoire, mais n’empêche qu’en ce qui me concerne, j’aurais quand même aimé que ce soit un peu plus réalisme. Mais ça, c’est moi.

Ceci dit, le récit est rempli d’illustrations un peu gore et le culot de cette petite femme fait souvent plaisir à voir. Elle nous raconte ici son autobiographie avec un ton parfois détaché, souvent drôle et plein d’auto-dérision. La première partie a quelques accents Dickensiens (imaginez le « je » de David Copperfield) et toutes les invraisemblances que ça implique. Nous avons une orpheline souvent maltraitée, victime d’injustice et souvent ballotée au gré de l’histoire. Certains personnages sont à taper, il y a certes du manichéisme, mais d’autres sont presque drôles tellement ils ne se voient pas faire eux-mêmes (Curtius, I’m talking about you).

C’est donc une histoire pleine de rebondissements et de folles aventures vécues par une femme très observatrice et passionnée par la sculpture sur cire et l’anatomie. Les descriptions sont donc souvent assez précises et le regard est souvent partieulier. On y dresse surtout un portrait un peu déjanté de la révolution française, alors que ses sculptures sont dignes des musées de l’horreur assez tacky. Certains personnages historiques traversent ce récit, et vu que c’est tellement loin de la réalité, j’ai passé mon temps à chercher pour valider s’ils avaient existé ou non!

C’est certes un peu long, certaines répétitions peuvent lasser et je n’ai pas eu un sentiment de « wow » en refermant le livre. Toutefois, c’était un agréable moment de lecture.

Désirer la violence – Chloé Thibaud

Quand je suis allée à Paris en avril dernier, mon amie Fabienne et moi avons beaucoup discuté féminisme et elle m’a prêté cet essai. féminisme et pop culture? Ça me parle!

De quoi ça parle

Cet essai traite de l’influence de la pop culture sur nos représenstations des relations homme-femme dans les dernières décennies. En effet, dans de nombreuses séries ou films romantiques, les relations qui nous sont vendues comme « mignonnes » sont souvent… particulières? L’autrice, avec le soutien de spécialistes, va tenter de déconstruire tout ça et de nous remettre nos biais en plein visage.

Mon avis

J’avais déjà lu, sur le sujet, l’essai d’India Desjardins Mr. Big ou la glorification des amours toxiques. Le thème n’était donc pas nouveau pour moi et cette réflexion était déjà amorcée. Par contre, ici, Chloé Thibaud va plus loin dans l’exploration du sujet et est davantage appuyée par des historiennes, des linguistes ou encore des sexologues. Il y a ici davantage d’exemples et une plus grande variété d’icônes de la pop culture qui y sont décortiquées mais la thèse est semblable: les comédies romantiques, sit coms et séries influencent notre vision de l’amour en nous offrant des modèles souvent malsains/violents psychologiquement, tout en nous les faisans passer pour le summum du cute.

C’est très intéressant, bien construit et très documenté. Bon, certains faits amenés par des spécialistes font parfois tiquer (une sombre histoire d’ovulation… mais peut-être est-ce vrai, allez savoir). Les références sont nombreuses et ça nous remet en question car, avouons-le, on y décortique et dénonce plusieurs de nos favoris. Pour ma part, je ne suis pas très romantique et je me suis souvent dit que « dans la vraie vie, je détesterais ça » mais n’empêche que même si je vois les aspects problématiques de plusieurs oeuvres de pop culture, on dirait que j’apprécie quand même? La pensée a évolué depuis mes jeunes années et même si je me déconstruit petit à petit, je tiens à mes klassiques!

L’autrice nous offre quand même une petite note d’espoir, ça ne m’a pas semblé preachy même si je ne suis pas touuuujours d’accord avec toutes les interprétations. J’ai toutefois particulièrement apprécié la discussion sur les « faux gentils ». Je crois quand même que cet essai est important et doit être lu, ne serait-ce que pour avoir un regard critique sur ce qui nous est proposé et pouvoir choisir de couiner ou non… même en sachant ce qu’il y a derrière tout ça!

La route – Manu Larcenet /Cormac McCarthy

Je n’ai jamais lu « La route ». Je ne le lirai pas non plus, je pense. Tant de désespoir, on dirait que c’est trop pour moi, surtout pendant un roman complet. L’option BD était donc idéale pour découvrir l’histoire, surtout quand c’est adapté par Manu Larcenet.

De quoi ça parle

L’Homme et son fils sont sur la route. Il y a eu une apocalypse, il ne reste presque plus rien, le ciel est rempli de cendre et plus rien ne pousse. Ils vont vers le Sud. Sauf que sur la route, il y a d’autres hommes. Et ce ne sont pas souvent des « bons », comme dirait le Garçon.

Mon avis

Entendons-nous, on ne sort par indemne de cette lecture. Cette adaptation est magnifique tout en restituant l’atmosphère opressante et tout le désespoir de la situation. L’homme et le Garçon marchent sur la route, sans trop savoir ce qui se trouve au bout. Peut-être pour avoir un but, une raison de continuer malgré l’horreur ambiante. Tout est mort, les hommes sont prêts à tout pour survivre, même au pire. Ils sont tous proies et prédateurs et le duo père-fils vit dans une angoisse et une peur constantes.

On ne sait pas ce qui est arrivé. On ne sait pas qui ils étaient avant. Le père survit pour son fils, rien que pour lui. Cet amour immense lui permet de continuer d’avancer, tout en envisageant une façon de mettre une fin à ses souffrances s’il ne pouvait faire autrement. Il n’a plus beaucoup d’espoir en l’homme alors que le Garçon, plus naïf, tente encore de voir du bon. C’est touchant, même si on sent que c’est un mécanisme de défense pour tenter de survivre.

Ça fait réfléchir sur l’amour d’un parent pour son enfant, sur l’horreur des choix que le parent pourrait avoir à faire ainsi que sur l’influence de notre perception sur ce qui nous entoure. Les dessins sont sombres, l’ambiance glauque est parfaitement réussie et en très peu de mots, Larcenet nous fait ressentir toute l’angoisse qui pèse sur le quotidien de ces deux personnages. C’est sombre, rien ne nous est épargné mais rien n’est non plus gratuit.

Vraiment une excellente BD.

C’était ma BD de la semaine… et cette semaine, toutes les participations sont chez Vivrelire!

Mille soleils splendides – Khaled Hosseini

J’avais beaucoup, beaucoup aimé Les cerf-volants de Kaboul, lu il y a des années. Cette année, celui-ci faisait partie des favoris de mon amie Maps (si vous ne nous connaissez pas… on ne s’entend JAMAIS ou presque sur nos lectures). alors je me suis dit que tant qu’à choisir l’un de ses choix, ce serait quelque chose d’un auteur que j’ai déjà lu et aimé!

De quoi ça parle

Mariam est née du mauvais côté des choses. Tous ses espoirs d’enfant et d’adolescence sont déçus les uns après les autres et elle se retrouve mariée à un homme de plusieurs années son aîné, souvent violent. Comme elle ne réussit pas à lui donner de fils, elle se voit encore plus humiliée quand son époux prend une jeune épouse de 14 ans qui, elle, lui donnera ce fils. Et ce roman, c’est leur histoire.

Mon avis

Encore une fois, les mots de Khaled Hosseini ont fait mouche avec moi. Il s’agit de deux très beaux portraits de femmes en Afghanistan, femmes opprimées et qui n’ont aucune voix au chapitre dans un monde dominé par les hommes et où elles sont la propriété de leurs maris. Nous les rencontrerons toutes les deux jeunes filles et nous allons les voir grandir, tenter d’être heureuse et parfois s’aigrir. On le ferait à moins.

Nous verrons donc s’écouler plusieurs années et plusieurs réformes en Afghanistan. Je vous spoile tout de suite : les femmes sont les grandes perdantes. Kaboul, leur ville magnifique et vivante, va se transformer pour elle en prison où leurs droits vont s’effriter. La vie de Mariam est déjà difficile à l’arrivée de Laila, qui pourrait être sa fille. Laila qui a 14 ans, qui veut être amoureuse et qui y croit encore. Si au départ leur relation va être difficile, elle va évoluer et c’est cette sororité qui se construit petit à petit qui est magnifique dans ce roman. Cette relation fait chaud au coeur et nous le brise à la fois. Comment vont-elle survivre dans un Kaboul qui ne semble plus fait pour elles.

C’est donc un roman fort, avec deux magnifiques personnages de femmes (écrites par un homme, ça vaut la peine d’être mentionné), qui nous fait mal au coeur pour toutes ces femmes qui auraient voulu liberté et libre arbitre. On étouffe dans cette fille, on se sent opprimé… très réussi.

Blue Sisters – Coco Mellors

J’avais vu ce roman dans tellement de listes de favoris 2025 que je n’ai pas pu résister. Et j’ai drôlement bien fait. 

De quoi ça parle

Elles étaient quatres. Quatre soeurs. Et maintenant, elles sont trois. L’une d’entre elle est morte et celles qui restent doivent aller à New York vider l’appartement que leur mère veut vendre, ce qui va tout bousculer.

Mon avis

Vous savez, il y a des ces romans dont on aurait du mal à vous raconter l’histoire car tout l’intérêt est ailleurs?  C’est tout à fait le cas ici et moi qui aime les études de personnages, j’ai été servie.  

Nous avons donc quatre personnages et trois femmes qui vivent le deuil de leur soeur chacun à leur façon. Nicky était solaire et semblait celle qui les tenait ensemble. Chacune a son histoire avec elle… et son histoire personnelle. L’une est une ex-toxicomane parentalisée dans son enfance qui vit maintenant avec son épouse à Londres, l’autre est une boxeuse de talent qui vient de subir une défaite difficile à encaisser et la troisième est mannequin et party girl professionnelle. Bref, elles sont très différentes, ne se rejoignent pas toujours dans leurs façon de faire les choses ou de faire leur deuil. 

C’est une histoire de sororité, de non dits et de guérison. Leur enfance n’a pas toujours été simple, elles en portent encore les traumas, et surtout, elles n’ont pas vécu la même chose même si elles étaient ensemble. Leurs relations sont complexes, ambiguës mais surtout, elles sonnent vrai, dans toute leur ambivalence et leur imperfection. 

L’étude de personnages m’a semblé très réussie. Dans mon cas, il est difficile de s’y identifier mais ô combien facile de s’y attacher.  Ce sont vraiment ces femmes et leur voyage intérieur qui occupent le centre de la scène. Relations familiales, deuil, coping, maternité… très bien traité et une très bonne lecture. 

Il ne faut juste pas s’attendre à de l’action à foison!

Soli Deo Gloria – Deveney/Cour

Non mais comment on résiste à une telle couverture et à un tel titre, surtout quand on sait ce qu’il représente? J’ai donc été ravie d’avoir pu le découvrir.

De quoi ça parle

Hans et Helma sont jumeaux. Ils naissent dans un milieu modeste et rien de les prédestinait au destin qui sera le leur. Elle est chanteuse, il est compositeur, ils vont rencontrer de grande figures musicales de l’époque baroque et seront fascinés par un compositeur qui signe soli Deo Gloria.

Mon avis

Comme vous le savez, j’aime ce qui se rapporte à l’art et à la musique. J’ai joué – assez mal – du piano pendant plusieurs années et j’adore le classique. Une BD qui se passe dans ce milieu, dans l’Europe de l’époque, ça ne pouvait que me plaire. Et quelles planches!

C’est ce qui frappe en premier lieu. Ce dessin sombre, qui rappellent parfois les gravures de Doré, est parfois illuminé par des touches de couleur qui représentent la musique. Les images sont magnifiques, les personnages en blanc ressortent et les détails en font presque des oeuvres d’art. Beaucoup de petites oeuvres d’art. J’avoue que ça a rendu ma lecture un peu plus longue, étant donné le temps passé à les admirer.

Nous avons une histoire étonnante, où deux enfants élevés pauvrement dans une ferme, loin de toute musique à l’exception du chant des oiseaux. Leur enfance sera bouleversée par des drames, ils vivront dans une forêt, dans un orphelinat, jusqu’à éveiller l’intérêt de riches personnages qui les parraineront. Nous traverserons donc avec eux une partie du 18e siècle et nous renconterons plusieurs personnages illustres du monde de la musique. Si on vous dit « Aldiviva », il n’y a quand même pas beaucoup de doute! Leur parcours va les rapprocher, les jumeaux ne créent qu’à deux. Ils sont toutefois fort différents et leur évolution va les entraîner parfois chacun de leur côté.

Ça parle de musique et de souffrance, d’orgueil et de passion, de pouvoir et de sublime. C’est la musique qui élève, qui comble et qui gruge. Bref, une magnifique bande dessinée que je recommande.

Terre des oublis – Duong Thu Huong

Si ma mémoire est bonne, j’avais mis ce roman dans mon challenge ABC… 2008. Oui, je sais.  J’ai attendu 18 ans pour le lire.  Mais venant de moi, le pire, c’est que ce n’est pas si anormal que ça!

De quoi ça parle

Nous sommes dans le Vietnam de l’après-guerre.  MIén habite un petit village de montagne avec son mari Hoan, un propriétaire terrien, et son  jeune fils. Elle y vit heureuse jusqu’à ce qu’un jour, son premier mari, Bôn, revienne de la guerre après des années d’absence.  Elle le croyait mort et tout le monde, Bôn y compris, s’attend à ce qu’elle abandonne sa vie pour le retrouver…

Mon avis

Ici, la guerre dont il est question, c’est bien entendu la guerre du Vietnam ou plutôt « la guerre américaine » comme ils l’appellent. C’est celle qui a secoué le pays, celle dont tout le monde garde encore des blessures. Dans le village, tout le monde se connaît. Le fonctionnement en collectivité fait que les actes des uns influencent les autres et il y a un certain esprit de morale, de bien pensance, qui met une énorme pression sur Mién. Ce poids est palpable durant tout le roman, tout comme l’atmosphère de petit village. On s’y croirait.  

L’histoire est contée par les trois personnages principaux, chacun étant persuadé de faire la bonne chose et d’être dans son droit. Chaque voix est criante de vérité mais aussi très distincte dans sa façon de voir les choses. Et même si on n’est pas d’accord, même si on voit bien que Mién a le poids du monde sur ses épaules, étant donné les façons de faire du village et de la culture à ce moment…  on peut comprendre?

Bref, l’autrice trace un magnifique portrait de l’époque, c’est bien écrit, on ressent la chaleur, la moiteur et la luxuriance du Vietnam dans les descriptions. Un beau portrait de femme également, qui doit composer avec ce qu’on attend d’elle et ses aspirations propres. 

Merveilleuse lecture et dépaysement total!

La maison vide – Laurent Mauvignier

Comme souvent, j’ai cédé à la curiosité et j’ai lu le Goncourt. Difficile de passer à côté!  En plus, on m’en avait dit beaucoup de bien alors je me suis lancée. 

De quoi ça parle

L’histoire commence alors que le narrateur/auteur retourne dans la maison familiale pour y retrouver la Légion d’honneur de son ancêtre.  En cherchant, il va aussi trouver un piano et des photographies desquelles un visage a été consciencieusement effacé.  Apparaîtront petit à petit l’image des femmes qui ont habité cette maison au fil du dernier siècle, femmes hors-normes qui tombent petit à petit dans l’oubli. 

Mon avis

Nous avons donc ici un roman où l’auteur tente de faire revivre les femmes de sa famille en dressant leurs portraits et en tentant de remplir les blancs que le temps à laissés. Trois femmes sont au centre du récit. Marguerite, sa grand-mère. Marie-Ernestine, son arrière-grand-mère, ainsi que la mère de cette dernière, préposée aux chaussettes et aux confitures. Les portraits sont magnifiques et il réussit à rendre vivantes, réelles, ces femmes qui, à leur époque, étaient plus souvent qu’autrement « la femme de » et qui n’avaient pas toujours voix au chapitre. 

Et surtout… quelle plume!  Entrer dans ce texte, c’est en accepter la lenteur. On nous offre au départ une vision de près, pleine de détails et c’est en poursuivant qu’on peut prendre du recul et bien voir le tableau final. On traverse l’Histoire, on voit les époques défiler, la mentalité évoluer et l’ombre des générations précédentes planer sur celles qui les suivent. 

Ça parle de trauma générationnel et de mémoire familiale. Ça parle du manque d’amour et de l’impact de certaines décisions dans le temps.  Les phrases sont longues et ciselées, certes, mais c’est fluide, jamais pédant, et ça se lit tout seul. 

Une très belle lecture pour moi alors que j’avais peur du nombre de pages au départ!