Le silence d’Isra – Etaf Rum

Voici donc l’une de mes lectures pour Lisons l’Asie. Lu en juillet, je ne sais pas quand ce billet sera publié… j’ai et j’aurai toujours de l’avance.

De quoi ça parle

Très jeune, on a marié Isra. Parce qu’en Palestine, dans sa famille, c’est comme ça pour les femmes. Elle a dû quitter tout ce qu’elle connaissait pour aller vivre avec son mari et sa famille, à Brooklyn. Son boulot? Servir sa belle-mère et surtout donner des fils à Adam, son mari.

Des années plus tard, sa fille Deya a grandi sans sa mère, avec sa grand-mère. Elle se questionne sur son futur et son identité de femme arabe aux États-Unis alors qu’on prévoit également son mariage à elle.

Mon avis

Je suis entrée dans ce roman avec beaucoup d’enthousiasme. L’autrice est américano-palestinienne et j’ai beaucoup aimé le regard posé sur cette famille, déchirée entre ses origines et son nouveau pays. Elle réussit à nous faire comprendre le besoin viscéral de rester arabe, palestinien, même aux États-Unis. Farida, la matriarche, n’est pas d’accord avec les valeurs véhiculées en Amérique et pour elle, cette culture est tout simplement mauvaise. Même si elle a souffert en tant que femme, la possibilité d’un avenir meilleur pour les futures générations de femmes est juste inenvisageable. Pour elle, ce n’est pas « meilleur », justement. C’est normal de se faire battre, normal de tout sacrifier et elle perpétue l’oppression.

En tant qu’occidentale (et féministe), ça fait réagir, forcément.

Isra est donc une jeune femme sans repères. Elle ne semble pas répondre aux attentes de la famille de son mari, ne s’épanouit pas non plus comme elle le croyait en tant que mère. Et elle ne va pas bien, ce qui n’est pas accepté par sa belle-mère ou son mari. Comment rêver, s’évader dans les romans ou les mondes imaginaires quand il n’y a que l’intérieur des murs de la maison comme avenir possible? Le tout en étant en petits soins pour belle-mère, enfants et mari.

C’est aussi à travers le regard de Deya, née aux États-Unis, que nous allons rencontrer cette famille. Deya qui souhaite autre chose et qui le dit haut et fort, un peu comme cette tante Sarah qu’on a mariée en Palestine il y a plusieurs années. Elle souhaite s’émanciper mais ne peut même pas apercevoir cette possibilité avec l’éducation qu’elle a eue, maintenue dans sa communauté d’origine. Elle va petit à petit découvrir l’histoire de sa mère. Le récit est touchant et rageant, on ressent la colère, le déracinement et l’ambivalence dans tous les récits. Le pire, c’est que l’on finit par comprendre « pourquoi » Farida se comporte ainsi, avec ce besoin d’appartenance à la culture palestinienne.

Heureusment, il y a des notes d’espoir à travers tout ça. J’ai adoré la première partie mais j’ai trouvé des redites dans la seconde partie. Disons que le message est légèrement martelé. Euphémisme ici. Et, contrairement à tous, la mention constante de la lecture a fini par m’agacer. Call me weird.

Ça sent le récit basé sur des faits vécus. Je suis consciente que ça ne représente pas toute la communauté palestinienne. Mais je recommande!

Cent millions d’années et un jour – Jean-Baptiste Andrea

J’ai choisi de lire cet ancien titre de Jean-Baptiste Andrea après avoir vu « Veiller sur elle » partout en librairie. J’avais beaucoup aimé alors je me suis lancée.

De quoi ça parle

Stan est un paléontologue sans éclat. Il a un bureau dans un sous-sol et n’est pas nécessairement pris au sérieux. Jusqu’à ce qu’il entende parler d’une vieille histoire, un vieil homme qui semble avoir trouvé un squelette fascinant… et que personne d’autres n’a vu depuis. Il décide donc de partir pour l’expérience d’une vie avec trois hommes de confiance… car ce squelette se trouve dans les Alpes, sur un glacier, et que ce ne sera pas si simple.

Mon avis

J’ai un étrange avis sur ce roman. Une expérience de lecture bizarre. J’ai trouvé la plume fabuleuse. En lisant ce roman, on se sent sur le glacier. On entend la glace craquer, on voit les scintillements de la neige et on ressent le poids de chaque pas sur la pierre et sur le glacier. La grandeur du paysage, le silence, le vide, l’air froid et la beauté ambiante… tout ça, je l’ai ressenti du début à la fin. Et c’était beau.

Nous avons aussi une aventure incroyable, basée sur le rêve d’un enfant qui n’a jamais pu vraiment rêver, une relation qui se bâtit, un moment plus grand que nature. Mais voilà. Même si j’ai adoré la fin et l’écriture, pendant toute la première partie du roman, je n’avais pas vraiment envie d’y revenir et mon intérêt pour l’histoire a mis du temps à s’éveiller. Je n’ai compris le lien entre l’enfance de Stan et l’aventure que très tard et tous ces passages me sortaient de l’histoire. Pourtant, il y a un lien. Ça parle de l’importance des rêves, de la naïveté et de l’innocence de l’enfance et de l’impact que leur absence peut avoir sur l’adulte que Stan est devenu. Sauf que je ne l’ai compris qu’à la fin du roman.

Si je me fie à tous les avis, je suis pas mal la seule à avoir eu ce moment de vide au début de ma lecture. Ce n’est pas une mauvaise lecture pour autant! La fin m’a énormément plu et je vais certes continuer à lire l’auteur. À tenter pour les grands espaces et pour faire partie de cette folle expédition avec ces hommes dont on découvre peu à peu les fragilités!

La cité aux murs incertains – Haruki Murakami

Murakami, je dis toujours oui. Malgré certains côtés ma foi… peu féministes, j’aime tellement sa folie et son imaginaire que j’embarque à chaque fois.

De quoi ça parle

Quand il était ado, le narrateur a rencontré le grand amour. Cette jeune fille lui a parlé de la Cité, cette Cité où il devait aller pour connaître son vrai elle-même. Il a trouvé la cité. Elle ne l’a pas reconnu.

Mon avis

Murakami, c’est toujours une expérience. Il faut accepter de ne pas tout comprendre, de se laisser porter dans le monde de l’auteur et de se poser beaucoup de questions… sans avoir toutes les réponses.

Nous somme donc avec la réécriture d’une ancienne nouvelle écrite au début de sa carrière. Un récit qui suivra le narrateur pendant plusieurs années alors qu’il se rend sans trop comprendre comment dans une cité étrange dont les murs se déplacent, où il devient liseur de rêves et où les licornes meurent l’hiver. Il a rencontré l’amour parfait, idéalisé, dans sa jeunesse et tentera désespérément de la retrouver après sa disparition. Il va donc atterrir dans cette cité mystérieuse où les sentiments et l’individualité disparaissent peu à peu… et ce n’est que le début.

C’est une histoire qui parle d’identité, d’amours qu’on n’oublie pas, de frontières entre les mondes, dans une atmosphère onirique et irréelle, comme toujours avec cet auteur. L’histoire prend son temps, on ne comprend pas toujours les décisions des personnages qui sont parfois pris dans une nostalgie ou un désir presque malsain. J’ai beaucoup réfléchi à la ligne du temps, à qui est qui et au symbolisme derrière le tout.  Beaucoup, beaucoup réfléchi.  Pourtant, je suis toujours aussi perplexe!

Je n’ai toutefois pas été passionnée PENDANT la lecture. Des fois, je ne me comprends pas moi-même. Bref, une bonne lecture, c’est hyper bien écrit…  mais pas mon préféré de l’auteur.

The Will of the Many – James Islington

Je ne sais pas si j’aurais choisi de commencer cette série – qui n’est pas encore terminée… le tome 2 n’est même pas sorti – si ce roman n’avait pas fait partie de tant de liste de favoris des booktubers anglophones. Et comme j’ai adoré, j’ai drôlement bien fait.

De quoi ça parle

Nous sommes dans un univers qui rappelle l’antiquité, où les puissants tirent leur force et leur pouvoir de l’énergie (le fameux « Will ») de ceux qui sont en dessous d’eux. Il y a eu un cataclysme et Caten a réussi à conquérir le monde connu en utilisant la technologie pré-cataclysmique.

Vis, le personnage principal, a un lourd passé et survit incognito en travaillant, entre autres, dans une prison. Il y est repéré par un puissant sénateur, Magnus Quintus Ulciscor, qui décide de l’adopter et de l’envoyer à la prestigieuse Catenan Academy pour espionner et y résoudre la disparition du frère cadet du dit sénateur. Sauf qu’il a également attiré l’attention d’un groupe de rebelles qui, eux aussi, ont une mission pour lui à l’académie.

Mon avis

Ce que j’ai pu passer un bon moment dans ce roman! Un univers complexe, des intrigues politiques, une académie de guerre, des trahisons et des épreuves… tout ce que j’aime. Le début est un peu lent, certes, mais cette lenteur est nécessaire pour bien mettre les choses en place. Plus rapide, ça aurait été assez incompréhensible et certains twists serait tombés un peu à plat sans tout ce contexte. Les personnages sont nombreux, ils ont tous une histoire et il fallait le temps pour tout mettre en place.

Nous avons donc un personnage principal ado. Qui pense comme une ado et qui réagit comme tel, même si nous sommes clairement en littérature adulte. Il est impulsif, intelligent (parfois trop) et est pris dans une situation qui le dépasse. Nous sommes dans une école, j’ai adoré l’atmosphère, les défis, les relations entre les étudiants surtout. Je suis toujours fan des romans qui se passent dans les écoles. Ici, on n’est pas dans de la dark academia mais il y a clairement des vibes. Ici, aucun adulte n’est fiable, chacun a son agenda caché et toute cette histoire, cet univers m’a passionnée. Il y a des rebondissements à foison, les pages se sont tournées à toute vitesse pour arriver à une fin… WTF! J’en veux plus!

J’étais tellement investie que je pardonne quelques tropes éculés. Vis est un peu trop doué pour tout… ok, beaucoup trop doué. Peu importe le sujet, peu importe les chances, il sera le plus fort, of course. Il voit tout venir, est hyper intelligent, a des idées de folie… trop beau pour être vrai. Je l’aurais aimé un peu moins parfait. Et, of course, tout le monde lui en veut sinon ce ne serait pas drôle. Mais je m’en fichais complètement. C’este quand même bon signe, n’est-ce pas.

Bref, une excellente lecture. Des espions, des missions, des doubles jeux, des alliances et des tragédies… très hâte de lire la suite.

The Listeners – Maggie Stiefvater

J’ai toujours eu un petit quelque chose avec les livres qui se passent dans les hôtels. Si on combine avec Maggie Stiefvater, dont j’avait beaucoup aimé The Raven Boys. Et… je ne sais trop!

De quoi ça parle

June est maître d’hôtel à l’Hôtel Avallon, hôtel de luxe où tout le monde est aux petits soins pour les clients, peu importe leurs, backgrounds. Le Luxe avec un grand L. Sauf que June n’est pas membre de la famille propriétaire et que ce fameux hôtel cache un secret.

Nous sommes en 1942, juste après Pearl Harbour. L’hôtel est réquisitionné pour accueillir diplomates et haut placés allemands et japonais. L’équilibre de l’hôtel sera bouleversé.

Mon avis

J’ai bien aimé ce roman à l’atmosphère assez envoûtante. Toutefois, j’ai des bémols et j’avoue avoir préréfé The Raven boys. Mais je m’explique.

Il faut savoir que l’autrice s’est basée sur certains éléments de la grande histoire pour construire son intrigue. En effet, certains diplomates étrangers ont été « accueillis » dans des hotels sans pouvoir en sortir, ce qui a donné lieu à certaines scènes d’anthologie. Ici, il sera certes question de relations entre le personnel de l’hôtel et ceux dont ils doivent s’occuper, des interrogations et problématiques que ça soulève. C’est que certains sont juifs et que d’autres ont des enfants morts à la guerre. Pas si simple.

Cette partie-là était intéressante. Nous avons également toute l’histoire personnelle de June, sa relation particulière et pas toujours simple avec la famille qui possède l’hôtel avec qui elle a grandi étant donné certaines de ses capacités en lien avec l’élément fantastique de l’histoire. L’Avallon est toute sa vie. Elle y est quelqu’un. Pourtant, qui a vraiment du pouvoir? Qui utilise qui?

Bref, les personnages sont nombreux : le FBI, les agents du gouvernements, les diplomates, les employés, la famille propriétaire. Chacun a ses enjeux, certains sont détestables, on s’attache à d’autres. Le récit prend son temps et on met un moment avant de bien en comprendre tous les enjeux. Si ça installe l’asmosphère de luxe et permet de mettre la table sur les questions qui seront posées plus tard, notamment sur le luxe et la richesse, je comprendrais que plusieurs s’ennuient au départ.

Mon principal bémol concerne l’élément fantastique (ou réalisme magique?) au coeur du roman. Je ne sais pas si c’est moi qui l’ai mal compris mais à part à un ou deux moments, j’ai presque eu l’impression que l’histoire aurait été encore plus forte sans cet élément? Ça parle de complicité, de la complexité de déterminer où est le bien et le mal dans un contexte de guerre, de l’importance d’écouter et de s’écouter. Nous assistons aussi à la fin d’une époque.

Je semble négative mais j’ai passé un bon moment de lecture. Je ne me suis pas ennuyée parce que j’aime les romans basés sur les personnages et l’atmosphère. Mais pas un coup de coeur non plus.

They never learn – Layne Fargo

On m’avait vendu ce roman comme du Dark Academia. Oui… mais non. Pour moi, c’est plutôt un typique female rage et assez bien fait à part ça! Mais je m’explique.

De quoi ça parle

Le premier chapitre ne laisse aucune place au doute. Nous sommes avec Scarlett Clark qui est en train de régler son compte à un jeune homme qui s’en prend aux femmes. Sans aucun remord. Scarlett, prof d’université, est une vigilante, une tueuse en série qui élimine les mecs qui s’en prennent aux femmes. D’un autre côté, une jeune étudiante timide, Carly Schaffer, débarque à l’université et est fascinée par sa colocataire Allison.

Mon avis

Avec moi, ce type de roman, ça passe ou ça casse. Entendons-nous, on ne fait pas dans la subtilité. Tous les hommes ou presque en prennent plein la gueule. Mais on comprend pourquoi et je dois avouer que ça a un côté jubilatoire.

Scarlett tue donc des hommes depuis 16 ans, et ce sans jamais être soupçonnée. Mais bon, ils le méritent, n’est-ce pas? Elle prend sur elle de venger les femmes qui subissent viols et violences alors que leurs agresseurs se baladent impunis. Vengeresse ou sociopathe? Ça reste à voir. Scarlett enseigne la littérature, se tape son assistant et souhaite surtout avoir une bourse pour étudier en Angleterre et ainsi avoir accès à des lettres de l’autrice qu’elle étudie depuis un moment. Sauf que le professeur Kinnear, le chef du département imbu de lui-même, semble vouloir lui mettre de bâtons dansles roues. Elle ne va pas aimer.

Carly, quant à elle, vient d’un milieu qui ne la soutient pas nécessairement comme elle le voudrait. Elle est certaine d’être assez moche et invisible et débarque dans cette université pour bosser. Elle souhaite écrire et s’investir dans ses cours. Sauf qu’il y a sa coloc, Allison. Flamboyante, actrice, elle semble sûre d’elle et Carly va être fascinée. Presque jusqu’à l’obsession. Elle va rencontrer ses amis, Allison va lui ouvrir des portes… mais Carly va découvrir également l’envers du décor.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère, Scarlett fait carrément peur mais elle est parfois hilarante malgré tout. Je ne vous dirai rien, au cas vous ne verriez rien venir (contrairement à moi… je m’énerve tellement des fois) mais même si ça prend un peu son temps, j’ai aimé voir se développer les deux histoires et comprendre l’évolution des personnages. Les pages se sont tournées toutes seules, j’étais dans une constance ambivalence et j’ai passé un très bon moment. Je reprocherais peut-être un manque de profondeur dans certaines parties de l’histoire et même si je comprends pourquoi l’autrice a fait certains choix, je ne sais pas si ça aurait été la direction que j’aurais prise étant donné l’aspect un peu cliché. Ça parle de violences faites aux femmes, de différents types d’abus et d’agression… et je vous dis, parfois, ça fait du bien!

La cloche de détresse – Sylvia Plath

J’avais lu ce roman ado et je me souviens avoir beaucoup aimé. Toutefois, j’avais en tête de lire « Qui de nous trois s’égare » d’Alizée Goulet et je me voyais mal m’y lancer sans le relire. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.

De quoi ça parle

Esther Greenwood est une jeune femme de classe moyenne ayant eu la chance d’avoir été sélectionnée pour un stage dans l’Upper East Side à New York. Un magazine très glamour et célèbre. Sauf qu’Esther ne se sent étrangement pas concernée et, petit à petit, elle va sombrer dans la dépression.

Mon avis

Non mais quel plaisir de lecture! Quelle plume fabuleuse! Je me souviens avoir aimé ado et m’être plongée à ce moment dans ce schème de pensée en spirale. Mais le relire adulte m’a permis d’avoir une tout autre perspective.

Je mets d’abord sur la table ce qui doit l’être. C’est un peu « first world problem », il y a des remarques racistes, homophobes aussi. Il faut certes remettre les choses dans leur contexte historique mais on était quand même en plein mouvements sociaux. Bref, il faut savoir quel regard l’autrice jette sur la société. Elle reste un pur produit de sa classe sociale et de son époque… ce qui n’enlève rien à sa souffrance et à son questionnement. Parce que justement, elle n’est pas bien là où elle est.

Le roman a deux parties distinctes. La première à New York et ensuite, l’après. Nous sommes dans un « stream of counciousness » constant où Esther, qui s’est toujours définie par sa réussite scolaire, réalise qu’il y a trop devant et qu’elle ne sait pas du tout où elle s’en va. Elle se sent totalement extérieure aux autres, à ce qui se passe à NY, alors qu’elle envie l’enthousiasme des autres sans le comprendre. Elle se questionne par rapport à la place des femmes, aux demandes qui leur sont faites, au sexe et aux hommes en particulier. Et au retour, suite à une déception, tout s’écroule encore davantage. La vacuité de la vie lui apparait dans toute sa non-splendeur.

La santé mentale d’Esther va se dégrader et cette cloche de verre qui l’étouffe va être de plus en plus pesante. Et elle sera jetée dans une spirale médicale qui ne va pas non plus aider les choses. Psychiatre masculin, expériences traumatisantes, traumas non résolus, support maternel mal placé, culpabilisation… tout va y passer. Encore une fois, ça permet de réfléchir sur la santé mentale, celle des femmes surtout et sur les horreurs qu’on leur fait subir, sur la différence entre le traitement des hommes et des femmes, des attentes envers les uns et les autres. Esther sera internée, elle subira des traitements… bref, rien de simple.

Impossible aussi de ne pas faire de lien entre l’autrice et la narratrice, Sylvia Plath s’était enlevé la vie quelques mois après la sortie du roman en Angleterre. Certains se sont aussi reconnus également dans la partie New-Yorkaise. Bref, un excellent moment de lecture pour moi.

Mon vrai nom est Elisabeth – Adèle Yon

Ce printemps (parce que je ne sais pas quand je vais publier cette chronique, mais je l’ai lu au printemps), j’étais dans une vibe « santé mentale des femmes ». Ce livre, récupéré au salon du livre de Québec, était parfait pour ça. Et c’était bien.

De quoi ça parle

Une chercheuse commence à craindre pour sa santé mentale. Ceci la pousse à faire des recherches sur son arrière-grand-mère, internée dans les années 50 et morte avant sa naissance. Celle-ci avait de drôles de bosses des deux côtés du crâne et était diagnostiquée schizophène. Dans la famille, Betsy (dont le vrai nom est Elisabeth) est non-sujet. Cet ouvrage est en partie la thèse de l’autrice, dont le sujet est la santé mentale des femmes.

Mon avis

J’ai ADORÉ cet essai. Le sujet me parle énormément et son traitement, qui alterne les entrevues, l’enquête et une partie plus factuelle sur le sujet de la santé mentale des femmes. La première partie est plus personnelle. On est avec l’autrice à un tournant de sa vie. Elle a besoin de comprendre, besoin de faire la lumière sur ce secret de famille qui devient trop pesant pour elle alors que tous les autres semblent croire qu’il est préférable d’oublier et de taire. Elle, au contraire, souhaite comprendre et se souvenir.

C’est que de cette arrière grand-mère, elle n’a qu’une vision partielle, fragmentée et contradictoire. Était-elle cette femme qui se désorganisait, cette dame rigolote qui adorait faire des splash dans la piscine tout en accusant son petit fils de l’espionner à travers les murs? Et surtout, pourquoi ?

Lire cet essai, en tant que femme, c’est acceptée d’être enragée. Parce que la santé mentale, surtout celle des femmes, avec tout le stigma qui va avec, a toujours été traitée avec assez peu d’égards. Il est bien connu que l’on parkait des femmes dans des asiles parce que trop fantasques, trop libres, ou tout simplement parce qu’elles n’entraient clairement pas dans le carcan que la société voulait leur imposer. Elles n’avaient pas le droit de craquer, pas le droit au post-partum, pas le droit d’avoir d’autres ambitions que celles de leur père ou de leur mari. Ici, le mari… je n’ai même pas de mots.

Nous avons donc un style qui va droit au but, avec tout de même une partie plus introspective. Ça traite certes de santé mentale mais aussi de traumas intergénérationnels, de génétique et du traitement/biais de la psychiatrie féminine. Cette partie de l’histoire… je me passerai de commentaires. Les petites bosses sur les côtés du crâne, ce n’était pas pour rien. Rageant je vous dis. J’ai beaucoup aimé suivre l’autrice dans ses recherches, beaucoup aimé les chiffres et les stats… Une réussite!

Apprendre si par bonheur – Becky Chambers

J’ai été plus ou moins charmée par la lecture du psaume pour les recyclés sauvages de l’autrice. Pour une raison ou pour une autre, j’avais en tête de finalement aimer l’autrice… et je pense que j’ai réussi avec ce roman.

De quoi ça parle

Ils sont quatre astronautes et scientifiques dans un vaisseau spatial. Leur but, explorer quatre planètes habitables à la recherche de nouvelles formes de vie. Ils ne veulent pas terraformer, pas envahir. Juste apprendre et étudier, sans contaminer. Pour ça, ils ont tout quitté, tout laissé derrière, pour explorer quatre planètes. C’est le récit de l’une d’entre eux que nous allons lire.

Mon avis

Je m’attendais à tout sauf à ça. J’avais trouvé ses autres romans un peu preachy mais ici, c’était juste un pur plaisir de lecture, mais un plaisir qui fait réfléchir. Je me suis surprise à avoir les yeux humides à plusieurs moments, j’ai adoré les moments passés avec les quatre scientifiques et l’autrice a réussi, avec très peu de pages, à nous plonger dans cette atmosphère hors du monde et hors du temps.

Ces quatre personnes sont profondément attachés les unes aux autres. C’est à travers de courtes scènes et des bribes de conversation que nous apprenons à les connaître et à comprendre les liens qui les unissent. Ok, j’avoue, surtout les liens entre Adriadne, la narratrice, et ses collègues. C’est mon seul mini-bémol.

Quatre planètes fascinantes, quatre parties distinctes, quatre expériences différentes. Et beaucoup de questionnements face à l’importance de l’exploration spatiale quand la terre s’effondre, face au savoir collectif et à tous les questionnements éthiques qu’impliquent l’exploration de nouveaux mondes. Quand les conversations ont 14 ans de retard, est-ce toujours important de les lire? Les nouvelles de la terre sont-elles toujours pertinentes? Et si les paradigmes changent? On fait quoi? C’est émouvant, intéressant et cette exaltation face aux nouvelles connaissances et découvertes fait plaisir à voir.

Bref, SF positive, certes, mais pas toute rose bonbon non plus. J’ai adoré.

Vingt-six petits soldats sans âme – Miro Larocque

Quand je lis un résumé et que je ne comprends rien, je suis forcément tentée. Je sais, c’est étrange, mais c’est comme ça. Quand il est en plus question de réflexion sur l’écriture… I’m your girl!

De quoi ça parle

Constance est adolescente. Constance rêve d’écrire. Elle va à l’usine tous les jours où des maîtres qu’elle exècre lui apprennent les mauvaises choses de la mauvaise façon. Elle est amoureuse de Homard, son maître, à qui elle confie son précieux manuscrit. Car elle n’a qu’un objectif : écrire pour transformer le monde en un grand jardin d’amour.

Mon avis

Quel texte particulier! Je ne saurais à qui le conseiller mais pour ma part, j’ai vraiment aimé, à ma plus grande surprise, d’ailleurs. C’est que ce qui frappe, tout d’abord, c’est la forme. Aucun retour à la ligne. Le point comme seule marque de ponctuation. Parfois au milieu d’une phrase, le point. Ça étonne et j’ai eu besoin d’un moment pour m’y faire, ceci donnant une impression de pensée hachée et incomplète. Par contre, je suis rapidement passée par dessus et ça n’a aucunement nui à ma lecture.

Nous sommes donc dans la tête de Constance, dans ses pensées divergentes et bourrées de contradictions. Elle veut écrire, se sait douée de génie. Nous n’avons pas une narratrice fiable, Constance a des tendances nihiliste et c’est la parfaite anti-héroïne. Elle en veut au monde entier et a ses raisons. Aucun adulte autour d’elle n’a réussi à la protéger et elle se retrouve laissée à elle-même, souvent affammée et à la merci de tous et chacun. Je ne sais pas si c’est une impression, mais j’ai ressenti des échos de Réjean Ducharme et de sa Bérénice dans la voix de cette jeune fille qui flirte avec la mort et qui s’en fiche. Entre son père déchu, les bourgeois qui les emploient et son maître avec qui elle a tissé une relation hautement toxique, il n’y a que le Gaillard pour être une figure d’adulte positive dans sa vie. Et il y a Rachel, sa voisine et amie, mourante.

Je ne veux pas trop en dire car dès le début du roman, j’ai été surprise par certaines révélations. Trop grosses pour être vraies, peut-être. Mais nous avons une histoire sombre et souvent malsaine, qui parle entre autres des mots et de leur pouvoir, mais aussi de la vacuité des choses et de la vie. Pour apprécier, il faut se accepter de se laisser portée par les pensées souvent poétiques et décousues de Constance, qui nous balade d’une scène à l’autre, d’un sujet à l’autre, sans que nous réalisions toujours qu’elle a changé de sujet.

Pas pour tout le monde, certes. Mais c’était pour moi.