
J’avais lu ce roman ado et je me souviens avoir beaucoup aimé. Toutefois, j’avais en tête de lire « Qui de nous trois s’égare » d’Alizée Goulet et je me voyais mal m’y lancer sans le relire. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.
De quoi ça parle
Esther Greenwood est une jeune femme de classe moyenne ayant eu la chance d’avoir été sélectionnée pour un stage dans l’Upper East Side à New York. Un magazine très glamour et célèbre. Sauf qu’Esther ne se sent étrangement pas concernée et, petit à petit, elle va sombrer dans la dépression.
Mon avis
Non mais quel plaisir de lecture! Quelle plume fabuleuse! Je me souviens avoir aimé ado et m’être plongée à ce moment dans ce schème de pensée en spirale. Mais le relire adulte m’a permis d’avoir une tout autre perspective.
Je mets d’abord sur la table ce qui doit l’être. C’est un peu « first world problem », il y a des remarques racistes, homophobes aussi. Il faut certes remettre les choses dans leur contexte historique mais on était quand même en plein mouvements sociaux. Bref, il faut savoir quel regard l’autrice jette sur la société. Elle reste un pur produit de sa classe sociale et de son époque… ce qui n’enlève rien à sa souffrance et à son questionnement. Parce que justement, elle n’est pas bien là où elle est.
Le roman a deux parties distinctes. La première à New York et ensuite, l’après. Nous sommes dans un « stream of counciousness » constant où Esther, qui s’est toujours définie par sa réussite scolaire, réalise qu’il y a trop devant et qu’elle ne sait pas du tout où elle s’en va. Elle se sent totalement extérieure aux autres, à ce qui se passe à NY, alors qu’elle envie l’enthousiasme des autres sans le comprendre. Elle se questionne par rapport à la place des femmes, aux demandes qui leur sont faites, au sexe et aux hommes en particulier. Et au retour, suite à une déception, tout s’écroule encore davantage. La vacuité de la vie lui apparait dans toute sa non-splendeur.
La santé mentale d’Esther va se dégrader et cette cloche de verre qui l’étouffe va être de plus en plus pesante. Et elle sera jetée dans une spirale médicale qui ne va pas non plus aider les choses. Psychiatre masculin, expériences traumatisantes, traumas non résolus, support maternel mal placé, culpabilisation… tout va y passer. Encore une fois, ça permet de réfléchir sur la santé mentale, celle des femmes surtout et sur les horreurs qu’on leur fait subir, sur la différence entre le traitement des hommes et des femmes, des attentes envers les uns et les autres. Esther sera internée, elle subira des traitements… bref, rien de simple.
Impossible aussi de ne pas faire de lien entre l’autrice et la narratrice, Sylvia Plath s’était enlevé la vie quelques mois après la sortie du roman en Angleterre. Certains se sont aussi reconnus également dans la partie New-Yorkaise. Bref, un excellent moment de lecture pour moi.
1 Commentaire
first world problem : avant #metoo tu veux dire ?