Vingt-six petits soldats sans âme – Miro Larocque

Quand je lis un résumé et que je ne comprends rien, je suis forcément tentée. Je sais, c’est étrange, mais c’est comme ça. Quand il est en plus question de réflexion sur l’écriture… I’m your girl!

De quoi ça parle

Constance est adolescente. Constance rêve d’écrire. Elle va à l’usine tous les jours où des maîtres qu’elle exècre lui apprennent les mauvaises choses de la mauvaise façon. Elle est amoureuse de Homard, son maître, à qui elle confie son précieux manuscrit. Car elle n’a qu’un objectif : écrire pour transformer le monde en un grand jardin d’amour.

Mon avis

Quel texte particulier! Je ne saurais à qui le conseiller mais pour ma part, j’ai vraiment aimé, à ma plus grande surprise, d’ailleurs. C’est que ce qui frappe, tout d’abord, c’est la forme. Aucun retour à la ligne. Le point comme seule marque de ponctuation. Parfois au milieu d’une phrase, le point. Ça étonne et j’ai eu besoin d’un moment pour m’y faire, ceci donnant une impression de pensée hachée et incomplète. Par contre, je suis rapidement passée par dessus et ça n’a aucunement nui à ma lecture.

Nous sommes donc dans la tête de Constance, dans ses pensées divergentes et bourrées de contradictions. Elle veut écrire, se sait douée de génie. Nous n’avons pas une narratrice fiable, Constance a des tendances nihiliste et c’est la parfaite anti-héroïne. Elle en veut au monde entier et a ses raisons. Aucun adulte autour d’elle n’a réussi à la protéger et elle se retrouve laissée à elle-même, souvent affammée et à la merci de tous et chacun. Je ne sais pas si c’est une impression, mais j’ai ressenti des échos de Réjean Ducharme et de sa Bérénice dans la voix de cette jeune fille qui flirte avec la mort et qui s’en fiche. Entre son père déchu, les bourgeois qui les emploient et son maître avec qui elle a tissé une relation hautement toxique, il n’y a que le Gaillard pour être une figure d’adulte positive dans sa vie. Et il y a Rachel, sa voisine et amie, mourante.

Je ne veux pas trop en dire car dès le début du roman, j’ai été surprise par certaines révélations. Trop grosses pour être vraies, peut-être. Mais nous avons une histoire sombre et souvent malsaine, qui parle entre autres des mots et de leur pouvoir, mais aussi de la vacuité des choses et de la vie. Pour apprécier, il faut se accepter de se laisser portée par les pensées souvent poétiques et décousues de Constance, qui nous balade d’une scène à l’autre, d’un sujet à l’autre, sans que nous réalisions toujours qu’elle a changé de sujet.

Pas pour tout le monde, certes. Mais c’était pour moi.

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