Brexit Romance – Clémentine Beauvais

Le comment du pourquoi

J’aime beaucoup Clémentine Beauvais, son humour et son regard caustique sur les choses. J’ai particulièrement aimé « Songe à la douceur », qui reprenait très habilement Eugène Onéguine (Pouchkine mon amour) à la sauce moderne. Du coup, quand j’ai eu besoin d’un moment de détente, j’ai spontanément choisi ce livre. Et dieu sait que j’ai besoin de détente ces temps-ci!

De quoi ça parle

Post-Brexit, l’Eurostar entre Londres et Paris. Marguerite, 17 ans, jeune chanteuse d’opéra prometteuse, va donner un concert avec son professeur de chant. C’est à cette occasion qu’elle va rencontrer Canelle, qui s’en va à Londres, pour épouser un garçon qu’elle n’a jamais vu. Brexit Romance que ça s’appelle. Des mariages arrangés pour pouvoir obtenir des passeports européens et la possibilité de passe du temps en Royaume-Uni. Parfaitement illégal, of course. Nous allons donc suivre toute une galerie de personnages dans cette quête du passeport européen. Without love involved. Mais bon, ça ne va pas se passer comme ça, I’m afraid!

Mon avis

Si vous me connaissez, vous savez que j’ai l’esprit de contradiction. Mais vraiment. Si je n’aime pas le ton ou l’argumentaire, je suis capable de m’obstiner à mort pour une opinion qui n’est même pas la mienne. Du coup, certaines opinions avec lesquelles je suis en bonne partie en accord (ok, mettons 85% d’accord), m’ont terriblement gossée parce qu’un peu trop appuyées. Du coup, les personnages les plus intéressants ont fini par me taper sur les nerfs.

Entendons-nous, je suis hyper fan de la plume et de l’humour de Clémentive Beauvais. Les jeux de mots en traduction, que plusieurs ont trouvé redondants, m’ont beaucoup plu, même à répétition. Le début est un peu long mais j’ai beaucoup aimé les exagérations, le côté très théâtral. C’est léger, on rencontre des jeunes engagés, qui ont des opinions très « modernes » mais qui vont lentement évoluer au contact les uns des autres, et surtout au contact d’autres qui ont été élevés autrement et qui ont d’autres vécus. Certes ils sont parfois agaçants (la naïveté de Marguerite est parfois… gossante), voire même enrageants (Cosmos…), mais le ton est enlevé, engagé, les situations frôlent parfois le grand n’importe quoi et j’ai passé un bon moment en général. Il faut juste penser à l’idée de base. Comment ne pas virer au vaudeville? J’ai surtout aimé le pauvre Pierre, professeur de chant, qui va se retrouver embringué dans tout ça… et qui n’en demandait clairement pas tant!

Ce n’est certes pas mon livre préféré de l’autrice, un peu trop politisé à mon goût quand j’ai besoin de légèreté, mais j’ai somme toute bien aimé!

L’apprenti-Assassin – #1 – Robin Hobb

Le comment en pourquoi

Franchement, c’est la faute de Daphné. Je pense que JAMAIS je ne me serais mise à cette série sans la LC et le live prévu. À noter, j’ai manqué le dit live. Mais c’est un détail hein. Un détaillounet, comme on dit.

De quoi ça parle

Fitz est né « on the wrong side of the sheets ». Bâtard de Chevalerie Loinvoyant, il a fini par être largué à la royauté mais grandit quand même dans les écuries, sous le regard bienveillant de Burrich, tout dévoué à son défunt père. Mais bien entendu, on ne l’a pas accepté pour rien, mais plutôt pour devenir l’assassin du roi subtil.

Mon avis

Premier avertissement : ce roman a été écrit en 1998. Il y a ving-trois ans. Il faut donc avoir ça en tête quand on commence la saga. Il y a certes des sujets plus chauds de traités, mais ce ne sont pas ceux de maintenant et il a moins d’accent sur la diversité que ce à quoi nous nous attendons à l’heure actuelle. Moi, je suis vieille. Du coup, la fantasy un peu old school, ça me plait et je ne suis pas dépaysée. En plus, j’aime les sagas qui prennent leur temps, avec un world building de folie et un paquet de personnages. C’était un peu écrit dans le ciel que ça me plairait bien.

Ce premier tome est une introduction à cet univers dans lequel la royauté est nommée par la qualité ou la caractéristiques qu’ils sont supposés représenter. Le roi Subtil, Chevalerie le gentilhomme et Vérité, son petit frère et futur roi ainsi que Royal, le dernier, fêtard et personnage détestable parmi les personnages détestables. Non mais on voudrait le claquer. Avec un poing américain. Et quelques poignards. Disons qu’il fait réagir. Fitz débarque donc dans ce monde, juste quand il est attaqué par les pirates rouge qui transforment les gens en coquilles sans morale, sort pire que la mort. Vérité tente de garder l’équilibre en utilisant ses pouvoirs et Fitz se débrouille tant bien que mal entre les cours d’assassinat, les cours de magie et ses balades en ville pour voir la jeune Molly, qui l’a connu enfant, dans les rues de Castelcerf.

Fitz est donc lâché lousse dans un panier de crabes. Il ne sait pas qui il est, ne sait pas à qui il peut faire confiance (et avec raison), certains lui veulent du mal pour des raisons obscures. Chaque petit moment qui peut sembler réconfortant, chaque petit chose à laquelle il pourrait s’accrocher semble lui être enlevée et il doit apprendre à tuer. Alors qu’il n’est qu’un enfant. Il aura d’ailleurs une mission, mais rien ne va se dérouler comme prévu, of course.

J’aime bien ces personnages tous pleins de grisaille et de zone d’ombre. Fitz reste flou comme personnage et il semble d’ailleurs ne pas savoir lui-même qui il est. Le fou, que nous voyons assez peu, me fascine et j’ai beaucoup aimé Kettriken, que nous rencontrons à la montagne. Certains personnages restent mystérique et je vous ai dit que je détestais Royal? Ben voilà!

Je continue la série… et je vous en parle bientôt!

Train d’enfer pour ange rouge – Frank Thilliez

Le comment du pourquoi

En fait, gros aveu, je ne lis vraiment pas beaucoup ces temps-ci. Je fais beaucoup d’audio, un peu de BD mais la concentration lecture est juste so-so. La concentration blog aussi, faut croire, vu mon rythme… après 14 ans à minimum 3 publications par semaine, mettons que je prends ça cool! Ce roman, une amie qui ne lit presque pas me l’a mis dans les mains. Elle avait trippé. Voulait en parler. Alors je l’ai lu. Mon premier Thilliez. Et savez-vous quoi? J’ai aimé!

De quoi ça parle

Il y a six mois, la femme du commissaire Sharko n’est pas revenue. Sans un mot, sans rien. Disparue. Seule une pince à cheveux est restée dans le garage. Puis, le corps d’une femme est découvert, mis en scène et atrocement mutilé. Sharko va se laisser prendre par l’enquête et tomber dans un univers glauque et par un tueur qui semble lui parler, à lui…

Mon avis

Mais, mais… pourquoi ce titre? Ceux qui me connaissent comprendront. Et je ne dirai rien de plus.

Je découvre donc l’univers de Thilliez avec ce roman. Donc, je m’embarque dans une série. C’est mal. Parce qu’avoue qu’à la fin du livre, j’avais bien envie de lire la suite. Yep, pour moi, ça été à ce point addictif. Et le personnage, complètement torturé, dans l’état où on le laisse à la fin du roman, m’intéresse énormément. Attention, il faut avoir le coeur bien accroché car notre tueur ne fait pas dans la dentelle… c’est gore de chez gore. Et on nous le décrit. Avec plein de détails. Ça donne des frissons.

J’ai eu du mal au début, surtout avec le style. Les trucs un peu lyriques m’ont parfois semblé « out of place » mais j’ai rapidement passé outre pour me plonger dans cette histoire haletante, c’est le moins qu’on puisse dire. On est rapidement englué dans cet univers, dans ce commissariat, avec ces personnages qui patinent un peu (beaucoup) et qui se laissent guider par ce meurtrier en série complètement fou, qui semble bel et bien parti dans un délire ésotérique. Et on se demande où ça va nous mener.

Un thriller très bien mené, palpitant à souhaits, très noir, empreint d’ésotérisme. On nous balade des légendes anciennes à l’univers du BDSM, en passant par bien d’autres thèmes que je ne révélerai pas ici, pour ne rien spoiler. Mais disons que nous nous faisons balader d’un bout à l’autre de la France, que c’est une course folle et un jeu machiavélique. On reprochera peut-être quelques coïncidences, quelques facilités, mais qu’importe car c’est diablement efficace. Le « qui » ne m’a pas surpris (mais je ne peux pas dire pourquoi), mais l’assemblage du truc est bien fait. Bref, pour un livre difficile à lâcher… go for it!

The Broken Earth Trilogy (La terre fracturée) – N.K. Jemisin

Le comment du pourquoi

J’entends parler de cette série depuis sa sortie. Genre depuis 5 ans. Et imaginez-vous qu’ils l’avaient en audio à la bibliothèque. Je me suis donc enfilé les trois tomes à la suite. En lisant la version anglaise en même temps. Bref, faut pas chercher à ma comprendre. Non mais QU’EST-CE QUE J’ATTENDAIS?!?!

De quoi ça parle

Dans ce monde, la terre tremble en permanence et les cataclysme se succèdent. En saison, c’est la loi de la survie. Et la cinquième saison est là. Dans le premier tome, nous suivrons trois personnages féminins. Essun, mère de deux enfants, vit incognito avec son mari et ses deux enfants dans une petite ville. Danaya est indésirable pour ses parents et on l’a donnée à Schaffa, un gardien, pour l’amener au Fulcrum, école pour ceux qui sont « comme ça ». Syénite, elle, est une orogène impériale et a comme mission d’utiliser ses pouvoirs pour aider les Fixes dans leur quotidien et gérer les secousses de leur monde instable. Leur point commun? Leur orogénie. Elles sont donc « moins », doivent être contrôlées ou cachées. Sauf que voilà, nous sommes en saison. Et en saison, seuls ceux qui le peuvent survivent.

Mon avis

Non mais cette trilogie est GÉNIALE. Rien de moins. Je vous donne ici le point de départ de l’histoire pour ne pas trop en révéler (et bon, je suis tellement en retard dans mes billets que je ne vais pas en faire trois), mais c’est d’une richesse incroyable, autant au point de vue des personnages que de l’univers. Nous sommes ici dans un univers millénaire, qui a une histoire riche qui nous est révélée petit à petit. Des saisons, des catastrophes, des civilisations passées et disparues… c’est dans cet univers qu’évoluent nos personnages principaux. Nous allons découvrir tout ça petit à petit et comprendre les liens complexes entre les personnages et les croyances qui ont évolué dans le temps. Vous savez à quel point j’aime les expositions par bribes, par alternance de textes et d’informations distillées. Et c’est fascinant.

Nous avons donc une narration très particulière, qui peut peut-être déranger au départ. Une partie au « vous », une autre au « je », des bribes de textes fondateurs. Moi j’ai tout de suite adoré, mais ce sont aussi mes goûts personnels. Les pages se tournent toutes seules, on veut connaître la suite et tous les fils, qui vont bien entendu se rejoindre, sont aussi intéressants les uns que les autres. Malgré la froideur apparente des personnages, je me suis attachée à eux et j’ai pu les comprendre au fil des tomes. Même si les relations ne sont pas typiques. Surtout PARCE QUE les relations ne ont pas typiques. Et que c’est ok.

Il y a une vraie réflexion sous-jacente sur les injustices, avec une perspective qui nous permet de sortir de nos cadres de référence habituels. Ici, les orogènes font peur à la population générale en raison de leurs pouvoirs, mais d’un autre côté, ils ont besoin d’eux. Du coup, ils sont considérés comme moindre, ils sont gérés et contrôlés, punis s’ils ne sont pas conformes aux attentes, et éduqués tous ensemble, dans le fameux Fulcrum, qui fait vraiment peur. Tout y passe, de la manipulation des anciens documents aux campagnes de désinformation et de peur. Et ce qui est intéressant, c’est que chacun a sa façon de voir les choses, chacun a plus ou moins peur, mais tout est à déconstruire et à rebâtir.

Bref, ça m’a passionnée. Le Père Terre et sa conscience différente, les interactions entre le passé et le présent, le regard écologique ainsi que toutes les relations, qu’elles soient amicales ou amoureuses. Les référents sont différents et c’est juste « comme ça ». Ici, on ne s’étale pas sur les différences et les préférences sexuelles on de genre. C’est ça et c’est tout.

Les tomes 2 et trois sont davantage dans l’action, nous suivons aussi un « nouveau » personnage, ce qui mène à une réflexion hyper intéressante sur la parentalité, mais c’est très différent de ce qui nous est proposé habituellement étant donné le contexte. Bref, grandiose.

Si vous aimez la SF et la fantasy, surtout adulte, allez-y sans crainte!

Chroniques de jeunesse – Guy Delisle

Le comment du pourquoi

Parce que c’est Guy Delisle, voyons. J’aime beaucoup son regard sur l’ailleurs, toujours perçant mais aussi plein d’humour. Du coup, l’idée de le voir nous parler de sa jeunesse me plait terriblement. Et bon, je suis pas mal certaine que personne n’est surpris de voir cet album ici.

De quoi ça parle

Adolescent, Guy Delisle a travaillé dans une papetière. Un moulin. Une shop. C’est cette incursion dans la vie des ouvriers des année 80 que nous allons découvrir à travers cet album.

Mon avis

Comme vous pouvez vous imaginer, le voyage dans le temps que nous propose Guy Delisle nous change de Pyongyang ou de Jérusalem. Si je dois avouer avoir une préférence pour les pays lointains, la balade dans les années 80 fut également bien agréable. Et bon, ça me parle parce que comme le père de Guy, mon père était aussi dans sa jeunesse ingénieur au Moulin, aux origines tout aussi anglaises, la Consolidated Bathurst. Ceci dit, même si j’ai (et ai toujours eu) une bonne relation avec mon père, il ne m’a jamais réellement parlé de la réalité des gars d’la shop. Découvrir ce petit monde, si loin de moi, était donc fort intéressant. Delisle avec un petit accent de Rabagliati, mais avec un peu plus de distance.

Distance ne rime pourtant pas avec insensibilité. Sous couvert d’humour ou à travers quelques détails, on comprend la charge émotionnelle de certains faits ou événements. Ce sont des regards, des silences, un rythme, et on comprend qu’il se passe quelque chose, à cet instant précis. Notre jeune homme reste externe, il sait que son emploi à l’usine n’est que temporaire, et il en est bien content d’ailleurs. Il ne se voit pas faire ce travail répétitif toute sa vie et apprivoise petit à petit les gens qui, eux, ont fait ce choix… où se sont simplement laissés porter jusque là.

J’ai bien aimé comprendre un peu mieux le fonctionnement des « machines », ensemble fort flou dont papa parlait souvent quand j’étais petite. Mais ce qui m’a plu, c’est surtout l’atmosphère, l’amitié entre ces hommes (car c’était dans cette usine tous des hommes), très représentative d’une époque. Il y a aussi la perception de l’art , l’insécurité face à l’avenir et les relations ado-parents pas toujours faciles.

Bref, à découvrir!

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Méconnaissable – Valérie Jessica Laporte

Le comment du pourquoi

Dans le cadre de mon travail, je côtoie et j’ai côtoyé plusieurs personnes qui ne sont pas neurotypiques. En plus, comme j’ai quelques – ok… beaucoup de – particularités sensorielles, une presque prosopagnosie, des représentations mentales weirds et une mémoire que je qualifie affectueusement de « stupide » (genre, je me rappelle des millions de chiffres et de conversations qui servent à rien), on me dit souvent « t’es pas autiste, toi? » Pour ceux qui se posent encore la question, la réponse est « ben non »! J’suis juste bizarre. Et j’aime être bizarre. Lucky me. Du coup, un roman écrit par une personne qui n’est pas neurotypique (et qui est autiste) et qui peut mettre des mots sur son quotidien, il fallait que je le lise.

De quoi ça parle

Elle a toujours été différente. Difficile. Les bruits lui font mal, les autres sont un mystère et même si elle tente de suivre les règles, on ne lui a jamais précisé qu’être aimé des autres en était une. Et elle ne sait pas comment faire. Un jour, elle part. Se rase la tête, s’habille avec les affaires de Petit-frère-sent-bon et s’en va. Pour être ailleurs. Méconnaissable. Et c’est le temps d’un été que nous allons suivre cette jeune fille en quête d’elle-même, dans un monde qu’elle a du mal à intégrer.

Mon avis

Ce roman, il faut le lire. Il est pour tout le monde, même ceux qui n’ont vu l’autisme qu’à la télé. Entrer dans la tête d’une personne qui voit le monde différemment, comprendre ses réactions, son vécu et surtout, pouvoir y mettre des mots, beaucoup de mots, c’est inestimable. Cette plume remplie d’images simples mais complexes à la fois vaut la peinte d’être découverte. Ça frappe. De plein fouet, en plein coeur.

Notre jeune héroïne restera sans nom. Elle ne sait pas qui elle est et ce qu’elle ressent comme des besoins, ce qui lui fait mal, est perçu comme des caprices ou du niaisage. Entre sa mère-aride, son père-parfois et son petit-frère-sent-bon, elle cherche le mode d’emploi sans jamais le trouver. Donc elle part. Et cesse de parler. Peut-être que ce sera plus facile, sans les mots. C’est au cours de cet été qu’elle va réaliser que, peut-être, tout le monde n’est pas hostile et que créer des liens en restant soi-même est possible. Et ça fait du bien à lire.

Si le personnage du père est touchant dans ses failles, la mère… arghhh…. Contre-transfert de la mort qui tue. En 23 ans de travail avec des parents, je n’ai JAMAIS vu ça. Ou bien je n’ai pas voulu le voir. Aride est bien le mot. Son refus des mots, son refus de comprendre, c’est hyper anxiogène pour le lecteur. Et l’enseignante dépeinte… OMG… je peux pas croire. J’ai eu du mal à percevoir la souffrance derrière ce comportement. Ici, on fait ressortir l’importance de nommer les choses pour comprendre, pour prendre le bon chemin au départ. Et la recherche de soi du personnage principal est extrêmement particulière car elle n’a pas de repères, pas de balises, ses stratégies sont souvent inefficaces et le monde autour d’elle a le don de taper là où ça fait mal. Bref, une incursion nécessaire dans la différence.

Un roman qui appelle à mettre de côté notre propre jugement et à tenter de tendre la main, pour traverser le pont plus facilement.

Le fils du roi – Stanislas Moussé

Le comment du pourquoi

C’est le graphisme qui m’a attirée tout d’abord. Ensuite, j’ai vu que c’était une BD sans texte. Inutile de préciser que j’ai encore davantage voulu découvrir le projet derrière cette histoire.

De quoi ça parle

Imaginez un mix entre de l’héroic fantasy et Où est Charlie, version sanglante. Un petit héros cyclope libère dans une quête héroïque un énorme monstre glouton qui dévore tout et tout le monde, non sans s’être approprié la couronne et… ben vous verrez! Ceci dit, je réalise après fouinage que j’aurais dû lire « Longue vie » avant, qui se déroule dans le même univers. On en apprend tous les jours.

Mon avis

Même si je n’ai pas lu le premier tome dans l’univers, ça ne m’a en rien empêchée d’apprécier la plonger dans ce monde médiéval où un gros méchant sème la terreur. Le récit est linéaire, on met un moment à bien comprendre les tenants et aboutissants, mais je suis hyper fan de l’imagerie, des expressions des visages et des milliers de détails sur chaque page. végétaux, animaux et personnages se côtoient pour former un tout cohérent et assez fou. Ça demande de l’attention mais ça fait plaisir de s’immerger dans un tel graphisme.

L’histoire en soi est assez banale: c’est le format qui rend l’objet livre particulier et jouissif, dans mon cas. Un chevalier qui crée un terrible malheur, une quête impossible, des aventures et des rencontres (une rencontre surtout)… typique du genre de l’heroic fantasy, non? Ben, oui et non, en fait. Notre héros se fait sérieusement ramasser, les victoires gagnées sont limite le fruit du hasard et la scène finale complètement rocambolesque m’a rappelé un certain film que je ne nommerai pas, pour vous laisser apprécier.

Un univers très personnel, qui ne plaira peut-être pas à tous mais que j’ai savouré. Je veux lire « Longue vie » maintenant!

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Shadow of Night / The book of life – tomes 2-3 – Deborah Harkness

Le comment du pourquoi

Avouons-le, je n’aurais jamais pris ce roman (oups… ces romans) de ma pile si ce n’avait été du challenge Serpents et Échelles qui demandait de lire un roman qui a été adapté. Je n’avais rien d’autre que ça. J’ai lu le tome 1 il y a 10 ans, j’avais aimé so-so (alors que tout le monde faisait la danse de la joie) et j’avais limite abandonné l’idée de finir la série. Ok, pas juste limite. Bref, je suis partie juste à moitié convaincue.

De quoi ça parle

Je vous renvoie à mon billet sur le premier tome si vous voulez davantage d’informations… parce que je risque de spoiler. Difficile de faire autrement. Avant de parler des tomes 2-3, rappelons que nous sommes avec Diana Bishop, née d’une famille de sorcières mais qui refuse son héritage. Au début du tome 1, elle est historienne, fait des recherches sur l’imagerie de l’alchimie et à la Bodleian, elle appelle un livre magique, ce qui met en émoi la communauté des créatures de Londres et du monde. Entre en scène Matthew, vampire, protecteur, mâle alpha tourmenté… et bon, vous voyez où ça va aller. À partir de maintenant, je spoile le tome 1!

Le tome 2 nous reprend juste au moment où le tome 1 nous avait laissés, soit en 1590, dans le Londres de Marlowe, de Shakespeare et de la fameuse School of Night (ou School of Atheism) de Walter Riley et George Chapman (groupe qui a réellement existé). Matthew et Diana craignent pour leur vie suite aux événements de Sept-Tours et ils cherchent toujours à mettre la main sur le fameux Ashmole 782.

Mon avis

Si on se souvient bien, j’avais qualifié le premier tome de Twilight pour adultes. Oui, je sais. Oups, oups, oups. En fait, à partir d’un univers trippant et d’une intrigue de base passionnante (non mais c’était quoi ce fameux livre et pourquoi est-il si difficile de mettre la main dessus), on a rapidement basculé dans une romance avec une jeune femme qui a – supposément – du caractère, mais qui apprend bien gentiment à écouter Matthew, parfait étranger. Je me souviens encore des années plus tard d’une interminable scène de dégustation de vins et de répétitions à gogo. Pas étonnant, donc, que j’aie attendu si longtemps avant de lire la suite.

Dans mon avis sur ces deux tomes, vous allez retrouver une constante : j’aime beaucoup l’histoire, le mystère, les personnages secondaires, mais je ne suis pas du tout fan de la romance, qui est lourde! Je ne sais pas combien de fois on nous précise qu’ils sont tout l’un pour l’autre, que c’est l’amour, que Matthew sent le clou de girofle, que Matthew est protecteur, etc, etc, etc… En fait, si on avait tout dit une seule fois, je pense que j’aurais aimé. Mais ici, c’est plutôt 10-20 fois… et c’est le genre de chose qui me gosse à la longue. Et avouez que si « blood rage », ça passe bien quand c’est répété 500 fois… « fureur sanguinaire », c’est comme moins naturel!

Maintenant que j’ai bien bougonné (je ne peux pas m’en empêcher, sorry-not-sorry), il faut bien avouer que j’ai enchaîné les deux tomes et que j’ai fini par m’attacher à toute la petite troupe qui tourne autour des personnages principaux : Philippe, Ysabeau, Gallowglass et les sorcières de Londres. J’ai particulièrement aimé le 2e tome, dans le Londres élisabéthain, pour les personnages historiques rencontrés, la « twist » à la réalité (Christopher Marlowe en démon, quand même, c’est pas mal) et la façon dont l’histoire des créatures s’imbrique dans la grande histoire. C’est plus fort que moi, je fais une petite danse de la joie à chaque fois que je rencontre quelqu’un de connu. Comme je connais peu cette période, c’était un plaisir de lire à propos des coutumes ou des rues de Londres et de Prague. En plus, comme il y a un certain décorum, il y avait une limite aux mammours publiques. Ceci explique peut-être certaines choses!

Le tome 3 offre une fin très satisfaisante, bien qu’avec des longueurs ainsi qu’un petit fil non-résolu à propos de Diana et Philippe… (ouais, je vois tout). Les noeuds se tissent, l’histoire se tient, avec une vraie résolution et une ouverture sur le futur qui est cohérente avec ce qui s’est passé. Diana, dont le personnage s’étoffe dans ces deux tomes, découvre qui elle est et apprend à s’accepter telle qu’elle est, elle s’affirme davantage, même si elle est beauuuuucoup plus patiente que je ne le serais. Quant aux points de vue de Matthew, qui auraient pu être hyper intéressants, ils sont tellement centrés sur Diana et sur ce qu’elle représente pour lui que ça devient redondant.

Ouais, la romance et moi… I know, I know!

Ceci dit, ça se lit tout seul, l’univers est bien développé et l’auteur a évité l’écueil de « tout le monde est en couple à la fin parce qu’il n’y a aucun autre moyen d’être heureux et complet ». Je pense qu’il reste quoi… 2 personnes célibataires! C’est pas pire, non! Oui, je sais, je suis vilaine. L’histoire est addictive, mystérieuse, la magie et les sortilèges prennent de plus en plus de place et on veut vraiment comprendre ce que représente le fameux livre. Bref, un bon moment de divertissement. Si vous aimez la romance plus que moi, probablement que vous trouverez que c’est un TRÈS bon moment de divertissement!

Magus of the Library – tomes 1-2-3-4 – Mitsu Izumi

Le comment du pourquoi

Ce manga, c’est totalement la faute de Chantal de la chaîne La bibliothèque jaune. Elle nous l’a tellement vendu lors d’une discussion et dans ses tops 2020 qu’il me le FALLAIT. Et bon, de la magie, des livres, ça me parle. Obviously.

De quoi ça parle

Le jeune Shio est différent de ses copains d’école, avec ses oreilles pointues et sa peau pâle. Un jour, une rencontre avec une Kahuna, une gardienne des livres dans la mythique grande bibliothèque, va changer sa vie et il va vouloir à tour prix les rejoindre. Dans ces trois premiers tomes, nous allons le suivre son cheminement vers ce rêve.

Mon avis

Ce manga a vraiment quelque chose de particulier. Ça parle de livres, on a une histoire prenante et aussi un côté instructif à propos de l’écriture, des livres. Nous sommes dans un monde imaginaire, avec des peuples différents et des coutumes variées, et leur histoire nous est révélée petit à petit. Et j’adore. Vraiment, c’est top.

Nous somme dans une histoire de passage à l’âge adulte, une histoire où le personnage principal va devenir le héros de sa propre histoire et va prendre les moyens pour le faire. Il y a des livres, des histoires, des rêves, des découvertes et des créatures fantastiques. Si le premier tome nous raconte le coup de foudre entre Shio et les livres, le deuxième son voyage à travers l’univers, le troisième est clairement le plus passionnant et nous avons droit au fameux examen pour devenir Kahuna, métier la plupart du temps réservé aux femmes.

Le dessin est ca-po-té. Détaillé, expressif, imaginatif, le lecteur est transporté dans cet univers fictif et les décors sont vraiment fantabuleux. Imaginez-vous que je reconnais hyper facilement les personnages, ce qui arrive somme toute rarement. L’histoire est prenante pour toute personne qui aime les livres. On est en effet immergé dans cet univers, ils prennent énormément de place, pour mon plus grand plaisir. Il y a en fond un message de tolérance, d’entraide et de respect et la quête de Shio est passionnante. On le voit grandir, prendre en confiance en lui, et ça fait plaisir.

Et un petit mot sur le tome 4, dont je ne peux rien révéler… QUELLE FIN, MAIS QUELLE FIN! Mon préféré de la série!

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Le roitelet – Jean-François Beauchemin

Le comment du pourquoi

C’est totalement la faute d’un communiqué de presse, qui parlait d’une relation entre deux frères dont l’un est schizophrène. Comme j’aime les romans traitant de problématiques de santé mentale, j’ai sauté dessus. Of course.

De quoi ça parle

Le narrateur a la soixantaine. Il vit à la campagne avec son épouse, son chien, son chat, il regarde pousser ses plantes et philosophe en se questionnant sur le passage du temps et le réel. Il a une belle relation avec son frère cadet, sont l’esprit se débat avec des démons. Et c’est ça.

Mon avis

Je n’ai lu que du bon dans les médias sur ce roman de Jean-François Beauchemin. J’aime sa plume, ses fulgurances, ses réflexions qui nous amènent à fermer le roman pour y repenser plus longuement. Encore une fois, j’ai apprécié cet aspect, la réflexion sur les racines, les lignes de failles et le temps. Ça parle de beauté, d’amour et d’arts, il n’y a pas d’intrigue autre que ça et malgré tout, on passe un bon moment.

Ceci dit… ça reste une lecture en demi-teinte. Ici, nous ne sommes pas dans le récit de vie. Beauchemin n’a pas de frère schizophrène mais le narrateur m’a fait penser à son propre personnage dans ses autres écrits. J’ai parfois eu l’impression que le frère sert de levier pour mettre en lumière le narrateur, ses pensées, et sa philosophie de vie. Ça faisait pas mal de « je, me, moi » et j’aurais préféré aller plus loin dans le personnage du frère, ce vieux sage aux prises avec ses démons que j’ai trouvé un peu caricatural. Ceci dit, je ne suis pas spécialiste de cette pathologie et mon avis relève de l’impression davantage que de la vraie connaissance de la schizophrénie.

Si vous aimez Jean-François Beauchemin et ses romans contemplatifs, je crois que ce titre peut vous plaire. L’écriture est belle et poétique… mais je m’attendais juste à autre chose.