Ordinary People – Diana Evans

Le comment du pourquoi

Ce roman a fait l’unanimité sur les blogs et comme j’aime les listes, je l’avais mis sur la liste du Women’s prize for fiction. Les listes auront ma peau! Et bon, ils parlaient de Dickens ET de Tolstoï sur le vilain bandeau rouge. Comment voulez-vous que je résiste à ça? Impossible de résister à ça!

De quoi ça parle

Ce roman s’ouvre avec l’élection de Barack Obama et se termine avec la mort de Michael Jackson. Nous sommes à Londres, avec deux familles noires de la classe moyenne. L’une habite une maison biscornue au sud de Londres et l’autre a choisi la banlieue, à une quarantaine de kilomètre de la ville. Nous sommes surtout avec Michael et Mélissa sont aux yeux de tous le couple idéal. M&M. Ils ont un bon boulot, deux beaux enfants et Mélissa croit avoir trouvé la solution idéale en travaillant de la maison comme journaliste indépendante. Damian et Stephanie sont de bons amis du couple et gravitent autour d’eux, tout en vivant leurs propres remises en question. Mais après 13 ans de couple, tout s’effrite, tous sont en remise en question et tentent de retrouver le « je » au milieu du « nous », des enfants, de la routine et des rêves mis de côté.

Mon avis

Commençons par le début. Je pense que le fameux bandeau m’a induite en erreur. Dickens? Tolstoï? Ok, nous sommes à Londres et la ville est presque un personnage mais ça s’arrête là. Nous sommes loin de cette agitation, de cette animation et de ce fourmillement qui caractérise les livres de Dickens. Je comprends mieux le rapport à Tolstoï, avec l’étude de la psychologie des personnages et cette femme qui s’est perdue, mais tout de même… Bref, je n’avais pas les bonnes attentes en ouvrant ce roman, qui aurait peut-être mieux pu être comparé à Revolutionary Road de Yates. J’ai donc dû m’adapter à cette lecture, que j’ai quand même mis plusieurs jours à terminer mais auquel je vois énormément de qualités.

Ne vous attendez pas à un roman plein d’action, avec une trame narrative resserrée. Ce n’est pas ce que nous allons retrouver ici. Diana Evans décrit avec une grande finesse les sentiments des quatre personnages (bon… surtout trois des quatre personnages), qui ont la fin de la trentaine et qui sont confrontés à la réalité, celle qu’ils n’avaient pas vu venir, celle qui n’arrive qu’aux autres, mais pas à eux, qui s’aimaient tellement. Ce sont des gens ordinaires, avec une vie ordinaire et des sentiments qui semblent universels.

Les personnages sont réalistes et l’autrice décortique leurs sentiments, leurs réactions et leurs souffrances face aux difficultés du quotidien, face à la banalité et le poids de l’habitude. Leurs efforts, ensemble et séparément, pour rester deux, pour garder le cap et pour tenter de ramasser les morceaux qui s’effritent sans qu’ils ne s’en rendent compte. L’autrice nous fait voir la vision de chacun des personnages, hommes et femmes, avec une écriture très belle, avec une poésie sous-jacente omniprésente. C’est fort et à la fois profondément déprimant, parce qu’on sent que les protagonistes se sentent dépassés par ce qui leur arrive et sont profondément bouleversés. Leur détresse s’exprime différemment, entre tristesse, angoisse et colère. Dans le couple, les mots se font plus rares, ou ne sont plus reçus quand ils sont lancés. Les maisons ne referment alors que deux solitudes.

Derrière ce portrait, Londres, un Londres multiculturel, souvent violent, rempli de solitudes. Les lieux sont réels et j’ai aimé retrouver ces pavés que j’ai aussi arpentés, entre Oxford Street et les quartiers sud, rapidement traversés. En arrière plan, on y aborde, presque sans y toucher, le racisme, la violence, la solitude, mais nous sommes surtout sur la fameuse crise de la presque-quarantaine et les remises en question qui se pointent le bout du nez, quand la réalité crashent face aux rêves qu’on a abandonnés par la force des choses.

J’aurais aimé un peu plus de Stéphanie, plus réaliste, dont le point de vue est moins développé et un peu moins de surnaturel, même s’il semble très symbolique.

J’ai donc aimé la finesse de l’analyse, et après coup, je réalise que ce roman m’a marquée. Toutefois, pendant ma lecture, j’ai dû remettre mes attentes à leur place et ce n’est pas un roman que je conseillerais à tout le monde. Mais si vous aimez les analyse psychologiques et les couples décortiqués, ce roman est pour vous, sans aucun doute!

Portugal – Cyril Pedrosa

Le comment du pourquoi

Parce que c’est Pedrosa. C’est tout. Et c’est assez.

De quoi ça parle

Simon Muchat est un auteur de bande dessinée en pleine crise existentielle. Sa vie semble avoir perdu son sens, il ne réussit plus à écrire ou dessiner, il s’isole et parle de moins en moins à sa conjointe, qui tente de le supporter du mieux qu’elle peut, mais qui est complètement désemparée. Puis, il est invité à passer quelques jours au Portugal, dans un petit festival de BD, et il va y retrouver des odeurs et des souvenirs qu’il croyait avoir oubliés…

Mon avis

J’ai a-do-ré cette BD. C’est pour moi une petite merveille qui parle de mal être, de recherche de soi, de ses origines et de son histoire. Cette quête afin de dénouer les noeuds relationnels et les mystères familiaux m’a touchée droit au coeur et tant le dessin que le mode de narration y ont contribué. Il ne faut pas s’attendre à une BD remplie d’action. C’est une histoire très introspective, un peu autobiographique, avec un dessin très évocateur question émotions. Comment traduire le vide intérieur, puis l’éveil aux souvenirs, petit à petit, sinon par les couleurs et le côté un peu flou, pas fini des illustrations? C’est magistralement réussi, on se croirait sous le soleil du Portugal et ça fait du bien. Comme le personnage principal, on comprend un mot de temps en temps, vu qu’on a fait le choix de ne pas traduire le portuguais, et pour ma part, ça a encore ajouté à la sensation d’immersion, au sentiment de soulever un coin du passé pour découvrir tout un pan de vie.

Vous le savez, moi, les histoires de famille, les non-dits, ça me parle. J’ai aimé les différents points de vue, les petites incursions dans le passé, les souvenirs qui remontent. À travers ceux-ci, on apprend à connaître la famille de Simon, son père, son oncle, sa tante, qui traînent aussi le poids de ce passé dont on ne parle pas et que l’on ne connaît pas vraiment en fait. Les scènes en famille sont super parlantes mais aussi parfois très malaisantes, alors qu’on sent le mal être, mais qu’on peine à mettre le doigt dessus. Pourquoi le grand-père a-t-il quitté le Portugal? Et surtout, pourquoi n’y est-il jamais retourné?

C’est à la fois tendre et doux-amer, on suit Simon qui, de rencontre en rencontre, réalise le choc profond qu’il ressent face à ce pays qu’il ne connaît pas mais dans lequel il se reconnaît. Ça parle de famille, d’immigration, de solitude, de relations et de l’importance d’aller au bout des choses, de se connaître. Un album avec lequel il faut accepter de se laisser emporter, sans trop se poser de question. Avec moi, ça a parfaitement réussi… et je conseille de tout coeur!

Cétait ma BD de la semaine! Et cette semaine, c’est Noukette qui nous accueille!

Suzanne Travolta – Elisabeth Benoit

Le comment du pourquoi

Parce que dans la liste du prix littéraire des collégiens. J’aime les listes, c’est plus fort que moi.

De quoi ça parle

Heu… comment dire… c’est compliqué.

Marie-Josée, une scénographe, s’est suicidée. Marie-Josée était une soeur. La soeur de Laurent, vedette de télévision québécoise, qui occupait une grande partie de l’esprit de Marie-Josée. Dans ce quartier du Mile End, Suzanne la croisait fréquemment, mais n’était pas son amie. Elle ira quand même aux funérailles et rencontrera des gens reliés à Marie-Josée, qui feront peu à peu partie de sa vie.

D’un autre côté, un récit très factuel, celui de deux détectives qui doivent l’espionner, mais on ne sait pas pourquoi et eux non plus. Ils l’observent à travers des caméras, des fouilles, et remarquent des choses étranges. Un revolver. Un fantôme dans la salle de bain.

Mon avis

Je pense que je ne suis pas assez intelligente pour ce roman. Je l’ai refermé en me disant que j’avais forcément manqué quelque chose parce que trop d’éléments m’échappaient. Et même en en parlant avec d’autres lecteurs, je ne suis pas certaine de bien comprendre l’intention de l’auteur. Je croyais au départ qu’on parlerait de cette « soeur de », de l’influence d’un frère très connu sur la vie d’une personne qui l’est beaucoup moins. Mais finalement, ça s’en va ailleurs. Le problème, c’est que je ne sais pas vraiment où. Les personnages nous surprennent parfois, sont finalement plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Qui est Suzanne? Pourquoi est-elle surveillée? Ya quoi, dans la salle de bain? De quoi ça parle, finalement?

Et vous savez quoi? Je n’aime pas me sentir idiote face à un roman. Du coup, malgré une écriture qui m’a énormément plu, des procédés narratifs originaux, volontairement flous, une dualité de points de vue hyper intéressante, je reste un peu sur ma faim.

Comme je le disais, l’écriture est très particulière, fort différente selon les parties. Mike et Bob jettent un regard plus froid sur la vie de Suzanne, qui se révèle beaucoup plus mystérieuse que dans les parties où elle est la narratrice, quoique effacée, de sa propre vie. Elle est à la fois bougonne, drôle, parfois totalement extérieure, et devient un parfait réceptacle pour les digressions et les histoires de tous les autres personnages. Quel plaisir aussi de retrouver le Mile End, le plus vieux, celui où habitaient plusieurs copains quand j’étais étudiantes, et qui n’avait pas grand chose à voir avec le quartier glamour d’aujourd’hui. Et oui, je suis déjà allée à l’Olimpico!

J’aime aussi le procédé des différentes scènes, qui nous donne un peu l’impression d’être au théâtre, d’assister à des moments précis, les « a dit qu’il a dit » et les paroles rapportées. La prose mérite d’être découverte. J’aime toujours les regards portés sur une personnes par les autres, ça me donne une impression de kaléidoscope qui me plaît à chaque fois. J’ai aussi apprécié être baladée par cette construction étrange sans savoir jusqu’à la toute fin… jusqu’à ce que je réalise que je ne comprenais visiblement pas.

Donc, appel au secours… expliquez-moi, vous, lecteurs dithyrambiques, qui portez ce roman aux nues!

Kididoc du corps humain – Éditions Nathan

Le comment du pourquoi

Parce qu’il est arrivé par surprise dans ma boîte, et qu’avec ma formation de secouriste, veux veux pas, le corps humain, ça m’intéresse. Et bon, NON, je ne compte pas redevenir patrouilleuse de ski. Never.

De quoi ça parle

Ben… du corps humain. Avec plein de petites portes et de petites animations. Je crois rêver.

Mon avis

Je vous ai déjà dit le bien que je pensais de ces Kididoc. Un peu fragiles pour les touts petits (ben quoi, le carton, ça peut se déchirer quand l’enthousiasme déborde), mais super bien faits, avec peu de texte et tout plein d’images, accessibles aux jeunes.

Chaque double page est dédié à un thème et chacune d’entre elles a des rabats, parfois juxtaposés entre eux. C’est toujours sous forme de questions et de réponses et les questions sont souvent celles que les enfants posent d’eux-mêmes. Je sens qu’ils ont dû demander à plusieurs enfants ce qu’ils voulaient savoir sur le corps humain! Les explications sont faciles à comprendre et, certes, ils ouvrent la porte à beaucoup d’autres questions. Vous allez parfois devoir chercher d’autres réponses!

Bref, ça parle de la digestion, du cerveau, des sens, des « bruits drôles » (le « pourquoi on pète » et « pourquoi on fait caca » ont été les préférés… bizarre hein!), de la peau, des, os, du coeur, des poumons…il y a des exemples concrets, ça parle aux jeunes et même adulte, j’ai passé un bon moment à jouer avec les rabats et les petites animations. On a même pu faire des quizz ensuite!

Encore un très bon Kididoc!

Les offrandes – Louis Carmain

Le comment du pourquoi

Parce que le Prix des Libraires du Québec. Et parce que maman n’avait pas vraiment aimé… et que souvent, dans ce temps-là, j’aime ça!

De quoi ça parle

Maude Cantin Espejo est née à Baie-Comeau mais habite au Mexique depuis ses 18 ans. Elle est détective pour animaux, genre Ace Ventura et vivote dans un Mexico assez pourri. Quand Gilda, son ex-belle-mère l’invite à manger dans un resto chic, elle est certaine que c’est pour retrouver son épagneul tibétain. Mais si Ricci, la bête en question, se porte ma foi fort bien, ce n’est pas le cas de tout le monde. En effet, Cindy et Valeria, deux soeurs femmes de ménage dans l’immeuble chic de Gilda ont été retrouvées pendues au pacanier et elle voudrait que Maude fasse la lumière sur cette histoire. Elle va être confrontée à bien plus noir que ce qui apparaissait au premier abord.

Mon avis

Je ne lis jamais les 4e de couvertures. Du coup, je n’avais pas allumé qu’au coeur de ce roman, on trouverait le monde des narcotrafiquants. Je ne spoile pas en disant ça. On parle de meurtres de femmes au Mexique. Les cartels ne sont jamais bien loin. Ce qu’il faut savoir, c’est que le crime organisé ne m’intéresse que quand c’est la mafia américaine. Ouais, Hollywood a eu cet effet sur moi. Du coup, quand j’ai réalisé de quoi ça parlait, mon enthousiasme initial a un peu retombé.

C’est que c’était bien parti pendant les premières pages. J’aimais bien l’humour grinçant et les commentaires en aparté. Sauf que plus on avance dans le roman, moins c’est drôle. Il y a encore des pointes d’humour mais le contenu est tellement sombre que ça tombe à plat. C’est violent, toujours. Pas toujours sanglant mais violent. Dans les gestes, les paroles. La poussière, la vulgarité et la violence faite aux femmes est partout, chez les adultes comme chez les enfants. Pratiquement aucun personnage n’est aimable, il y a des côtés assez horribles chez chacun d’entre eux. Pas un pour rattraper l’autre. Et mon problème, c’est que sur la longueur (475 pages, tout de même), c’est lourd. Très lourd.

Si l’humour de Maude m’a fait sourire au départ, finalement, son pessimisme, sa façon de voir toujours le mauvais côté des choses et de tout dénigrer ont fini par me taper sur le système. Du mal à être empathique, surtout quand je me demandais vraiment pourquoi, mais pourquoi, elle était allée se foutre dans ces situations. Il y a de contantes et très récurrentes références culturelles, très actuelles, et beaucoup de nom de marques sont citées. Souvent. Et vous savez quand quelque chose commence à gosser? Ben ce qui est arrivé pour moi avec ces références. Je. N’en. Pouvais. Plus.

J’avoue que jusqu’à la page 400, je me demandais sérieusement pourquoi ce roman était sélectionné au prix des libraires. La fin, par contre, est vraiment bien et rachète une partie des longueurs. J’ai été agréablement surprise par la façon dont tout était bouclé et on reste un peu sans mot devant ces dernières pages. Pas que j’étais hyper étonnée… plutôt vidée.

Ceci dit, c’est un portrait sans concession d’un Mexique dominé par les cartels, où la corruption et les liens avec les narcos sont partout et où la narcoculture est limite populaire. C’est sale, glauque, la culture du viol et du harcèlement est omniprésente et après avoir refermé ce roman, on n’a aucune, mais alors aucune envie d’aller se balader dans les rues du Mexique!

Pas mon préféré, mais la fin m’a réconciliée avec le reste de l’histoire!

Vil et misérable – Samuel Cantin

Le comment du pourquoi

On m’avait dit que c’était chouette, bête et méchant. J’avais envie de bête et méchant. Ouais, ça m’arrive.

De quoi ça parle

Lucien Vil est un démon. Il est libraire chez Linguine, voitures usagées, livres usagées. Il a des collègues avec qui il n’a rien en commun et – ô drame – il doit former un nouvel apprenti, Daniel, un gars on ne peut plus normal.

Mon avis

Commençons par le commencement, Lucien est un démon. Un vrai. Un démon qui va chez le psy le plus connardos du monde et qui voue une passion à la journée de l’Halloween. Ben quoi, c’est le seul jour où il peut aller travailler à poils… et en ayant l’air déguisé. Son pire problème? Ses collègues sont cons et vulgaires et il n’a pas baisé depuis 40 ans. Ah oui. Lui aussi est con, macho et vulgaire. Très. Faut donc aimer le genre!

J’avoue, parfois, j’ai ri. Les situations sont complètement ridicules, l’humour est décalé, tous les personnages sont détestables, au point que Lucifer est le plus sympathique de tous. Et c’est dire. Lucien, c’est un mix de grossièreté et d’érudition bizarre. C’est tellement n’importe quoi qu’il m’est arrivé d’ouvrir les yeux ronds comme des trente sous et de me dire « voyons donc! » Vous ne saviez pas ça, vous, que pour passer à autre chose, fallait accepter que votre est mère est une grosse citrouille? Ben c’est ça.

Tout le monde est hyper enthousiaste face à cette BD. Pour ma part, je ne suis pas super fan du dessin (les nez, les nez) mais ce qui m’a bloquée, ce sont les blagues et pensées sexistes, certes – un peu – dénoncées, mais beaucoup trop près de ce que j’entends parfois pour que je trouve ça drôle. J’avoue que la grossièreté, bof…

De l’auteur, j’ai préféré Whitehorse, surtout le tome 2, qui m’a fait rire aux éclats et duquel j’ai mieux su aprécier l’ironie. Pourtant, il paraît que celui-ci est le meilleur! Bref, moi, quoi! Ce qui m’a le plus fait rire, c’est la combinaison « chars pis livres usagés! » Jamais comme tout le monde!

Moka nous accueille pour la BD de la semaine!

Je ne suis pas fou – André Marois

Le comment du pourquoi

Je ne sais plus qui en a parlé… mais bon, je l’ai vu sur un blog (as usual), j’ai été tentée… et je l’ai lu! C’était la raison inintéressante du jour!

De quoi ça parle

Je vous donne les premières phrases, et vous comprendrez.

 » Chaque soir, c’est pareil : maman prépare une tarte aux pommes et l’enfourne. Papa et moi regardons les nouvelles à la télé. Après l’émission, un cri retentit toujours de la cuisine, puis le bruit d’une chute. Mon père et moi nous précipitons. La tarte est renversée sur le sol ; maman explique qu’elle l’a fait tomber à cause du moule qui était brûlant. Papa s’allume une cigarette sans rien dire et part à la recherche de son cendrier. Chaque soir c’est pareil, et mes parents font comme si de rien n’était. Je crois qu’ils veulent me rendre fou « 

Mon avis

Je ne suis pas certaine d’avoir compris. En fait, je n’étais pas certaine d’avoir compris jusqu’à ce que j’écoute l’entrevue de l’auteur à « Samedi de lire« . Et après l’avoir écouté, je suis atterrée, certes, mais je reste avec l’impression qu’il m’a quand même manqué quelque chose… Je reste avec une question, prégnante… mais… POURQUOI???

Nous entrons donc dans une maison par les yeux d’un jeune garçon et nous resterons dans ses pensées tout au long du roman. Ce qui se passe dans cette famille est incroyable, complètement à côté de la plaque et notre petit héros est convaincu que ses parents cherchent à le rendre fou pour pouvoir s’en débarrasser, parce que, notamment, il coûte trop cher en nourriture. Roman sur la folie, certes, mais celle de qui? Des parents? De l’enfant? De la société qui ne réagit pas? C’est la question qui se pose tout au long du roman.

L’intérêt du récit est la vision et la réaction de l’enfant à ce qui lui est fait subir. Chaque tentative de rebellion se solde par des punitions, souvent insidieuses et reliées à la bouffe. Comment y réagit-il? Comment interprète-t-il ce qui lui est fait? Ça fascine au départ de voir des comportements complètement irrationnels passer pour parfaitement normaux, de voir cette absence totale de communication, mais on finit par se lasser. Cette spirale de pensées est intéressante mais pour moi, ça a été quand même trop peu. On est dans un roman psychologique, mais parfois tellement incroyable que, justement, ça a perdu de son intérêt. Pourquoi personne ne réagit? Comment ça se peut?

Vous me direz que ce n’est pas le but, que ce n’est pas ça l’important, que l’atmosphère anxiogène est réussie et qu’on se questionne réellement en tant qu’adulte sur la crédibilité de cet enfant. Je sais. Mais il m’a quand même manqué quelque chose pour complètement adhérer.

Usva a davantage apprécié!

The Unhoneymooners – Christina Lauren

Le pourquoi du comment

J’avais vu ce roman dans plusieurs tops 2019 et j’avais envie d’une petite romance. Du coup, j’ai choisi celle-là. Ça et la couverture jaune pétant. Il m’en faut peu.

De quoi ça parle

Olive et Ami sont identiques au plan physique, mais psychologiquement, elles sont l’excact opposé l’une de l’autre. Ami est chanceuse. Très chanceuse. En effet, elle a presque gagné intégralement son mariage de rêve et de façon générale, tout lui réussit. Olive, quant à elle, attire la malchance. Du coup, quand le fameux mariage vire au drame en raison d’une bactérie dans le super buffet de fruits de mer, Ollie se retrouve devant l’opportunité de partir à Maui, sous l’identité de sa jumelle, elle se dit qu’il va forcément arriver quelque chose. Et oui, en effet, il arrive quelque chose. C’est un voyage de noce. Gagné (of course) par sa soeur, c’est un voyage de noces. Et qui doit lui servir de « faux mari »? Ethan, le frère du mari de sa soeur. Celui qu’elle déteste cordialement, et qui le lui rend bien, d’ailleurs. Ça promet!

Mon avis

Je ne sais pas pourquoi, quand je lis une romance, je m’attends toujours à quelque chose de plus que ce que j’y trouve. Pourtant, je le sais hein! Je sais exactement ce que je vais lire, au fond. Mais j’ai déjà trouvé le quelque chose en question dans certains romans et, allez savoir pourquoi, j’espère encore.

Bon, là, vous allez vous dire que j’ai détesté. Ben non, je n’ai pas détesté. C’était pas mal. Sans plus. Drôle, rythmé, des situations rocambolesques et improbables, un personnage principal qui est parfois énervante mais quand même attachante, des gaffes à gogo… Voilà. Agréable. Mais je suis loin d’être aussi enthousiaste que les critiques que j’ai pu entendre… et qui m’avaient décidée à le lire. En fait, en lisant le personnage masculin au début, j’espérais quelque chose… et finalement, non. Il est juste bland. Comme la plupart des personnages masculins que j’ai lus récemment.

Ceci dit, si j’en avais un peu marre de la partie à Maui à partir du moment où ils ont commencé à moins se taper sur les nerfs (et la RAISON pour laquelle ils se tapaient sur les nerfs… je ne veux même pas en parler), la seconde partie, avec ce qui devient un drame un peu plus familial (j’ai adoré la famille), m’a davantage plu. L’héroïne réalise des choses avec l’aide de sa famille et du mec, mais elle prend ses décisions toute seule et ce n’est pas l’amour qui la sauve. Elle le fait toute seule, avec l’aide des gens qui sont autour d’elle.

Bref, une romance pas mal, avec un style enlevé, de jolies images de Maui, de chouettes relations entre soeurs (adoré les textos), que j’ai quand même lue en une journée. Je pense sincèrement que ça va beaucoup plaire aux amateurs du genre… mais je pense que je réussis de moins en moins à y accrocher.

Dommage…

Nymphéas noirs – Duval / Cassegrain / Bussi

Le comment du pourquoi

Je venais de lire la version roman… il fallait que je découvre la version BD! En fait, j’ai reçu la version BD il y a quelques mois, et je voulais lire le roman avant… ouais, c’est plutôt ça!

De quoi ça parle

Je ne vais pas – encore – vous expliquer de quoi parle la BD vu que j’en ai parlé la semaine dernière… je vous renvoie donc à mon billet sur le roman. Sachez toutefois que nous sommes à Giverny, pays de Monet, où un crime a eu lieu. Autour de l’intrigue gravitent trois femmes. Une égoïste, une menteuse et une méchante.

Mon avis

Je ne pensais pas qu’il était possible d’adapter ce roman en BD. Ceux qui l’ont lu comprendront sans doute pourquoi et je n’en parlerai évidemment pas ici. Mais croyez-le ou non… j’ai trouvé ça franchement réussi comme adaptation! Et ce n’était pas gagné! Entendons-nous, connaissant l’histoire, les tenants et les aboutissants, j’ai passé toute ma lecture à chercher les indices, à voir comment c’était construit, comment les écueils allaient être évités. Le choix des illustrations est très bien pensé, le découpage des cases est hyper bien fait et on sent l’influence impressionniste dans les images, tout en pastel et en douceur. Aurais-je tout compris si je n’avais pas lu le roman? Je ne sais pas… j’aurais peut-être été un peu perdue, ou frustrée par les trucs utilisés pour brouiller les pistes.

L’adaptation est fidèle au roman, on retrouve l’atmosphère de Giverny et le côté mystérieux amené par cette vieille dame qui erre dans la ville comme un fantôme que personne ne semble voir. C’est bien fait et une seule image aurait pu me mettre la puce à l’oreille!

Si vous avez aimé le roman, je vous conseille la BD, ça va vous ramener en plein dans cette ambiance. Si vous ne l’avez pas lu, vous risquez d’être un peu perdu… mais je suis curieuse de voir ce que vous allez en penser et je gagerais sur un cerveau un peu retourné! Impressionnant! Ou impressionniste. Au choix!

C’était ma BD de la semaine… et Stephie fait le recensement des liens cette semaine!

Konbini – Sayaka Murata

Le comment du pourquoi

J’ai entendu parler de ce court roman par une amie qui avait dé-tes-té. Et les raisons pour lesquelle elle avait tant haï ce roman m’ont interpellée. Donc, je l’ai lu (je sais, faut pas chercher à comprendre)… et moi, j’ai beaucoup aimé! Je remercie donc l’amie en question d’en avoir parlé avec tant de passion haineuse. Je sens qu’elle va être morte de rire quand elle va me lire!

De quoi ça parle

Keiko a 36 ans et, depuis 18 ans, est à l’emploi d’un kombini (un genre de dépanneur ouvert 24h), à temps partiel. Elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfant, et adore son emploi. Toutefois, pour tout le monde, sa situation n’est pas normale, pas désirable. Quand un nouvel employé arrive et qu’elle se retrouve à lui donner un coup de main, elle va, par la force des choses et des gens, se remettre en question.

Mon avis

Voici ici un très court ouvrage, très étrange, très particulier, qui ne touchera pas tout le monde, mais qui m’a pour ma part beaucoup plu. Keiko, le personnage principale, pourrait être décrit comme une femme non neurotypique, qui ne comprend pas du tout les conventions sociales et qui réagit à sa façon qui est – pour elle seule – fort logique. Au Japon, de nos jours, une personne sans emploi stable, pas mariée, n’est pas encore totalement acceptée et j’ai beaucoup aimé les stratégies de Keiko pour avoir l’air « normale ». C’est triste et drôle à la fois et c’est surtout hyper juste. C’est que, voyez-vous, Keiko AIME travailler au Konbini. Elle s’y réalise, ne fait de mal à personne, y trouve des défis et de la valorisation. Elle est différente, mais pas malheureuse d’être différente. Certes, la société lui pèse un peu et la force à « faire semblant ». Et ça, ça m’a beaucoup plu.

C’est d’ailleurs ce qui est bien dans ce roman. Il propose une vraie réflexion sur la différence, mais vue par une culture différente. Il offre un angle très intéressant sur les pressions et les attentes de la société et sur les préjugés qui demeurent et les effets que ceux-ci peuvent avoir sur certaines personnes. Certes, le personnage masculin qui entre en scène est à taper (en bonne québécoise, je dirais « à fesser dedans »), mais même s’il est détestable, il va quand même avoir un regard très lucide sur le monde qui l’entoure. Ok, lucide, ce n’est peut-être pas le mot. Il a sa propre perception, est assez parasite merci et n’a pas l’intention de changer, quitte à insulter tout le monde et à imposer sa façon de voir les choses. Comme quoi les différences n’ont pas toutes les mêmes impacts.

Un roman sur la découverte et l’acceptation de soi et sur les diverses version du bonheur. Un roman aussi sur la différence, celle qui dérange, et qui m’a emmenée à lire sur la culture japonaire, notamment sur le phénomène des freeters, jeunes adultes méprisés qui mettent de côté la carrière et la famille pour avoir des petits boulots. Bref, une plume assez dépouilllée, mais un propos qui vaut la peine d’être lu.

Aller à la barre d’outils