Hotel Lonely Hearts – Heather O’Neill

J’ai décidé, comme chaque année, de lire les romans présélectionnés pour le Prix des Libraires du Québec. Ce gros roman m’avait attirée parce qu’il était publié chez Alto et que j’aime beaucoup leur ligne éditoriale. Je ne savais pas du tout dans quoi je m’embarquais et je l’ai lu en duo avec ma mère, qui a – comme souvent – une opinion assez différente de la mienne!

La mère de Pierrot avait 12 ans et une enfance à vivre. La mère de Rose a tenté de la sauver mais la fillette a fini sous un arbre. À l’orphelinat où ils vont se retrouver, toutes les filles s’appellent Marie et tous les garçons s’appellent Joseph. Les bonnes soeurs ne sont pas toujours bonnes et souhaitent étouffer dans l’oeuf toute dose de folie ou d’anticonformisme. Toutefois, à eux deux, les enfants vont créer des moments magiques et concevoir, dans leurs petites têtes, le plan d’un cirque fantastique, peuplé de clowns tristes , de musique et de danses envoûtantes. Pierrot est lunaire, musicien génial, un peu hors du monde. Rose est fonceuse, espiègle, égocentrique et elle n’a peur de rien. Toutefois, certaines personnes voudront les séparer… et vous verrez!

Nous sommes donc dans le Montréal du début du 20e siècle, où la religion, la pègre et la police se partagent le pouvoir. L’ambiance est un peu fantasmagorique et teintée de réalisme magique, très présent et très prégnant. C’est poétique, plein d’images évocatrices et j’ai été pour ma part complètement absorbée dans ce Montréal incroyable et fantasmé. Une fois plongée dans cet univers, je pardonne tout, toutes les invraisemblances et les lubies de l’auteure, contrairement à ma mère, qui a été à la fois agacée et ennuyée par tout ça. Comme de quoi on peut avoir des ressentis très différents aux mêmes éléments.

C’est glauque, noir, empreint d’une sexualité souvent hors-norme. Rien ne nous est épargné et le ton sur lesquels certaines horreurs nous sont livrées ne concorde absolument pas avec la teneur – assez horrible – du propos. Imaginez un décor complètement sombre, avec, en avant-scène, des clowns, de la magie et des paillettes. C’est tout à fait ce qu’est ce roman. C’est fou comme les mots ont du pouvoir. Il se passe des choses terribles, les personnages font des horreurs, et on se prend à vouloir que ça fonctionne. Les deux personnages principaux, amoureux maudits auxquels la vie ne laisse que très peu de chance, sont imparfaits, plein de failles, et ils prennent mauvaise décision sur mauvaise décision. Leurs destins s’entrecroisent, se frôlent et nous marchons avec eux dans le Montréal de la grande dépression, guidés par le même espoir qu’eux : se revoir et une mystérieuse fantasmagorie des flocons de neige.

Un roman d’ambiance, provocateur, qui laisse un goût étrange quand on le referme. J’ai pour ma part été très sensible à la poésie de l’auteur tandis que ma mère a trouvé ça long et peu crédible. Deux opinions… mais je compte bien pour ma part lire autre chose de l’auteure!

Fais de beaux rêves Cthulhu – Ciaramella / Murphy

Je vous ai parlé, il y a quelques mois, d’un mignonissime abécédaire de Cthulhu qui nous amenait au coeur de R’lyeh et de ses habitants emblématiques. Voici maintenant un autre album cartonné (avec les coins ronds… j’aime quand il y a les coins ronds. Moins inquiétant pour les petits yeux) qui aborde les cauchemars et la peur de la nuit.

La peur du noir est un thème récurrent chez les cocos. Et on a jamais assez d’albums pour désamorcer tout ça parce que je ne sais pas pour vous, mais trouver THE album qui va fonctionner avec un coco particulier, c’est quand même quelque chose. Ici, nous rencontrerons Cthulhu, qui devrait faire peur (parce que bon, malgré sa cutitude, il est quand même un monstre aux yeux des petits), mais qui n’est quand même pas rassuré quand vient le soir. Non seulement la peur est normalisée mais les auteurs démontent les grosses frayeurs une par une. C’est encore une fois un plaisir de revoir Lovecraft interagir avec sa créature.

Et bon, il n’est jamais trop tôt pour présenter Cthulhu, non?

C’est ma foi fort choupinou… et maintenant, ma nièce veut un toutou Cthulhu. Peut-être que tout n’est pas perdu avec elle!

Les filles bleues de l’été – Mikella Nicol

Ce que je retiendrai de ce roman, c’est cette plume. Quelle écriture, quelle poésie, quelle délicatesse! Les mots de Mikella Nicol m’ont interpelée dès le départ et ne m’ont jamais lâchée.

Dans ce roman, deux voix. Clara et Chloé, petite vingtaine, amies d’enfance. Clara se remet difficilement d’une rupture amoureuse, d’une trahison tandis que Chloé a du mal à vivre, à accepter son corps. Pour tenter de guérir, elles se retrouvent le temps d’un été dans le chalet où elles ont vécu les étés de leurs enfance.

C’est à travers le regard qu’elles portent l’une sur l’autre que nous les rencontrerons surtout. Ces deux jeunes femmes peinent à trouver leur place, se sentent étrangères et se voient s’éloigner de leurs amis, de leurs familles. Elles sont touchantes et en tant que lectrice, je me suis sentie terriblement impuissante face à leur désespoir. J’avais l’impression qu’elles me glissaient entre les doigts et j’ai aussi été émue par leur entourage, par ce qu’ils doivent ressentir, eux aussi, même si les deux filles ne le réalisent pas vraiment.

C’est un roman dur, profondément triste, qui dépeint de façon très juste le sentiment de vacuité de l’existence qu’on ressent parfois. Chloé et Clara ne réussissent plus à donner le change dans un monde où tout le monde semble être comme un poisson dans l’eau… sauf elles. Je me suis souvenue une certaine période où j’avais l’impression qu’être moi ne suffirait jamais et que je devais être en perpétuelle représentation, que je devais faire semblant de vouloir ça, moi aussi. Mikella Nicol décrit avec énormément de précision ces sentiments, cette difficulté à grandir et à trouver son propre chemin.

Un très beau roman et une auteure que je relirai avec plaisir.

Les filles de Salem – Thomas Gilbert

Pourquoi ce livre

Parce que Salem. C’est tout.

De quoi ça parle

Cette magnifique BD (je sais, je ne maîtrise pas encore les sous-section… je viens de spoiler mon avis d’aplomb!) pose un certain regard sur la tristement célèbre histoire des sorcières de Salem. La narratrice, Abigail Hobbs, a 14 ans et un jour, un événement tout simple en apparence va modifier le cours de son existence.

Mon avis

Je ne vais pas beaucoup parler de l’histoire en tant que telle parce qu’elle est bien connue et que pour ceux qui ne la connaissent pas, ce serait bien que vous ayez quelques surprises. Toutefois, pour une mise en contexte, à Salem, près de Boston, au 17e siècle, des jeunes filles ont commencé à avoir des crises et ont accusé plusieurs membres de la communauté de sorcellerie. Résultat : plusieurs exécutés et 200 personnes emprisonnées. Cette BD brode autour de ce thème et offre une réinterprétation de cette histoire. C’est sombre, triste et cruel, ça met en avant la folie des hommes et leur petitesse devant la différence et ce qui leur fait peur.

Ici, il ne faut pas chercher à voir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. L’auteur utilise certains faits, en occulte d’autres et nous construit une histoire effrayante et possible à la fois. Le personnage principal, Abigail, sort de l’enfance et sa féminité fait peur à la société puritaine dans laquelle elle grandit. Autour d’eux, on craint la population autochtone et on craint surtout le diable, dont parle toujours le pasteur. Celui-ci souhaite ramener sa paroisse dans le droit chemin et est prêt à beaucoup pour récupérer son pouvoir, et de l’argent pour l’église.

Encore une fois, la femme fait peur et est diabolisée. L’hystérie collective est décrite de façon frappante et le dessin, souvent très cru, sert parfaitement le propos. C’est révoltant, cruel, et on se dit que ça pourrait tellement être vrai. Ça pourrait tellement être ça, la vraie histoire. La façon qu’à le pasteur de tout retourner à son avantage (et à celui de dieu) est effrayante, et nous fait réaliser à quel point, quand certains veulent convaincre, aucun argument n’est efficace. Aucun. Et ça n’a pas changé.

J’ai pour ma part beaucoup aimé les illustrations, avec un coup de coeur pour la dernière page, qui m’a fait fondre en larmes. Une lecture que je conseille, et que j’ai vraiment appréciée.

C’était ma BD de la semaine!

Et c’est chez … quelqu’un… note à moi-même, ne pas oublier d’ajouter le lien…

Mal de pierres – Milena Agus

Ce roman était dans ma pile depuis mes débuts sur le blog. Il a fallu finalement que je l’emprunte en audio pour le l’audiolire, en courant dans la neige. Certes, au Québec, en décembre, on est fort loin du climat de la Sardaigne mais les mots de Milena Agus m’y ont quand même transportée, le temps de ce court roman.

Une narratrice va donc nous faire rencontrer sa grand-mère, une jeune Sarde aux cheveux sombres et aux trop grands yeux. Une histoire qui semble simple au départ, mais que l’auteure complexifie graduellement, par petites touches, allant jusqu’à faire revivre tout autour de son héroïne toute une époque. Autour d’elle, plusieurs personnages gravitent autour de cette femme en total décalage avec la norme et son temps.

C’est l’histoire d’une femme mariée à un homme qu’elle n’aime pas, mais avec qui elle réussit à s’entendre. Toutefois, elle souffre de calculs rénaux et l’enfant tarde à venir. Elle sera envoyée en cure, rencontrera le Rescapé, en restera marquée et reprendra confiance, petit à petit. Tout en subtilité et en peu de pages, Milena Agus réussit à traiter de condition féminine, de secrets de famille, de filiation, d’amour et de normes sociales. J’ai beaucoup aimé ce personnage de femme aux repères différents des nôtres. La voix de la narratrice semble parfois décousue, on se demande pourquoi elle prend certains chemins mais tous se rejoignent à la fin, avec l’espoir d’un peu d’équilibre.

Bref, une auteure qui oeuvre tout en finesse, qui nous réserve certains moments étonnants et que je relirai certainement.

Croque-Manoir – Chabbert / Loyer / Maaden

Le pourquoi du comment

J’ai choisi ce court album-roman pour Ingrid Chabbert. Bon, un peu pour la couverture, mais surtout pour Ingrid Chabbert, dont je suis de plus en plus fan. Et j’ai bien fait car cette histoire m’a énormément plu.

C’est quoi, cette histoire?

C’est donc l’histoire de Nabil, un petit garçon à la peau foncée et aux cheveux frisés. Imaginez-vous que son père, éternel enthousiaste, a acheté un Manoir tout pourri pour faire une surprise à sa mère à son retour de mission à l’étranger. Et en plus, le dit manoir est occupé par une petite fantômette qui adore faire peur aux gens. Ce n’est pas gagné, direz-vous. Sauf que…

Et mon avis…

J’adore cette histoire. Neveux et moi adorons l’histoire. C’est drôle, c’est intelligent, rempli d’inférences et d’indices disséminés, le tout en une quarantaine de pages. Entendons-nous, il y a pas mal de texte, mais il est aéré, avec des mots mis en relief qui permettent d’ajouter de l’intonation mais aussi de garder l’attention du jeune. En plus, l’orthophoniste en moi a adoré le choix du vocabulaire descriptif riche et varié, qui permet d’élargir le lexique et qui montre en plus une bonne façon d’utiliser ces nouveaux mots.

L’histoire est entraînante, les dialogues sont piquants et c’est un plaisir de rencontrer Nabil petit à petit. Quant à Blanche, l’occupante pas du tout contente de voir arriver un envahisseur, mais qui espère bien lui causer une bonne frousse, c’est une charmante chipie. Ajoutons à ça des dessins évocateurs, juste assez inquiétants et nous obtenons une histoire bien ficelée qui plait énormément.

Et que dire de la fin! J’aime les mots qui ne sont pas dits et les albums qui font confiance aux enfants, même aux petits! Bref, ici, on aime! Merci Dimedia!

On en parle ailleurs

Moka

Truly Devious – Maureen Johnson

Le pourquoi du comment

J’aime beaucoup Maureen Johnson. Et imaginez une héroïne qui adore les romans policiers et dont le passe-temps est d’étudier les crimes, surtout les crimes non résolus. Mettez tout ça dans un manoir plein de passages secrets et ajoutez l’avis dithyrambique d’une copine, c’est officiel que je ne peux pas résisté. Et en effet, je ne l’ai pas fait.

C’est quoi, cette histoire?

Stevie est une adolescente qui se sent très différente de sa famille. En effet, ses parents sont de fervents admirateurs d’un sombre sénateur de droite et elle est plutôt solitaire, préférant s’immerger dans sa passion pour les « true crimes » et les romans policiers. Quand elle est acceptée à Ellingham, une école huppée mais gratuite pour les jeunes géniaux ou créatifs, elle ne pourrait être plus heureuse. En effet, 80 ans plus tôt s’y est déroulé un enlèvement et le crime n’a jamais été vraiment résolu, et Stevie se passionne pour cette histoire depuis des années.

Et mon avis…

J’avoue que je ne pensais pas aimer autant cette histoire. Sérieusement, j’ai adoré et je l’ai dévoré. Il y a un petit quelque chose d’Agatha Christie, mélangé avec ces romans d’école que j’aime tant. Et comme le tome 2 est déjà sorti, je sens que je vais le lire très bientôt. C’est dire à quel point ça m’a plu.

C’est donc un roman jeunesse qui pourra plaire à tout le monde, je crois. Les pages se tournent toutes seules et on passe un excellent moment. Stevie est une héroïne pleine de failles, peu habile socialement et très absorbée dans ses intérêts – souvent envahissants, avouons-le. Elle est intelligente mais anxieuse et très peu expérimentée dans la vie en général, ce qui donne parfois des réactions difficiles à comprendre. Mais pourtant, j’ai trouvé ce portrait d’adolescente insécure et sujette à des crises de panique criant de vérité, même si ce n’est pas le sujet principal du roman. Je me souviens avoir eu exactement ces réflexions sur l’amitié à certains moments de ma vie. Ouais, ça vous donne une idée à quel point j’étais à l’aise socialement hors de mon petit cercle quand j’étais ado!

Bref, Stephie arrive dans ce fabuleux endroit et elle va y rencontrer les autres étudiants. Un jeune vidéaste star de Youtube, une artiste ayant grandi dans une commune, une jeune fille maniaque de sciences et un jeune auteur qui a du mal à écrire. Son projet? Résoudre le mystère Ellingham. Toutefois, son esprit de détective va avoir aussi beaucoup d’autres occupations car il semblerait que Truly Devious soit de retour. La narration alterne entre passé et présent, entre les recherches de Stevie, sa vie de tous les jours et les archives des événements de 1936. Et savez-vous quoi? Même si j’ai des idées, je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Moi. Du coup, je suis fort curieuse et il me FAUT la suite.

Un petit côté vintage, plein de références, des personnages très particuliers (celui m’ayant le moins intéressée étant David, celui qui rend Stevie toute chose) et une intrigue qui m’a beaucoup intéressée. Et bon, cet endroit! J’aurais aimé voir plus de ces passages secrets et des mystères de cet endroit. Après tout, le personnage d’Ellingham semble vivre pour jouer.

Attendez-vous à lire mon avis sur le tome 2 bientôt!

Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

Le pourquoi du comment

Ça me fait tout bizarre de commencer ma découverte de l’auteur par ce roman alors que j’ai « Lhibiscus pourpre » dans ma pile depuis le début de mon blog. Pourquoi j’ai pris celui-ci? En fait, je n’en ai aucune idée. Une copine me l’a prêté et j’ai une envie folle de me dépayser dans mes lectures. J’ai bien choisi, n’est-ce pas! Et en plus, c’est le African American History Month chez Enna. Ça adonne over bien, je trouve.

C’est quoi, cette histoire?

Ce roman nous raconte l’histoire d’Ifemelu, une jeune femme nigeriane directe et intelligente. Son enfance n’a rien à voir avec la misère humaine. Sa famille n’a pas beaucoup d’argent, le quotidien n’a rien de faste, mais ce n’est pas la préoccupation principale d’Ifemalu adolescente. Elle est amoureuse d’Obinze, fils d’une professeure d’université qui l’élève seule. Ils sont de classe moyenne, vivent bien, mais Obinze rêve d’Amérique et il veut quitter son quotidien qu’il trouve trop étriqué.

Le roman s’ouvre alors qu’Ifemelu est aux États-Unis et qu’elle souhaite retourner chez elle, au Nigéria. Pendant qu’elle se fait tresser les cheveux (j’adore cette scène), elle se souvient de son parcours et nous la voyons évoluer à travers les années, autant en Afrique qu’en Amérique. Elle qui dit être devenue Noire à l’instant où elle a débarqué aux USA, va porter un regard critique sur ce qui l’entoure et nous, comme lecteur, nous serons les témoins privilégié de son changement de perspective et de sa façon de voir les choses.

Et mon avis?

J’ai adoré. Je dis souvent que je lis pour voir la vie et le monde avec un autre regard que le mien et c’est tout à fait ce à quoi j’ai eu droit avec ce roman. Un regard extrêmement intéressant, de plus en plus revendicateur, mais surtout, un regard qui fait réfléchir, réagir et prendre position. Ifemelu se définit comme une noire non-américaine, surtout au début de l’histoire. Pour elle, la race n’a jamais été une question centrale et soudain, ça prend toute la place. Au Nigéria, elle est nigériane de Lagos. Ici, elle est Noire, c’est tout. Et être Noire dans un pays où le racisme est profondément ancré et souvent très insidieux, ça a plusieurs implications.

Il est très difficile de parler de ce roman tellement il est riche en thèmes divers et à quel point il est dense. Il y a une histoire d’amour, certes, mais si elle sert de fil conducteur, le roman est loin de se limiter à ça. Ça parle de racisme, de relations humaines, de faux semblants, d’histoire et le portrait des sociétés fait par Ifemelu ou Obinze sont souvent sans concession. En tant que blanche, très peu confrontée au multiculturalisme (j’habite au bout du monde), c’est confrontant parce que parfois, on se reconnaît dans les comportements des gens, même si on ne voudrait pas. Et aussi parce qu’il y a tellement peu de « bonnes » façons de faire aux yeux l’Ifemelu la blogueuse sur la race, que ça fait parfois peur. Et tout ça, ça fait réfléchir sur le manque de compréhension et encore une fois sur le regard, sur les bonnes intentions (et les moins bonnes) et sur l’influence du contexte sur l’évolution de notre pensée et de notre façon de penser.

Nous suivons donc Ifemelu à son arrivée aux États-Unis, étudiante pauvre, alors que rien ne va et où elle va se résoudre à effectuer des boulots qu’elle n’aurait jamais cru avoir à faire. Nous la verrons aussi avec son petit ami blanc richissime (et sexy), qui lui offre une vie qu’elle n’aurait jamais imaginée pour elle, puis avec Blane, noir américain universitaire et engagé, qui va aussi faire évoluer notre héroïne. En parallèle, nous avons droit à quelques chapitres du point de vue d’Obinze, qui quitte aussi le Nigéria pour tenter de rêver plus grand, en Angleterre, alors que rien ne va se passer comme prévu.

J’ai beaucoup aimé les personnages, pleins de défauts, modelés par leur éducation, qui prennent souvent des mauvaises décisions et qui tentent de s’en sortir. J’ai aimé la quête d’identité d’Ifemelu, sa tentative de se définir, de s’observer et de ne pas toujours aimer ce qu’elle voit. J’ai aimé son évolution, aimé le fait que ses propos à la fin du roman n’auraient jamais pu être les siens au début. Il y a aussi une réelle critique de société, que ce soit pour l’hypocrisie et le racisme de l’Amérique ou que les moeurs souvent corrompues au Nigéria. Les passages en Afrique font d’ailleurs partie de mes préférés.

Bref, un roman qui dépayse et avec lequel je ne me suis pas ennuyée une seule minute. Je ne suis pas satisfaite de ma façon d’en parler mais j’ai a-do-ré.

D’autres en parlent

Aleslire (un peu déçue), Ys (j’adore son billet), Joëlle, Lilly

Bergères Guerrières – tomes 1-2 – Jonathan Garnier / Amélie Fléchais

Non mais comment résister à cette série BD jeunesse! C’est un véritable bonheur de lecture dans un monde fantasy, avec des héroïnes (et un héros) badass, qui ne s’en laissent pas conter! J’ai lu d’affilée les deux premiers tomes et j’en aurais pris encore plus.

Nous sommes donc dans un petit village au bord de l’eau. Dix ans plus tôt, les hommes sont tous partis combattre au loin et on ne les a jamais revus. Du coup, les femmes du villages se sont mobilisées et ont créé l’ordre des Bergères Guerrières, pour protéger le village. La série s’ouvre alors que Molly a 10 ans et qu’elle est initiée à ce fameux ordre, où les femmes et jeunes filles combattent à dos de bouc. Les héroïnes de Molly ne sont pas des princesses douces qui se regardent dans le miroir en attendant leur prince, loin de là. Ses idoles, ce sont les grandes combattantes de l’ordre, qui n’ont pas froid aux yeux et qui savent se battre. Son ami Liam, garçon de son état, aimerait bien en être aussi… mais voilà, c’est un ordre de filles.

À relire mon dernier paragraphe, on dirait une histoire d’acceptation et de garçon contre les filles, mais pas du tout. Ça fait partie de l’histoire, mais c’est un récit d’aventures et de quêtes. Les fillettes apprennent le métier de guerrière (en plus de garder les moutons) et vont découvrir d’autres gens, d’autres peuples. Si le premier tome nous fait découvrir le monde, on se retrouve rapidement face à un ennemi que l’on ne comprend pas réellement et qui va mettre notre ordre à l’épreuve, autant les grandes que les petites.

C’est plein d’action, d’aventures, il y a un côté merveilleux et beaucoup de rebondissements. Et la fin de ce tome 2… non mais ça va pas de nous laisser comme ça?

Les dessins sont à la fois choupi comme tout, je suis fan de la colorisation, les personnages sont expressifs, les décors ont un côté grandiose, et ça contraste joliment avec le propos de l’histoire et la teneur de l’aventure. On est immédiatement happé dans les différentes ambiances de certaines parties du récit.

Bref, j’adore. À tel point que j’avais emprunté à la bibliothèque… et que je vais certainement tenter de mettre la main sur la série, quand elle sera complète. Je VEUX que ma nièce-princesse lise ça. Je suis certaine qu’elle pourrait adorer et se reconnaître dans plusieurs des personnages. Car dans le village, tout le monde a son rôle et son importance, pas juste les guerrières. Quand je vous dis que c’est bien fait!

C’était ma BD de la semaine! Et me semble que c’est Stephie qui nous accueille. Me semble!

À moi seul bien des personnages – John Irving

John Irving et moi, c’est une histoire qui remonte à loin. En fait, je les finis toujours par les lire, mais souvent bien après leur sortie. J’avoue que mon préféré (que je refuse de relire d’ailleurs) reste toujours « Une prière pour Owen » mais entrer dans un livre d’Irving me donne à chaque fois l’impression de me retrouver en terrain connu. Du coup, je pardonne beaucoup. Je pardonne les éternels retours en arrière, les balades dans le temps pas toujours logiques, les redites et les souvenirs qui remontent encore et encore. Voire même que j’aime ça.

Ce roman nous emmène à First Sister, Vermont, une petite ville où se trouve un pensionnat de garçons et une équipe de lutte. Billy Abbott, le narrateur, y grandit et s’éveille à la sexualité alors qu’il n’a pas toujours le béguin pour les « bonnes personnes ». Sa mère l’a élevé seule et il n’a aucun souvenir de son père, parti alors qu’il était tout petit mais sa famille est toute proche. Entre le mari de sa mère (sur lequel il a un crush), son grand-père qui adore jouer les rôles féminins sur scène et sa femme germaine, son oncle qui boit un peu trop et sa tante à l’égo aussi gros que ses seins (désolée… c’est tout ce dont je me souviens d’elle). Toute la famille est impliquée dans le théâtre amateur et tout le roman est bercé par les vers de Shakespeare, ce dont je ne vais certainement pas me plaindre. Et il y a aussi miss Frost, la mystérieuse bibliothécaire.

Ceux qui ont un peu lu Irving reconnaîtront le contexte. Une petite ville, des personnages aux lubies étranges et souvent hauts en couleur, un narrateur âgé qui revient sur son passé… ça vous dit quelque chose hein! Ici, le narrateur est écrivain, il est bisexuel et dans les années 60, ce n’était pas si simple. Il est donc question d’homosexualité, de bisexualité et il y a plusieurs, plusieurs personnages trans, beaucoup, beaucoup de travestissement. Certes, je vous entends penser. Jamais trop de diversité. Mais sérieusement, ça fait beaucoup. Beaucoup de coïncidences et de personnages queer pour un si petit milieu. La réflexion sur ce sujet est certes intéressante, on se balade entre les États-Unis et l’Europe, et on passe à travers les années 80 dans le milieu queer. Cette époque me touche particulièrement et je suis et resterai toujours profondément ahurie par tous ces yeux qui se sont fermés alors que les gens mouraient les uns après les autres.

Bref, des longueurs, un propos assez politique, une réflexion sur l’identité, beaucoup de nostalgie (j’aime la nostalgie), des amitiés fortes, des obsessions, des secrets qui n’en sont pas vraiment, de la littérature et… des coïncidences. Pas mon roman préféré de l’auteur, mais un roman qui m’a fait croire à ces personnages et à leurs vies. Et ça, ça n’arrive pas à chaque lecture.

John Irving, quoi!

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