Jour 72 – Pamukkale et Hiérapolis

Dernier matin sur le caïque… on est un peu tristes de quitter ce petit paradis et la nuit a été très reposante, avec la mer qui nous berçait. On se lève encore plus en forme, me semble!

Dernier petit déjeuner, on se ramasse tant bien que mal (c’est qu’on se sentait chez nous et qu’on s’était pas mal étendus). On dit au revoir à la famille qui s’occupait du bateau et c’est le retour dans l’autobus pour un avant-midi de route pour se diriger vers la ville de Hiérapolis, qui était irriguée par la source d’eau calcaire de Pamukkale, avec ses bassins naturels. La Turquie tente de reblanchir la montagne à l’aide du calcaire. Selon les turcs, cette eau est bonne pour TOUT TOUT TOUT le corps.  En fait, on s’en va dans la potion magique d’Astérix, version turque. Ou la fontaine de Jouvence.

Les bassins de sel sont étonnants. Nous tentons de marcher dedans mais mettons que ça fait un peu mal aux pieds… et que pour ne pas glisser, il faut avoir les papattes solides! Ceci dit, nous réussissons hein… avec parfois plus ou moins de grâce!

La légende raconte qu’à l’endroit où se situe Hiérapolis se situait un petit village où habitait une fille dont personne ne voulait. Elle était fort triste et est montée sur la colline pour se suicider mais est tombée dans le bassin d’eau. Un prince qui passait pas là sur son cheval blanc est tombé amoureux de cette fille, qu’il trouvait tellement, tellement belle. Croyant que c’était une blague, elle se regarde dans le miroir… et se trouve magnifique. Ils se sont donc mariés et ont fondé la ville de Hiérapolis. Jolie légende hein!

Le site est encore très visité par les Turcs pour soigner les maladies des os et de la peau.  La ville –  à la frontière de la Lycie, la Pamphilie et de la Carie) s’est agrandie suivant un plan pré-établi, ce qui est très rare. C’est un enchevêtrement carré de rues et de ruelles. La ville est dédiée à Hiéra, la femme de Téléphos, le fondateur mythologique du royaume de Pergame.  La ville était importante pour le commerce vu sa situation et St-Philippe y aurait vécu et martyrisé. Du coup, il y une église qui y est dédiée et l’une des premières églises de l’Apocalypse est située tout près.  Construite au 3e siècle avant JC, elle a connu son âge d’or du 2e au 7e siècle, après sa reconstruction par les romains et sa chute au sortir du 14e, avec l’arrivée des Turcs.

Nous passons par la ville de Denizli, connue pour le nuage de poussière qu’il y avait auparavant, pour ses belles filles (because la fontaine-qui-répare-tout) et ses coqs, celui qui chante le plus longtemps en Turquie. Une chance que nous n’en avons pas encore rencontré parce que mettons que nous avons pu avoir l’expérience que les coqs turcs ont de la voix… mais aucun repère temporel! Ils chantent n’importe quand. Ceci dit, il paraîtrait que les vieux coqs seraient plus wise que les jeunes coqs… pour comprendre, faut demander à Kadir!

La vallée est connue pour son textile (il y a d’ailleurs des champs de coton aux alentours) ainsi que pour sa culture de pomme grenade.  Nous en goûtons d’ailleurs un délicieux jus sur l’heure du dîner… ce que c’est bon! Sans parler des pains chauds. Le repas est un buffet, avec de bonnes salades. Nous avons mangé à notre faim… quand arrive le plat principal d’agneau!  Sérieux, on a failli tomber en bas de notre chaise! On a fini par partager une assiette avec Sabrina parce que sérieusement, c’était é-nor-me.  Mais toutefois délicieux.  Bizarrement, nous avons tous trouvé une petite place pour le dessert à la semoule et à la crème glacée.

Ensuite, direction Hiérapolis.  Par 42 degrés. Sans ombre. Le site est magnifique, bien exploité… mais grand. Et il faisait une chaleur incroyable. Je pense que c’est la première visite depuis le début du voyage où, pendant les 15 dernières minutes, je vois limite des mirages en forme d’autobus climatisé et de bouteilles d’eau. On a les oasis qu’on peut hein! Autre temps, autre mœurs.

Les murailles de la ville datent de l’époque de Constantin, qui a ordonné que la ville soit entourée pour la protéger.  Le système de canalisation d’eau et d’égouts était très bien développé et l’architecte du groupe s’en donne à cœur joie dans les vestiges.  Pour l’eau potable, canalisations fermées.  Pour l’eau calisations ouvertes, question qu’elles ne se bouchent pas tout le temps.

Nous commençons la visite par la montée jusqu’au nouveau théâtre, construit du 1e siècle jusqu’au règne de Septime sévère, vers l’an 200.  Ils ont utilisé les pierres de l’ancien théâtre, qui était un peu excentré pour construire celui-ci, qui pouvait contenir 10 000 personnes.  Pour déterminer la population approximative d’une ville antique, on prend la grandeur du théâtre et on multiplie par 10… du coup, 100 000 personnes devaient vivre ici. Le théâtre a plus de 100 pieds de haut et la façade avait un étage supplémentaire. Sur la scène, des portes de différentes grosseurs sont utilisées dépendant de l’importance du rôle des acteurs et des statues ornent l’arrière scène. D’en haut, c’est hyper à pic et très impressionnant. Je ne suis qu’admiration devant cette construction qui nous vient de si loin. En Anatolie, les théâtres étaient surtout utilisés pour les pièces de théâtre mais ici, c’est une exception.  En effet, des tombeaux de gladiateurs y ont été découverts. Il n’y a pas eu que des acteurs (dans leur rôle) qui sont morts ici, on dirait.

Dans la ville, c’est l’un de ces moments où je me sens transportée dans le temps et où je m’imagine l’agitation autour et les gens qui s’animent. On voit bien les carrés de maisons, les boutiques, le temple d’Apollon et la fontaine principale.  Au loin, le martyrium de St-Philippe, une ancienne cathédrale du 6e, en ruines mais dont nous devinons la forme, ainsi que les agoras, publiques et commerciales.

Sur les allées principales, deux portes. La plus près de la ville est la porte byzantine, car la ville a été rétrécie au 6e, laissant les bains et la fontaine à l’extérieur.  Nous y voyons aussi des bains qui ont été transformés en cathédrale ainsi qu’une nécropole géante, avec des tombeaux en forme de tumulus, de maisons, de temples… ainsi que de simples sarcophages gravés d’écritures diverses et variées (romain, latin, grec, etc.).  Certaines pierres sont restées exposées au soleil longtemps et ont pris une teinte grisée tandis que d’autres, enterrées, on gardé leur beige d’origine.  Bon truc pour voir ce qui a été restauré ou non!

Puis, à la sortie, les latrines, qui étaient communes, où passait l’eau courante pour nettoyer les saletés et laver les fesses, vu que le papier de toilette n’était pas utilisé dans le coin et à l’époque. Les romains avaient un grand souci d’hygiène et hors de la ville, les marchands devaient se laver dans des bains, pour se nettoyer et éviter les maladies.

Juste avant de sortir, un panneau s’est brusquement dressé devant Mlle Z. qui se l’est pris en pleine tête et qui a vu quelques étoiles.  Nous sommes bien entendu très inquiets et la suite de la visite est un peu plus calme, disons. Finalement, elle a une bonne bosse mais tout est bien qui finit bien.  Soulagés nous sommes.  Le thème de la journée sera « ça tape fort »! Bref, on est contents de voir arriver le bus, avec de l’eau… qui coûtait une blinde si on la voulait froide.  Certains ont payé jusqu’à 20 lyras (5$ pour un bébé bouteille!) et dès l’arrivée à l’hôtel, c’est hop-piscine!

Le complexe est un genre de resort avec une piscine au cholore et un bassin d’eau thermale chaude. J’essaie les deux mais j’avoue que l’un des bains est tellement chaud que je n’arrive pas à dépasser les genoux.  Monsieur M. est un peu plus brave et se rend jusqu’aux cuisses, pour en ressortir rouge homard!  Sérieux, je ne sais pas comment on peut se baigner là-dedans sans se faire cuire à petit feu!

On est tous un peu amorphes au souper… et le thème de l’hôtel sera le personnel-confus!  C’est qu’ils tenaient ABSOLUMENT à saouler Mlle S!  Ils lui apportent la petite bouteille de vin commandée, puis, 10 minutes plus tard, une bouteille de rouge plus grande, avec deux verres.  Nous nous regardons, surprises… et tentons de leur faire comprendre que non, nous n’avons pas commandé ça!  Puis, encore 10 minutes après arrive une troisième bouteille… de blanc cette fois! Là, pus capable, j’effoire de rire.  Mais genre, rire à en pleurer pour rien, là… c’était n’importe quoi.  Mme J. part au buffet pour s’esclaffer à sa guise sans insulter personne… mais imaginez quand Mlle S. revient 5 minutes plus tard du buffet avec une bonne portion de magnifique salade de haricots… qui se révèlent être des piments!  Elle a dû caler la bouteille de vin! Bref, fou rire!

La soirée se termine devant la piscine avec un spectacle de baladi. La danseuse était très bonne et nous faisait danser un peu. Pour ma part, je réalise que ma dissociation en a pris un c… de coup et qu’une robe lousse, ce n’est pas l’idéal pour danser (et je passe sur mon muscle du bye-bye) mais le clou du spectacle a été les hommes, dont Monsieur D. et Monsieur M. qui ont donné tout qu’un show.  Je peux maintenant les faire chanter à volonté, vu   j’ai des vidéos fort compromettantes! Oh my que c’était drôle! On avait une statue de marbre et un pantin désarticulé!  Hilarant… et les gars s’en sont donné à cœur joie!

Bref, journée épuisante… mais fort agréable! Et demain, direction Éphèse!  Vais-je résister au cuir?

Jour 71 – Criques et fiesta

Cette nuit, j’ai dormi à la belle étoile. Et elles étaient très très belles, les étoiles.  J’ai dormi comme un bébé et il paraît qu’il y a eu un coq fort en voix à 5h30 du matin, mais je ne l’ai jamais entendu de ma vie.  Notre guide a même proposé d’aller le plumer. Ensuite, les chiens s’y seraient mis. Puis les vaches. Puis les moutons. Bref, les gens ont été réveillés par un concert de basse-cour. Et moi, par la cloche d’appel du déjeuner.

La randonnée, à la crique de la Mouette, de ce matin est assez courte et on a réussi à négocier, avec un petit groupe, une petite prolongation.  C’est un sentier sous les arbres, surtout des oliviers, et nous croisons plusieurs chèvres, qui semblent se demander ce qu’on fait là!

La famille qui vit tout en haut est propriétaire de ses terres et vit un peu de tourisme et un peu de ses animaux.  Il y a un pressoir à huile et tout se fait par bateau. Transport des chèvres et du tracteur compris. Certaines familles vivent sur la côte à l’année tandis que d’autres retournent en ville l’hiver et viennent une fois par semaine pour les animaux. Une vie bien différente que ce à quoi nous sommes habitués.  Nous terminons dans une petite crique et nous attendons le caïque pour aller manger et nous baigner un peu plus loin. Sitôt le repas terminé, c’était hop à l’eau! Il y avait beaucoup de poissons et c’était hyper agréable.  Je ne me lasserai jamais de me baigner dans la mer, je pense.

On appareille ensuite pour une traversée de 90 minutes, en pleine baie, où nous voyons des voiliers et des yacht énormes.  BBQ, terrasses, verrières, glissades, sea-doos inclus, c’est incroyable le style de vie sur ces bateaux.  Mais sur notre caïque, c’est pas mal nous qui sommes les mieux. Ça brasse et j’adore.  D’autres adorent un peu moins mais moi, ça me plaît.

On se repitche à l’eau quelques fois, on mange dans une crique et on en profite pour discuter un peu de la politique turque et d’Erdogan. Ici, chaque ville a son sénateur mais le président choisit les ministres… pas nécessairement dans le pool des élus.  Selon notre guide, en Turquie, un retour à un gouvernement religieux est impossible car les gens aiment leur liberté et sont très attachés à Ataturc.  Par contre, la Turquie interdit Wikipedia! Il parait que quelqu’un avait osé écrire des trucs contre le dit Ataturc… et que ça ne leur a pas plu!

La musique repart en soirée, avec cette fois de la musique turque. La famille qui nous accueille sur les caïques (père, mère, fille et fils, notre capitaine Hassan) et l’équipage nous donne une super démonstration de danses traditionnelles turques venant de différentes régions.  C’est super beau à voir, les femmes sont très fluides et gracieuses tandis que les danses des hommes ont un petit quelque chose de la danse grecque. J’avoue que les voir sauter comme des grenouilles, en petit bonhomme… ça doit demander des cuisses d’enfer! Bref, c’est super, on s’amuse, l’équipage aussi et ça finit super bien la journée et la section « caïque » du voyage.  Qu’est-ce que c’était bien!

Jour 70 – baignade et chèvres de montagne

Réveil fort agréable en mer aujourd’hui.  Bon, ok, je suis à peu près la seule qui a dormi vu que les autres ont failli mourir de chaud mais pour ma part, ça allait étonnamment bien. Je ne me suis même pas réveillée quand le bateau et les moteurs se sont mis en marche à 6h du matin. Tout le monde avait les voiles assez fripées merci!

Le programme de la journée, à la crique d’Agalimani, c’était rando dans les montagnes pour se rendre jusqu’à une ferme isolée et à l’ancienne cité de Lydae. Nous, on part devant en jouant les chèvres de montagne pour arriver aux anciens tombeaux du 2e siècle.  Les morts étaient en dessous et l’étage du haut était consacré aux offrandes et aux prières.  Le village comme tel était en bas, près d’une source. Une mosquée a été construite à l’arrivée des turcs et on a pu voir les citernes d’eau, pour récupérer l’eau de pluie. Le voyage a été abandonné en 1970 car la population est partie à Dalaman, derrière la montagne, ville plus grande et plus moderne.  Sur la montagne, il reste trois familles, dont celle que nous allons visiter.  Nous pouvons rencontrer le père de famille car la famille est partie à la fête du mouton. 

On s’installe sous la glycine avec un thé de sauge et j’ai goûté le meilleur miel que je n’ai jamais mangé et des figues toutes fraîches cueillies. Quel plaisir!

La randonnée est tout de même assez facile quand on aime bien marcher, même s’il fait chaud et qu’on dégouline de partout. On s’amuse à sauter d’une roche à l’autre et à s’imaginer seuls dans ce paysage un peu désertique, avec des cactus, des oliviers et des figues de barbarie.

Au retour, on réalise qu’on a manqué LE spectacle. Mme D. a en effet pu admirer une magnifique lune blanche et bien galbée, âgée d’environ une quarantaine d’année.  Ce n’est pas qu’en randonnant qu’on voit de jolis paysages, n’est-ce pas! Vous pouvez vous imaginer qu’ensuite, nous sommes restées à l’affût… mais je pense qu’il s’est senti observé!

Comment résumer la suite…  baignade dans l’eau parfois turquoise, parfois bleu saphir. Observation de poissons et d’une tortue qui faisait du tourisme sous les bateaux. Placotage dans l’eau, balade d’un bateau à l’autre et discussions à bâtons rompus. On était un peu fripés, couverts de sel mais parfaitement heureux.  Quelle belle journée.

Après le thé, l’apéro et le souper, Monsieur M. décide de mettre de la musique… et c’était parti! Entre zumba et danse orientale, le party a pogné sur les deux bateaux.. et même sur le bateau voisin. Disons qu’on a bien ri et qu’on avait aussi chaud que pendant la randonnée! Certains ont des talents cachés, disons. L’équipage a embarqué avec nous et une petite voix me dit que nous aurions été filmés. J’espère juste que rien de tous ça ne va aller sur internet.  C’est qu’on se donnait, nous, même si on n’avait pas vraiment bu à part un peu au souper. C’était VRAIMENT une belle soirée.

Jour 69 – Caïque et Canyon

Petit déjeuner avec vue sur la mer encore ce matin.  Vraiment, ya pire, on ne fait pas vraiment pitié.  Mettons que le café est fort fort bon, après la soirée d’hier, qui n’étais pas du tout arrosée mais tellement humide que c’était over fatigant quand même. On entre donc dans l’autobus… et pas de clim.  Dehors, à 8h, il fait 37.  Je ne vous dis même pas en dedans! On compare nos ventilateurs pour voir qui a un petit peu plus de vent… mais c’est pas mal tout pareil.  On a donc un 90 minutes de route à faire et ensuite, notre fantastique chauffeur a un gros miracle à faire!

On traverse de très belles vallées pouvant avoir 2-3 récoltes par année et à la flore très variée pour arriver au Canyon de Saklikent, assurément un de mes coups de cœur de voyage. Nous arrivons donc près d’un pont, où, après quelques pas, nous arrivons au paradis. Au-dessus, un immense drapeau turc que le soleil traverse et autour de nous, d’énormes falaises. Je ne sais plus où regarder tellement je trouve ça beau.  Puis, on arrive à la rivière, que nous devons traverser à pieds… et j’adore.  Bon, c’est glacé, c’est glissant, mais c’est trippant… et ça fait un bien fou. Puis, la balade se poursuit, entre les hautes falaises et les pieds dans l’eau. J’avoue que là, on aurait bien continué un peu plus… on a failli être délinquants, on a tenté le coup, mais on s’est rapidement fait rattraper par les guides qui n’avaient aucunement l’intention de nous laisser avancer pour cause de passages plus étroits… je suis certaine qu’on aurait été capables. Comme l’a dit un voyageur : faut pas demander la permission, faut demander pardon!  Je vais m’en souvenir!

On mange au bord de l’eau, on fait une petite pause les pieds dans l’eau et je me fais preeeeesque convaincre de m’inscrire à un site de rencontres.  Presque.  Puis nous prenons la route vers le village abandonné de Kayakok, où nous allons nous balader.

On l’appelle le village de pierres car toutes les boiseries ont été récupérées. Seule l’église a gardé son toit. En 1923, suite au traité de Lausanne, tous les grecs résidant en Turquie ont dû quitter le pays. Le village portait alors le nom de Karvilassos, et était habité à la fois des grecs et des turcs. À cet endroit, le départ a été très difficile et les turcs avaient beaucoup de peine de voir partir leurs voisins. Ce n’était pas le cas partout par contre… à quelques centaines de kilomètres, pour un autre village, ils les ont presque foutus dehors avec un gros party!

Dans le cas de ce village précis, les habitants ne croyaient pas à ça et étaient certains de revenir… du coup, ils avaient caché des sous et des biens précieux dans la maison car les routes n’étaient pas sûres.  Par contre, ils n’ont jamais pu récupérer leurs biens et plusieurs fouilles ont eu lieu dans le village. 

Les maisons étaient rectangulaires, séparées en deux par une boiserie (une pièce à vivre et une cuisine) et les hommes habitaient en haut et les animaux dessous. Il y avait quand même un système de canalisation et Kadir nous montre le fruit du caroubier, un carat, qui a déjà, paraît-il servi à peser les diamants… quant à savoir si c’est une légende ou la vérité… c’est bien mystérieux!

À la sortie du village, j’achète une jolie nappe à une nappe super gentille, qui a offert des bracelets à tout le monde et avec qui je n’ai pas le cœur de négocier. Mais je suis ravie, et on assiste à la confection de crêpes traditionnelles au sucre et au citron. C’est booooon! Mlle Z s’essaie à la cuisine traditionnelle turque et c’est plutôt réussi.  Reste juste l’épaisseur à travailler un peu!

Et puis c’est le caïque. Nos bateaux sont différents de celui que mes parents avaient pris, un peu moins grands et sans suite au bout, mais tout est en tek, il y a de jolis espaces de vie à l’avant et à l’arrière et nos cabines sont mignonnes comme tout.  Certes, le lit double occupe tout l’espace, mais on se sent vraiment des marins.  On a même une salle de bains de marins où la douche mouille toute la salle de bain.  J’adore.  Bon, je suis un peu la seule à tripper comme une enfant à ce sujet, surtout quand on réalise qu’on ne peut pas prendre la douche debout parce que le fil n’est pas assez long et que les deux caïques sont assez différents à cet égard… Oui, je sais, il m’en faut peu!

Nous appareillons en fin d’après-midi vers une petite crique où nous allons manger, nous baigner et profiter de l’eau turquoise de façon générale. On se sent minuscule au milieu de la mer, on barbote agréablement et on flotte sans avoir à faire aucun effort. En fait, c’est de tenter d’aller sous l’eau qui demande un effort. Mettons que quand on fait du snorkeling, le plus dur, c’est d’éviter d’avoir les fesses qui remontent et qui nous sorte de l’eau. Les joies de l’eau salée. Et au bouillon que j’ai pris ainsi qu’à l’état de mes cheveux, aucun doute qu’elle est salée!

C’est sérieusement le paradis et j’adore me coucher dans la toute mini cabine. Entendons-nous, j’ai une plus grande fenêtre… et du vent. Je peux donc dormir malgré les nooombreux degrés, contrairement à plusieurs qui dorment sur le pont. Ça s’annonce bien, ces trois jours!

Jour 68 – Ville engloutie et patates frites

Aujourd’hui, c’était un jour de route… et le festival du Gravol dans le bus. En effet, la route était hyper sinueuse et les vues magnifiques ne suffisent pas pour leur rendre le voyage agréable.  Quant à moi, ça allait… et je lisais.  C’était une visite de la Lycie, une côte entre mer et montagnes. Ce nom est utilisé depuis les 7-8e siècles avant Jésus Christ, du nom du prince grec de l’époque. La première mention de ce nom apparaît dans les tablettes Hittites. Ce peuple était fort guerrier et ils préféraient combattre jusqu’à la mort au lieu de se rendre ou de se laisser capturer. C’est le seul endroit qu’Alexandre le Grand aurait renoncé à conquérir; il a préféré passer son chemin. La population vivait dans la montagne, de pêche et de commerce. Ils vendaient aussi des huiles et du parfum et figurent dans la guerre de Troie, du côté des troyens.

Ces terres ont aussi vu le massacre de Santos contre les persans. Brutus, quant à lui, avait offert une prime pour qui attraperait un Lycien vivant… ils n’en ont eu que 40. C’est dire leur philosophie

À Patara était situé le siège du Sénat. Chaque ville avait son ou ses sénateurs, dépendant de la grosseur des villes. Par contre, il ne reste que leur tombeau… parfois en forme de temple, de sarcophage, en pierre… ou encore une copie miniature de leur maison.  Nous voyons surtout des serres au loin et la région est le jardin de la Turquie. On dit aussi que la source d’Achille se trouverait près d’ici.

Kadir nous raconte encore une fois plusieurs légendes, dont celle de Bellerefonds et de Pégase, ayant réussi à tuer Chimère… et ayant connu une fin dégringolante aux mains de Zeus qui n’a que plus ou moins apprécié son arrogance… les mouches, des fois! On dit qu’à l’endroit où Chimère a été tué, il y aurait des flammes éternelles.

Nous passons aussi près de Demre, qui était en fait l’ancienne ville de Myra, dont St-Nicolas était l’évêque. Il aimait se déguiser et aider les gens. Un jour, on raconte qu’il entend par la fenêtre d’une maison que la fille aînée va se marier. Comme ils n’ont pas la dot, la plus jeune propose de se vendre comme esclave et, ému, St-Nicolas leur offre anonymement une bourse pour la dot. Il a fait de même pour la seconde fille mais quand vint le temps de la 3e, il faisait plus frais et la fenêtre était fermée.  Il a donc lancé la bourse dans la cheminée… et elle est atterrie dans une chaussette.  Ça vous rappelle quelque chose?

On roule tout l’avant-midi, pour arriver dans une petite ville où nous prendrons le bateau pour l’après-midi. Avec la chaleur et l’humidité, c’est plus que bienvenue et je trépigne comme une petite fille à l’idée de me jeter dans la méditérannée.  En fait, on est tous complètement crinqués à l’idée de nous pitcher à l’eau. Les côtes sont magistrales, c’est tellement, tellement beau, très escarpé. Nous arrêtons dans une crique pour manger et avant même que le bateau soit arrêté, on était prêts à sauter à l’eau.  Non mais se baigner dans la mer, c’est toujours particulier. Et on flotte sans même bouger.  On serait restés mais on est attirés par une délicieuse odeur de poisson grillé… du coup, on a pas le choix, faut rentrer. Et ça valait le coup, parce qu’on a mangé les meilleures frites de l’u-ni-vers. Et c’est une spécialiste des patates qui parle!

Ensuite, nous nous dirigeons vers l’île de Kekova, très près du continent. À cet endroit, il y a déjà eu des habitations à l’époque romaine, qui ont été englouties lors de tremblements de terre. ON l’appelle la ville engloutie mais en fait, seule une petite partie des habitations sont sous l’eau.  Il y a des vestiges jusqu’à 124m de profondeur sur 3 kilomètres et il y a plusieurs villes comme ça. C’est très particulier comme vue et il suffit de regarder sous l’eau pour voir des fondations, des escaliers et s’imaginer que des gens habitaient vraiment à cet endroit. C’est fou quand même!

Ensuite, j’avoue que je n’ai JAMAIS eu aussi chaud de ma vie.  Nous sommes montés vers le village de Simena, à flanc de montagne.  C’est mignon comme tout, plein de boutiques (j’aime les boutiques… rien à faire) où on vend des sorties de bain et des sacs. Mais sérieusement, j’étais ruisselante comme jamais… et je n’étais pas toute seule.  Même notre guide semblait un peu las à la fin de la montée, où nous sommes arrivés à d’anciens bains transformés en mosquée. Nous pouvons aussi voir un théâtre pour 100 personnes du premier siècle et des sarcophages jusqu’au 4e siècle avant Jésus Christ, tandis que les murailles datent du Moyen-Âge. C’est beau, on a une vue magnifique sur plusieurs criques, mais certains ont une mautadite hâte de descendre en espérant plonger un peu… (on ne nommerai personne)… mais peine perdue! Il fallait revenir. Heureusement, on rembarque sur le caïque bientôt… et on va se baigner à notre goût!

Dernier petit arrêt au-dessus de la ville de Kas pour prendre des photos et direction Fethiye, ville assez importante au bord de la mer. Notre hôtel est hyper bien placé, face au port et à la mer, et nous mangeons au 5e étage, au soleil couchant, avec une vue magnifique.  En plus, le verre est teinté et, nounoune comme je suis, je ne le réalise même pas… et je m’imagine que c’est vraiment, mais VRAIMENT turquoise. Et comme une nouille, je me demandais pourquoi mes photos ne donnaient pas le meilleur résultat!

Nous finissons la soirée en allant marcher sur le port, avec quatre autres membres du groupe.  On regoûte à la crème glacée, on admire les bateaux et on marche à vitesse tortue. Mais c’est cooool et on se sent vraiment en vacances. Bon, je me suis endormie en parlant à maman en revenant… mais c’est un détail hein!!

Jour 67 – Antalya et liberté

C’était la grasse matinée ce matin!  Levée à 8h, vous imaginez? Je suis arrivée à l’heure, mais bonne dernière au petit déjeuner. Tout le monde était levé depuis une demi-éternité et en était à son énième café.  Bref, j’ai beau être la petite jeunesse, c’est quand même moi qui dors le plus!

Ce matin, nous visitions le musée archéologique d’Antalya. Le musée a été fondée dans les années 60 et est surtout constitué d’objets du patrimoine romain, dont plusieurs ont été trouvés dans la ville de Perge. En effet, il reste peu de chose des populations pourtant bien avancées de l’ancienne Lycie, où la démocratie a été instaurée très tôt.  De 80 à 130 après JC, d’importants tremblements de terre ont détruit pratiquement toute la ville, sauf quelques sarcophages et les vestiges datent surtout du 2e siècle, lors de l’époque romaine.

Le musée est hyper bien fait, avec une section pour enfants avec plein de maquettes qui illustrent le mode de vie en Lycie depuis la préhistoire jusqu’à – presque – nos jours. On y voit les vestiges les plus imposants, datés et expliqués. Patara, lieu de naissance de St-Nicolas, Myra, où il a vécu, les théâtres ainsi que Perge, ville très importante de la Pamphilie. Les anciennes traditions sont aussi illustrées : pain simite rond, forge, sellerie.  Bizarrement notre guide décide de commencer par là!  Ça donne une idée de notre inkulture collective

Nous pouvons voir plusieurs fossiles datant d’il y a 4-5 millions d’année ainsi que plusieurs objets provenant de la célèbre grotte de Karain.  On y voit entre autres des bouteilles de larmes, le plus beau cadeau qu’une dame pouvait donner à un homme à son retour de la guerre.  Si elle n’était pas vraiment triste, elle pouvait quand même engager une pleureuse pour le remplir!  L’honneur était sauf! Les objets sont magnifiques.  Il y a quelques petites amphores que j’aurais bien aimé voir chez moi. Mettons que ça fitterait dans mon décor!

Côté poterie, du 9e au 7e siècle avant JC, il y avait surtout des dessins géométriques. Puis, virent les époques archaïques, avec le fond nature et les dessins noirs, et l’époque classique, avec le fond noir et les dessins nature. Nous avons pu voir de très belles poteries en forme d’animaux, qui servaient à verser le vin.

Ça va un peu vite pour moi… je trottine pour réussir à suivre le guide mais j’aurais vraiment aimé plus de temps pour regarder les objets. Les musées et moi… c’est toujours la même histoire. Une autre voyageuse et moi somme TOUJOURS les dernières… mais toujours à l’heure. 

Les statues de marbre sont aussi très belles.  La plupart sont taillées dans un seul bloc mais une jolie danseuse et dans 2 tons de marbre. Elle est juste magnifique. On voit aussi plusieurs empereurs : Septime Sévère, son fils Carracala, Hadrien. On raconte que parfois, quand ils mouraient, on ne faisait que changer la tête… faut bien économiser un peu hein!

Ce musée est aussi le moment que choisit Kadir, notre guide, pour nous raconter les histoires de la mythologie grecque et romaine. Némésis, déesse de la vengeance, Tykhe, au départ déesse de la chance et de la fortune devenue protectrice des villes. Artemis et Apollon, enfants de Zeus et de Leto, dieux principaux d’Anatolie, Hermès et ses pieds ailés, qui a tué une tortue et un mouton pour se fabriquer une lyre, Hygieia, fills d’Asclépios, aussi douée que son père (de son nom vient le mot « hygiène », Kastor et Kioskur, fils jumeaux de pères différents, symboles de l’amitié… Bref, c’est génial de se faire à nouveau raconter toutes ces histoires. On raconte aussi qu’à l’époque, l’hôpital ne prenait que les gens qu’ils pouvaient guérir.  A un point tel que certains inscrivaient sur le fronton « aucun testament ne sera lu ici »… ça donne une idée.  Les malades refusés étaient condamnés.  On raconte qu’un jour, un malade refusé a tenté de se suicider avec du venin de serpent… mais qu’il a miraculeusement guéri. Depuis, le serpent est le symbole de la médecine. Chaque dieu a ses attributs… mais j’avoue que j’ai besoin d’étudier un peu pour les reconnaître!

Les statues sont magnifiques. Comme de coutume, je trippe sur les drapés, surtout ceux qui semblent presque transparents et collés sur le corps.  Non mais comment ils faisaient!!

La section théâtre est aussi superbe.  On y voit des objets retrouvés dans un théâtre, les bas reliefs, les statues qui étaient dans les niches et sur les colonnes… ça donne une bonne idée de comment était vraiment le théâtre d’Aspendos, même si les objets d’ici viennent d’ailleurs. Les sarcophages et les icônes sont aussi super beaux.  J’aurais aimé avoir un peu plus de temps.

On mange du poisson dans un resto un peu hors de la ville et par la suite, avec quatre personnes, nous décidons de revenir à l’hôtel à pieds en longeant la côte. Le guide nous avait dit que ça prendrait 45 minutes… on a mis 2h30!  C’est que c’était beau!  On a fait des pauses photos, on a mangé une super bonne crème glacée turque (celle qu’ils sortent du pot et mélangent sans cesse) et on a décrété à l’unanimité que le citron, c’était le top.  Les familles sont à la plage, les falaises sont très belles et on en profite pour magasiner un peu dans les ruelles d’Antalya, remplies de marchands et d’objets en tous genres… souvent des imitations. Ça fait du bien, parfois, d’être un plus petit groupe et nous avons passé un très très bel après-midi, en poussant la chansonnette, avec des harmonies, en plus.

Petite saucette à la piscine et nous retournons pour la visite guidée de la vieille ville d’Antalya, toute en pente, avec le port en bas. Auparavant, la ville était entourée de murailles où a creusées 3 portes.  La porte principale, près de la tour de l’horloge (qui n’avait, bien entendu, pas d’horloge à ce moment-là), la porte d’Hadrien et a porte de Hirdilik (orthographe aléatoire, d’une époque inconnue et qui servait, entre autres, de phare. La porte d’Hadrien est clairement la plus belle, toute sculptée avec ses trois arches. Le sol en dessous est complètement usé.  My god qu’il y  dû en avoir, des pieds qui ont foulé ses pierres devenues glissantes à force! Cette porte est super bien conservée car elle a été à une époque à l’intérieur de la muraille : on l’avait recouverte.  Elle est donc hyper belle maintenant. Kadir nous explique que les pierres bombées datent de l’époque héllenistique, les pierres plates de l’époque romaine et les petites briques sont des restaurations ottomanes, plus tardives.

À l’entrée de la vielle ville, une statue d’Attalos, roi de Pergame, qui a fondé Antalya, au 4e avant JC. Ils n’y ont été présent que pendant 2 siècles, toutefois, les romains prenant ensuite leur place.

Le minaret cannelé et la tour de l’horloge sont des symboles d’Antalya. Le premier date du 13e et faisait partie d’un grand ensemble.  L’horloge est plus récente (début du 20e, mais a été bâtie directement sur les murailles du 4e. Nous voyons aussi le minaret torsadé, en réparation. Il a brûlé mais sur ce site a déjà été un temple romain, une église chrétienne, et finalement, la mosquée de Korkut. Vive la récupération. Les petites rues sont super mignonnes en plein jour aussi. Il y a plein de cours verdoyantes, des cafés partout, des boutiques et plein de petites rues mystérieuses.  C’est très animé.  Je me fais même attaquer à coup de perche à selfie par une mamie asiatique qui semble se croire seule au monde! Mais c’est une autre histoire! La bonne nouvelle du jour, c’est que je reste raisonnable question achats. Je me suis trouvé un très beau foulard pour me couvrir les cheveux à Istambul mais j’ai résisté à tous les autres magnifiques foulards. Je sais, je sais, je n’en porte jamais… mais ils étaient BEAUX!!!! On verra si je suis toujours aussi économe au grand bazar!

Après le souper (le buffet est énorme et excellent), nous retournons nous promener dans la ville éclairée et aussi pleine de vie.  Je voulais me trouver des amis pour aller prendre un verre dans un bar de l’endroit mais ça n’a pas été une réussite!  Je voulais danser, moi!  On a fini par se partager une bouteille sur la terrasse de l’hôtel, et c’était aussi très agréable.  Le groupe est vraiment sympathique. J’ai de la chance!

Jour 66- Piscine et questions pour un champion

Ouf, le réveil a été pas facile ce matin. Me semble que j’aurais dormi un peu plus! Mais j’ai bien dormi.  Nous quittons Konya ce matin, pour une journée de bus, où Kadircan, notre guide, va répondre aux questions que nous avions écrites un peu plus tôt.  Ce sera donc une session de questions-réponses (que je placerai plus bas dans le billet). Nous , rapidement devant les bâtiments de Konya : marie toute neuve, immense hôpital neuf, station de train, où il y a les TGV vers Ankara et Istanbul. On est en plein à l’heure du trafic alors il faut un peu s’accrocher.

Par la suite, nous traversons les montagnes de Taurus (suite des Alpes), avec des routes qui serpentent et des paysages très très beaux. La chaîne de montagne traverse l’anatolie et la sépare en deux. Le climat est fort différent d’un côté et de l’autre et nous passons dans un coin beaucoup plus humide.  On va recommencer à parler d’humidex bientôt… et on en a besoin parce que j’ai rarement eu aussi chaud à 23h… on dégoulinait carrément. C’était impressionnant.

En chemin, nous nous arrêtons dans l’ancienne ville d’Aspendos pour visiter son théâtre gréco-romain du 2e, à l’époque de Marc-Aurèle, qui pouvait contenir 15000 personnes et dont la façade est très bien conservée.  Le théâtre grec était ouvert et était adossé à une montagne. IL était ouvert car il s’ouvrait avec la fête de Dyonisos, qui duraient une semaine. À l’époque romaine, c’était beaucoup plus court… une heure ou deux.  Du coup, les romains voulaient que les gens payent alors ils ont fermé le théâtre par une skena toute en marbre, souvent richement décorée à l’intérieur.  Séparée en trois étages, il y avait des bas reliefs relatant l’histoire de Dyonisos, tout en bas, et dans les niches étaient les statues des dieux et des déesses.  Sur les colonnes se trouvaient des statues des empereurs. Ça devait être magistral. À l’entrée, la tête de méduse, dont le regard transformait les ennemis en pierre, pour protéger le bâtiment.

Les entrées du peuple et des nobles étéaient séparées. Les bancs des spectateurs (cavea) étaient concaves pour améliorer l’acoustique et les acteurs, tous des hommes, portaient des masques à bouche ronde, avec du métal dedans pour servir de micro artisanal.  Et c’est vrai que l’acoustique est super.  Marie-Claire et moi (enfin, surtout Marie-Claire) avons chanté la chanson des choristes (moi en faisant des hmhmhmhm relativement justes… relativement étant En le mot clé) pour tester et sérieux, on nous entendait d’en haut!

Nous avons aussi pu voir l’aqueduc romain, qui avait deux étages et 8 km de longueur. Il descendait de 4 cm par km pour pouvoir amener l’eau à destination. On raconte que Zénon, un architecte, était tombé amoureux de la fille du roi, mais que son frère jumeau voulait aussi l’épouser. Du coup, le roi a fait un concours. Celui qui fait la construction la plus extraordinaire va pouvoir épouser sa fille.  Zénon construit le théâtre et son frère, l’aqueduc.  Au départ, le roi a donné la palme à l’aqueduc mais un jour, pendant que Zénon bougonnait à voix basse dans son théâtre, le roi l’a entendu de loin… et a changé de gagnant.  Bien entendu…  c’est OFFICIEL que ça s’est passé comme ça hein!  Ya aucune légende là-dessous!

Petit arrêt à un ancien pont romain (avec 12 angles au minimum… dont un de 90 degrés en plein pont) où une mariée (avec corset et robe meringue… elle devait 8 avoir chaud) se fait prendre en photo et c’est direction Antalya, où nous aurons un peu de temps libre avant de manger. À Antalya, la population de 1350000 habitants triple pendant la période estivale. On se croirait à Miami et il y règne une atmosphère de vacances.  On est au bord de mer et les gens sont beaucoup moins couverts.

Nous, on se garroche à la piscine.  Rien de moins.  Bon, l’eau est à 30 degrés mais avec la brise et la bière fraîche, ça le fait. J’ai vu « en vrai » mon premier burkini. Ce soir, je suis épuisée. On dirait que le bus m’a vidée. J’étais submergée de bruit. En plus, je me mourais de faim. Les gens n’étaient même pas tous arrivés que j’avais déjà enfilé ma première assiette, avec la ferme intention d’aller me coucher à 8h 15.  

Bien entendu, ça ne s’est pas passé comme ça et quand les gens ont proposé une balade « by night », je n’ai pas résisté, et j’ai fort bien fait parce que c’était vraiment beau et animé.  Les rues sont toutes petites, remplis de cafés avec des musiciens… on a même dansé un petit peu.  Un tout petit peu. J’ai spotté un endroit où j’aimerais bien revenir demain… on verra si je réussis à convaincre des gens. Nous sommes descendus jusqu’au port, et sérieusement, j’ai rarement été aussi trempée de ma vie. Tout le monde dégoulinait et avait l’air de sortir de la piscine! Rien de moins!

Allez, au dodo… et voici la séance de questions-réponses du matin!

Question : Qu’est-ce que l’œil bleu qu’on voit partout

C’est pour éloigner le mauvais sort et il y en a partout.  Les hommes ont aussi presque toujours un chapelet à la main pour occuper la main.

Question : Comment sont perçus les turcs qui habitent à l’étranger?

Ils sont bien perçus en Turquie car ils ramènent de l’argent au pays et vivent plus librement.  Dans leur nouveau pays, ils ont tendance à se regrouper entre eux mais les nouvelles générations amènent des nouvelles cultures.  Il est difficile pour les gens qui le vivent car ils sont étrangers dans leur nouveau pays… et ont quand même de la difficulté à se réhabituer à la vie en Turquie. Bien entendu, c’est variable d’une personne à l’autre.  La famille est très importante pour les turcs et quand on s’expatrie, c’est quand même difficile car la famille peut mettre de la pression (mode de vie, chrétienté de plusieurs pays d’Europe) et dire que c’est mal. À partir de la 3e génération, ça va beaucoup mieux.

Question : Quelles sont les relations actuelles entre la Turquie et la Grèce?

Maintenant, ça va mieux mais avec Chypre, c’est plus difficile, en raison des prospections pétrolières dans la méditerranée.  Du coup, ça chauffe un peu.  Chypre a une partie turque a une partie grecque. Le territoire a changé de mains plusieurs fois et la population s’est battue pas mal jusqu’en 1963. Chypre est coupée en deux entre le sud et le nord et les deux pays doivent résoudre les problèmes, même si les peuples sont séparés. Ça complique un peu les choses, disons. C’est plus calme depuis une dizaine d’années, mais il y a tout un historique.  Maintenant, les Turcs et les Grecs s’entendent beaucoup mieux. Heureusement. Plusieurs îles grecques sont très très proches de la Turquie et parfois, ça cause des jeux de drapeaux assez comiques sur quelques petits rochers près de la côte!

Question : Que s’est-il passé dans les années 2013-2014 pour que la Turquie soit considérée comme un pays dangereux pour les touristes.

En fait, la frontière était très mal contrôlée à ce moment C’était une passoire, en fait pour les terroristes islamistes, qui étaient davantage présents et qui venaient de Syrie et d’Irak. Certains attentats avaient eu lieu et les touristes avaient peur.

Question : Comment la Turquie réagit-elle face à l’intégrisme religieux des pays autour.

Selon notre guide, c’est un très grand danger pour le monde musulman. 80% des Turcs pensent que tuer quelqu’un pour les dieux, c’est du terrorisme. Selon le Coran, si tu veux aimer Dieu, il faut aimer tout le monde. Malheureusement, il y a une grande influence qui commence à s’étendre au monde islamique. Toutefois, quand les gens se disent « les musulmans sont des terroristes », ça augmente les réactions du côté des musulmans. En Turquie, 90% des gens ne croient pas à un régime islamiste, sont trop habitués à leur liberté et c’est contraire à leur admiration d’Attaturk. Bref, c’est compliqué… et pour les musulmans, ce n’est vraiment pas facile à vivre.

Question : Quelle est la vie artistique et artisanale en Turquie?

Avant, il y avait beaucoup de maréchals ferrants, mais c’est abandonné. Les cultures se sont industrialisées. La main d’œuvre coûte plus cher… et on fait faire vers la Chine! Par contre, les tapis sont encore tissés et la coutume ne se perd pas. La broderie est également très répandue, sur les vêtements, pour les trousseaux. Ça se modernise de plus en plus par contre. Dans le sud-est de la Turquie, une association de femmes travaillent le tissage de fils d’argent ainsi que beaucoup de savons. Ils tentent ainsi d’augmenter le niveau de vie des femmes du sud-est de la Turquie. À cet endroit, la condition des femmes est très difficile et elles sont presque considérées comme des esclaves. Des subventions sont donc données pour leur créer du travail et leur permettre de faire des études.

Question :  Parlez-nous de la littérature turque?

Oran Pahmuk a reçu le prix Nobel de littérature mais il est peu apprécié en Turquie. En effet, il affirme qu’il y a eu, dans l’est de la Turquie, un génocide arménien! Mettons que les Turcs ne sont pas d’accord.  Naz Mikmet est aussi un poète fort connu. Depuis les 20 dernières années, plusieurs écrivains émergent.  Toutefois, s’ils ne veulent pas être emprisonnés, ils doivent éviter la politique actuelle comme sujet!

Question : Et la peinture? Et la musique?

La tradition musicale varie beaucoup dépendant de la région de la Turquie.  Chaque région a ses rythmes et ses musiques pour danser.  Une pianiste et un violoniste sont aussi très connus. Il ya par contre peu de peintres célèbres internationalement.

Question : Comment ça se passe, pour les mariages et les divorces?

Officiellement, les turcs ne peuvent avoir qu’une femme.  Mais bon, si la dame accepte… ça arrive! Le concubinage n’est pas interdit, mais souvent, ils sont mal vus et les gens autour peuvent les emmerder correctement. On appelle la police pour bruit, pour maison close, bref, pour tout et n’importe quoi! Du coup, avant de vivre ensemble, on se marie, avec la robe blanche et les coutumes européennes! Pour le divorce, ils augmentent de plus en plus, en raison de l’amélioration de la condition des femmes. Avant, non seulement les femmes divorcées étaient mal vues, mais en plus, elles n’avaient rien pour survivre.  Actuellement, c’est plus facile. Si la femme demande le divorce, une audience et c’est fait. Si c’est l’homme, c’est plus compliqué!  Le mariage de même sexe n’existe pas et l’homosexualité est davantage vue comme une maladie, qu’il faut soigner.  Pour eux, c’est anormal, donc pas vraiment accepté, mais pas persécuté.

Question : Y a-t-il des programmes sociaux en Turquie?

Il y a une assurance chômage pendant 6 mois, parfois un an, si la personne a travaillé 2 ans sans arrêt dans la même entre prise pour pouvoir toucher. 12% de chômage en été et en hiver, ça monte vers 14-15%. Toutefois, l’argent destiné au chômage n’est pas perçu en totalité par les employés… disons que c’est un peu compliqué à comprendre et que comme partout ailleurs, ce n’est pas toujours clean clean!

Au plan de la santé, au chômage, c’est gratuit pendant 1 an. Ensuite, il faut payer. L’urgence est gratuite partout dans le pays. Pour les médecins, si c’est un hôpital de l’état, c’est gratuit et les médicaments en pharmacie coûtent 10-20% du prix si on a une assurance. Le taux d’imposition est d’environ 50% et il y a prélèvement à la source. Pour pouvoir vivre, il faut à une famille de 4 personnes environ 4500-5000 lyras par mois dans une grande ville. C’est le seuil de la pauvreté. Par contre, le salaire minimale est 2000 lyras… mettons qu’il y a un petit problème!

Question : Parlez-nous des droits des femmes en Turquie

Notre guide mentionne que les femmes sont les boss! J’en doute un peu, mais bon! Légalement, les droits des femmes et les droits de l’homme sont égaux. Les femmes ont le droit de vote depuis longtemps. Toutefois, pratiquement, c’est autre chose dans plusieurs familles, selon l’interprétation du Coran, les coutumes et les mœurs. S’il y a divorce, c’est moitié-moitié. Pour l’héritage, c’est la même chose. Égalité pour les garçons et les filles. À l’extérieur, l’homme semble souvent le chef et le montre… mais à la maison, paraît-il que l’homme rentre la queue entre les deux jambes! Dans la famille où nous avons mangé, devant les gens, l’homme ne fait aucun travail. Il demande à sa femme. Par contre, seul, c’est tout autre chose!! Il est aux petits soins pour son épouse.

Question : La Turquie est-elle laïque?

Yep, elle l’est toujours. Mais les imams sont payés par l’état et sont fonctionnaires. Attaturk a établi ceci pour pouvoir contrôler un peu les pensées et les actes de ceux-ci.  Mettons que des fois ça marche et des fois non!

Les priorités du gouvernement actuel?

  1. L’armée
  2. La religion
  3. La santé
  4. L’éducation
  5. Le tourisme

Question : Quelles sont les conditions de vie des Kurdes en Turquie?

Théoriquement, les Kurdes ont les mêmes droits que les Turcs. Ils peuvent être présidents, artistes… n’importe quoi! La première fois qu’on entend le mot Kurde, c’est 1200 avant JC.  C’est un peuple du moyen-orient.  Les Turcs sont venus après. Depuis toute cette période, il n’y a jamais eu de désir de former un pays Kurde dans cette région du monde.  C’est davantage venu dans les années 80. C’est le 3e parti politique du sénat de la Turquie et ils souhaitent un gouvernement plus régional (langue, coutumes). Ils veulent rester dans la Turquie, par contre, mais avec un système plus adapté. La Turquie n’accepte pas pour l’instant et ne veut rien céder, même s’ils acceptent tout le monde, avec les mêmes droits. Certains font ça avec la politique… et d’autres avec des armes, qui sont considérés comme terroristes par le peuple turc. La perception des choses est donc complexe.  Il y a des kurdes en Iran, en Syrie et en Turquie… et ils obtiennent les armes d’un peu partout. Selon notre guide, il y a un désir de prendre le contrôle de cette région pétrolière et les grandes puissances du monde aident différentes ethnies dépendant du moment.  Du coup, c’est compliqué et c’est davantage qu’une guerre d’ethnies.

Question : Quelle est la signification du drapeau Turc?

Le rouge : le sang. Le croissant : L’Islam. L’étoile :  les 5 principales règles de l’Islam.  Il y a aussi des légendes qui mentionnent que le croissant représente la lune, où Mahomet est allé à cheval pour parler à Dieu.  Les cinq principales règles de l’Islam, jurer qu’il n’y a qu’un seul dieu et que Mohamed est son prophète.  Le deuxième, donner 10% de son salaire aux pauvres ou 1/40 en Turquie. Le troisième… que j’ai oublié.  Le quatrième, le jeune du ramadan. Et le dernier, le pèlerinage à la Mecque pour ceux qui peuvent. On peut le faire pour nous-mêmes ou pour les autres, idéalement pendant la bonne période. Si on y va à une autre période, il faut y aller trois fois pour que ça compte. Ceux qui partent en pèlerinage ont pour habitude de colorer leur porte en vert, signe du paradis.  Il y a 5 prières par jour et l’appel se fait avec des vers très simples du Coran. Les prières peuvent être reportées si c’est impossible par contre! Celle du vendredi midi est la plus importante.

Question : Qu’est-ce que représente le minaret?

Le premier minaret est apparu au 9e siècle, une très grande tour pour envoyer la voix de l’appel le plus loin possible. Avant, on montait sur les murs. Le nombre de minarets dépend de la richesse du quartier ou l’importance de celui qui a fait construire la dite mosquée. Religieusement, ça n’a pas de signification. C’est une question d’apparence. Maintenant, c’est devenu partie prenante de l’architecture des mosquées, avec le croissant au-dessus. Par contre, maintenant, les mehdis ne montent plus dans la mosquée… le tout est fait au micro!

Jour 65 – Montgolfières et ville sous-terraine

Ce matin, ça aurait été l’anniversaire de Grand-mère.  Du coup, elle qui aurait tant aimé voir le monde, elle m’accompagne toute la journée ce qui me met les larmes aux yeux dans ces moments exceptionnels.  Parce que quel réveil! Quelle expérience!

Ce matin, c’étaient les montgolfières. Je n’ai juste pas de mots. On s’est levés à 4h du matin, mais ça valait la peine.  C’est beau, c’est beau!  J’avais les larmes aux yeux au décollage tellement l’expérience était intense.  En ballon, c’est calme, c’est doux et tout autour, la beauté.  Plus de 100 montgolfières à différentes hauteurs, les paysages majestueux et le lever de soleil.  Je ne savais plus où poser les yeux tellement c’était génial.  Je laisse les photos parler pour moi!

Le pilote, c’est tout qu’un pilote. Après le vol, ils a redécollé… pour nous déposer sur le trailer!

Nous retournons ensuite à l’hôtel, des ballons plein les yeux et fort animés malgré le réveil matinal. J’en profite pour écrire un peu, en prenant mon café et mon petit déjeuner.  Cet hôtel est vraiment propice aux rassemblements et c’est chouette.

Nous quittons donc la Cappadoce vers le sud pour atteindre Derinkuyu, ville d’environ 15 000 habitants. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que dessous, il y a une énorme ville sous-terraine. C’était jusqu’à tout récemment la plus grande de Turquie mais en creusant sous la ville de Nevsehir, ils en ont découvert une autre encore plus immense.  Il ne faut pas être claustrophobe, par contre, car on descend à 36m sous terre et la ville a environ 3 km de superficie.  Il y a plusieurs sorties, plusieurs puits d’aération, mais quand même!

On appelle l’endroit ville sous-terraine, mais en fait, les gens n’y habitaient pas.  Elle a été creusée entre le 1e et le 4e après JC, par les chrétiens, et elle servait à abriter le village quand il y avait des attaques romaines ou arabes.  La dernière occupation connue a été au 7-8e siècle et elle pouvait accueillir jusqu’à 10 000 personnes pendant 3 mois.  Toutefois, elle n’aurait jamais été habitée aussi longtemps.  Le premier étage (école, étable) était utilisé à l’année tandis que les niveaux inférieurs, reliés par des passages étroits, étaient faciles à défendre.  Dans l’ordre : l’étable, la défense, les cuisines, le dépôt, les chambres. Pour creuser une chambre, trois hommes prenaient 3 semaines avec les outils de l’époque. Ça donne une idée du temps nécessaire pour bâtir cette énorme ville! Sous elle, la nappe phréatique pour fournir les étages inférieurs.  Les étages supérieurs étaient eux desservis en eau par des aqueducs.

La visite est impressionnante, on travaille fort nos quadrideps parce qu’il faut marcher presque à 4 pattes dans d’étroits escaliers… mais on rit beaucoup!  Imaginez, il  y a des CHEVAUX qui se glissaient là-dedans.  Je me demande encore comment ils faisaient.  On est vraiment une gang le fun et certaines photos, que je ne pourrai pas mettre ici, sont hilarantes!

Nous reprenons donc la route vers Konya et nous nous arrêtons en chemin dans un énorme caravansérail en train d’être restauré. À l’époque, vers les 11e et 12e siècle, voyager entre les villes pour faire du commerce ou autre était fort long et aussi très dangereux. Les gens voyageaient donc en caravane pour se protéger ainsi que pour protéger les marchandises.  Il y avait de tout dans les caravanes.  Quelqu’un qui partait en voyage faisait une annonce et si les gens voulaient s’y joindre, ils pouvaient le faire.  Il y avait des chameaux, et un âne devant.  On calcule qu’une telle caravane pouvait faire 20 km par jour.  Il y avait donc des caravansérails à tous les 20 km.  La porte ouvrait au matin quand les comptes étaient bons et fermait le soir.

Celui que nous visitons date du 13e siècle. Une grande partie était ouverte et servait au commerce et l’autre, fermée, était pour les animaux. Il y avait un hamman, une cuisine et un dortoir, ainsi qu’une petite mosquée pour prier au centre (Mescit). La porte d’entrée est monumentale, toute sculptée et magnifique. Elle est ornée de versets coraniques, d’étoiles représentant le sultanat ainsi que plusieurs autres éléments de décor.

En route, petit stop dans une halte routière où les jeunes filles nous font danser puis c’est l’arrivée à Konya (dont le nom vient d’icône), ancienne capitale au 12-13e siècle, importante pour les chrétiens et les musulmans. La ville a 1 300 000 habitants et a 3 universités. La ville est restée très croyante, très religieuse et vit de l’industrie de l’automobile (pièces de voiture). À titre d’exemple, il y a autant de mosquées à Konya qu’à Istanbul… pour 16 millions d’habitants. Les gens sont aussi beaucoup plus couverts… et je me balade en chandail et en pantalon long. Notre guide nous racontait que quand il a commencé à boire et cessé de pratiquer autant (ex : manger au ramadan), certains l’attendaient à la sortie du resto pour le battre! Il y a aussi beaucoup d’agriculture aux alentours et c’est à 50 km d’ici qu’a été découvert le plus ancien village néolithique.

Nous allons donc visiter le mausolée de Mev Lana, le chef et le créateur de la secte des derviches tourneurs. Avant le musée était payant mais son fils mentionnait que c’était contraire aux croyances de son père que de faire payer.  Mev Lana venait d’une famille érudite et son père était connu comme le plus grand savant de tous les savants. Ils sont venus à Konya suite aux attaques mongoles en Perse. Le sultan Alaeddin 1e voulait des érudits à Konya. Mev Lana avait 25 ans et quand son père est décédé, il a refusé car pour lui, il n’y a pas plus grand mausolée que l’univers.  Par contre, le fils de Mev Lana, qui a fait connaître la pensée de son père, lui a fait construire un énorme mausolée. Il y a eu plusieurs offrandes de la part, entre autres, du fils de Soliman le magnifique, et il y a eu construction d’un couvent et d’une mosquée tout près.

Les derviches ne faisaient pas que danser (ou faire la sema, la transe ou le tournement… ils n’aime pas que nous disions danse). Ils ont plusieurs fonctions et ont dans leur philosophie de faire tous les métiers. En effet, comment aimer tout le monde si on ne connait pas bien   vie. Aucune secte ne peut ouvrir d’école, mais ils peuvent donner des cours de Coran.  Toutefois, Ataturk a aboli toutes les sectes en 1923 dans un souci d’égalité. 

Si quelqu’un voulait entrer dans la secte, il devait se présenter et premièrement, rester agenouillé 24h dans la cuisine pour voir comment ça se passait. S’ils voulaient rester, ils pouvaient et devaient passer des examens. Sinon, ils devaient sortir par une porte spéciale. Après les examens, pour savoir s’ils avaient réussi, les souliers étaient dirigés soit vers l’intérieur, soit vers l’extérieur. Il y avait plusieurs niveaux à monter dans la secte et la cuisine était un lieu d’apprentissage pour les derviches, surtout au niveau des règles sociales.  Nous pouvons donc visiter la cuisine et les cellules des derviches, maintenant devenues musée. Il y a de magnifiques considéré objets d’exposés, notamment des livres sacrés, des encensoirs, des chandeliers finement travaillés… bref, c’est super super beau et nous sommes trois à vouloir tout tout voir! Les autres ont un peu attendu… mais on était 7 minutes avant la fin du temps alloué.  Donc, on était pas dans l’illégalité!

La visite du mausolée est aussi très intéressante et il est richement décoré. Autant le rococo et moi, c’est pas l’amour fou, autant je trouve que les dorures, ici, c’est magnifique. On entre par une salle de lecture où on peut voir le vase sacré qui recueillait les premières pluies et ensuite, on se dirige vers la salle principale, où sont enterrés Mev Lana et son fils. Le tombeau de ce dernier est incliné car il se lève pour accueillir son père. Le sarcophage est symbolique parce que les musulmans sont enterrés dans la terre. Sa chambre funéraire a été fermée et n’a jamais été rouverte depuis l’enterrement, un empêchement survenant toujours. Le jour de sa mort, le 17 décembre, est comme le jour de sa naissance et est célébré.  On trouve aussi le coffre contenant la barbe de Mahomet (qui sentirait, encore aujourd’hui, la rose, ainsi que des livres superbement enluminés.

Après une petite balade à pieds dans la vieille ville et dans les marchés (où nous avons goûté le café turc aux pistaches… délicieux), nous nous rendons dans un grand marché (je ne sais pas si je vais encore manger du fromage après ça), où on veut tout nous faire goûter et où nous finissons par acheter des bananes et des figues.

Ensuite, direction hôtel pour le souper rapide avant de faire un Konya by night.  La fille de notre guide est étudiante en médecine dans cette ville et elle nous accompagne dans cette visite. Nous nous baladons dans des quartiers vivants et animés, pleins de magasins et de restaurants.  Nous passons près de la colline d’Alaeddin, où était autrefois le palais de ce sultan dont il ne reste aujourd’hui plus grand-chose et où se trouve un par cet une mosquée. On y a trouvé des vestiges d’une société datant de 5000 avant JC. Il y a aussi une très belle porte de Médersa, une école coranique, où ils enseignaient un peu tout à l’époque. La porte est gravée de versets du coran et, juste à côté le minaret mince, qui a déjà été beaucoup, beaucoup plus grand que ça.

Agréable balade… et hop, au lit!

La bâtarde d’Istanbul – Elif Shafak

Le pourquoi du comment

Parce que j’étais en Turquie et que j’avais envie de littérature turque. Du coup, j’ai lu Elif Shafak.

De quoi ça parle

Cette histoire de famille se déroule entre la Turquie et l’Arizona, avec le thème des relations entre les Turcs et les Arméniens en avant-scène. Elif Shafak a d’ailleurs été poursuivie en justice (et acquittée) pour ses propos qui, selon certains, dénigraient le peuple turc.

Nous suivons donc Asya, la fameuse bâtarde d’Istanbul, et sa famille, dont certains membres ont émigré. C’est une famille de femmes, dont tous les hommes sont morts jeunes. De l’autre côté de l’océan, Armanoush, dite Amy, qui se sent déchirée entre son père et sa mère. En parallèle, l’histoire du génocide arménien de 1915, qui a touché de nombreuses familles et qui ont laissé des traces. C’est donc une fresque familiale en terrain beaucoup moins connu que ce à quoi on est d’habitude confronté!

Mon avis

J’ai adoré. Nous avons droit ici à un merveilleux roman tout en sensibilité et en passion, qui réussit à rendre chaque personnage réaliste et attachant malgré ses failles, parfois immenses. On a ici affaire à des humains qui ont souffert du dit et du non dit, à des chocs générationnels et culturels et à une quête d’identité qui fera se rencontrer la famille turque et la famille arménienne.

Les mots choisis sont forts, chaque chapitre fleure bon les épices de Turquie et les références, tant culinaires que culturelles, parlent énormément à la voyageuse-qui-visite-la-Turquie que je suis. L’auteur réussit à nous transporter ailleurs avec ses mots, ses expressions ainsi que par les façons de penser et les réactions des personnages. Ici, personne n’est parfait, plusieurs sont convaincus de faire la bonne chose tandis que d’autres sont aux prises avec des conflits éthiques et sont en désaccord avec eux-mêmes. Certains fuient, d’autres cherchent, ça donne un ensemble très bien tressé, avec plusieurs points de vue différents.

C’est aussi un roman qui nous apprend beaucoup sur l’histoire de ces peuples, sur les diverses réactions que les événements ont suscités ainsi que sur les bouleversements politiques qui l’ont secoué. Il me manque quelques explications sur ce qui a amené cette diaspora au début du 20e, mais pour ça, je devrai faire des recherches. J’ai trouvé tout le côté romanesque que je voulais avec l’histoire… et je relirai l’auteure!

Jour 64 – Kama Sutra et Derviches tourneurs

Grosse journée aujourd’hui! Plusieurs activités, plusieurs occasions de dépense, mais j’ai été OVER raisonnable.  Une fois n’est pas coutume.  Et ce matin, j’avais fort bien dormi suite à mon changement de chambre.  Frais, agréable… j’étais une autre femme! Assez pour me lever à l’aube pour voir décoller les montgolfières!

On est partis de bon matin, direction la bijouterie.  Ici, les pierres qu’on retrouve le plus sont la turquoise (turquie, turquoise… j’avais jamais fait le lien) et la zultanite, qui change de couleur en fonction de la lumière.  Certains bijoux sont superbes… mais comme j’ai la vilaine habitude de perdre mes boucles d’oreilles, j’ai évité ce genre d’investissement. Je vais me contenter d’une imitation!  Certaines ont acheté de magnifiques objets par contre!

Ensuite, nous nous sommes dirigés vers la vallée blanche pour une autre randonnée. On s’était fait dire que c’était un peu rough au départ mais sérieusement, ça allait.  Ça n’allait peut-être pas pour tout le monde, par contre!  On en a vu certains sur les fesses… je ne nommerai personne, mais on peut se souvenir des pingouins!

La vallée est magnifique.  Officiellement, c’est la vallée blanche.  Pour notre part, on hésite entre vallée du Kama Sutras, ou vallée des Dieux.  Ou des Gods.  Ou Godes.  On a le choix!  Entre deux petites chansons (pas paillardes… je ne connais pas assez les gens pour sortir mon répertoire ici), on en a pris plein les yeux de formations rocheuses, de cheminées des fées et de tunnels creusés pour amener l’eau un peu partout dans la vallée.  Il faisait chaud, mais c’était une magnifique randonnée!

Nous nous sommes ensuite dirigés vers Uchisar pour un dîner chez l’habitant.  La famille qui nous reçoit sont des amis de notre guide Kadir et nous sommes installés dans la courette, sur des bancs, pour manger des délicieuses aubergines farcies et un gâteau au citron.  J’aime beaucoup la nourriture ici. On va se croiser les doigts pour qu’elle m’aime aussi!! Pour le thé, les hommes étaient installés sur les coussins comme des pachas, c’était de toute beauté!  On s’est fait servir le thé par des membres du groupe habillées en costume d’ici… charmant fou rire.  Ils étaient hyper sympathiques, toute la famille participait, c’était chouette. J’ai plein de photos… mais je ne les mettrai pas ici, on voit trop bien les gens!

Autre occasion de dépense, les tapis.  Là, je me suis retenue. Mais c’était beauuuuuuu!!  Les tapis turques sont en laine, en coton, en soie ou en bambou et faits main.  Il y a une trame, des fils pour les nœuds et un autre fil pour barrer la rangée de nœuds. Dépendant de la matière, il y a plus ou moins de nœuds et le motif est plus ou moins délicat. Les tapis de soie sont tellement beaux, c’est fou!  Les motifs sont anatoliens, variés en raison des différentes civilisations qui ont vécu en Anatolie. Ici, le nœud utilisé est le double nœud turc, ou nœud gordien.

Les femmes travaillent généralement à la maison aux tapis pendant l’hiver, pour ajouter un revenu à la famille.  En Cappadoce, on vit de l’artisanat, de l’agriculture et du tourisme.  L’hiver, les hommes font de la céramique et les femmes des tapis.  La plupart d’entre elles ont une base en tissage de tapis. Elles peuvent travailler 3-4h dans la journée, mais la plupart du temps 30 minutes d’affilée pour éviter les erreurs, même si elles surviennent et font l’unicité des tapis. La tradition se transmet de mère en fille et on croit que plus de 4 millions de dames en font en Turquie, surtout dans le centre et l’est, l’ouest étant plus développé économiquement.

Les tapis en Soie sont chers en raison du prix de la matière première.  C’est qu’il y a énormément de chute dans la fabrication de tapis.  On nous a réexpliqué la route de la soie et la façon de récupérer les fils de soie.  La fabrication était fort secrète en Chine jusqu’au 5e siècle alors qu’elle était connue depuis 2000 avant Jésus Christ.  Les moines ont été les premiers espions industriels et ils ont réussi à ramener quelques cocons! Et ça en prend, des cocons! Le vendeur était THE vendeur.  Sympathique, j’avais limite envie d’acheter un tapis pour lui (et me) faire plaisir.  Notre accompagnatrice a craqué et a acheté un MAGNIFIQUE petit tapis de soie… il est trop beau!  Je vous jure qu’il y avait une équipe de vendeurs pour nous, un petit verre de vin, et certains ont même testé les tapis… en se couchant dessus! Encore une fois, je garde la photo pour moi!

Petit arrêt à l’ancien village de Uchisar pour une pause photo et le guide nous a conseillé de goûter le yaourt avec du sirop de raisin et des noix.  C’était tellement bon!  Après avoir goûté au mien, il y a eu plusieurs adeptes, mettons!

Le dernier stop de la journée a été les derviches tourneurs.  Je pense avoir été la seule à vraiment aimer ça, la moitié des gens dormait! Bon, je passais mon temps à comparer la position des danseurs et à observer les instruments.  C’est fou, les quarts de ton dans la musique orientale…  les chants, la flûte… j’ai beaucoup aimé. 

Les Derviches sont nés à Konya, la ville sainte de Turquie. Ils sont très humanistes et naïfs et la danse est une façon de se rapprocher de leur dieu et de purifier leurs pensées. Un jour, un homme de Konya a entendu un marteau et a commencé à tourner. C’est par contre son fils qui a réglé la danse, les habits, et la façon de tourner.  La cérémonie signifie la vie d’une personne. Au début, ils ont un manteau noir, qui représente la terre.  Ils l’enlèvent pour représenter leur naissance. La robe blanche représente le linceul et le chapeau, la pierre tombale, pour ne pas oublier qu’ils vont mourir un jour et que leur mort sera le commencement de leur vraie vie. Cette vie est une préparation et sert à apprendre le don de dieu et à le partager aux autres.  Il y a 12 étapes de la vie, puis ils remettent leur manteau pour symboliser leur mort.  Ils tournent une main vers le ciel (prière, pour recevoir le don) et une vers le sol pour redonner l’offrande reçue.  On tourne pour le distribuer au plus de gens possible. La tête est penchée pour signifier la petitesse de l’homme devant son dieu.

Je pense que les asiatiques devant moi ont moins apprécié… l’une a joué à Candy Crush tout le long, avec la mautadite lumière de son téléphone allumé.  Je l’aurais assommée! Au moins, personne n’a ronflé (opéra de Pékin… souvenirs!)

Nous n’avons pas veillé tard ce soir… on doit se lever à 4h du matin, notre valise doit être faite.. bref, tout le monde a juste le goût de relaxer!  Demain, ce sera l’heure magique!!

Et nous baptisons la journée : le jour du Kama Sutra!

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