Mangeterre / Cometierra – Dolores Reyes

Ok, j’avoue, j’ai mis le titre en espagnol pour flasher le fait que je l’ai lu en espagnol. Il y avait au moins 2-3 ans que je n’avais rien lu en espagnol et disons qu’avec l’argot des faubourgs de Buenos Aires, j’en ai bavé! Mais ce que j’ai pu aimer le livre!

De quoi ça parle

La narratrice, qui ne sera pas nommée, est appelée Mangeterre. Enfant, à la mort de sa mère, elle a eu la compulsion de manger la terre où elle était enterrée et dans une vision, elle a pu voir sa mort. Des années plus tard, elle habite avec son frère garagiste dans un quartier pauvre où ils jouent à la playstation en buvant des bières, entourés de gens qui la craignent un peu mais qui ont parfois besoin de son aide.

Car en Argentine, les femmes disparaissent. Et les familles ont besoin de savoir.

Mon avis

Entendons-nous tout de suite, nous sommes dans du réalisme magique. Si vous n’aimez pas, passez votre chemin. Moi j’adore hein alors ça a clairement passé! Nous sommes aussi dans style hyper particulier, parfois très poétique mais le tout raconté au « je » par une narratrice qui vient des quartiers pauvres, qui n’est pas vraiment allée à l’école (tout le monde s’en foutait et avait peur d’elle) et qui a un langage cru. Très cru. C’est donc un clash assez surprenant entre les images fortes, presque lyriques et la façon qu’a la narratrice de nous ramener sur terre par une phrase ma foi… très vulgaire. Elle est un peu sorcière, on la rencontre très jeune et on la voit grandir un peu alors que sa réputation va croissant après qu’elle ait aidé un policier taciturne à résoudre une disparition.

Il ne faut pas chercher un récit suivi. C’est plutôt l’histoire de quelques années dans la vie de ce personnage hanté par les voix de ces femmes qui sont disparues, qui ont été tuées et que personne n’a trouvées. On ressent le désespoir de ces jeunes qui errent dans un monde qui n’est pas fait pour eux alors que personne ne les écoute, eux qui crient que ça ne va pas, que la jeunesse pauvre se noie. C’est souvent violent, cruel, féministe et la voix de la jeune femme sera pour moi très difficile à oublier. Jamais elle ne se plaint, elle va toujours droit devant tout en étant capable de compassion pour les victimes et leurs familles. Le tout entre deux parties de jeux vidéo, un joint et quelques bières, en espérant avoir du bon temps au marché ou des bonnes frites au resto.

Je dois avouer que si j’avais lu en français, la vulgarité du langage aurait pu me déranger. Toutefois, en espagnol, ça a passé et il paraît que nous sommes vraiment dans l’argot du coin. Duolingo ne pouvait pas grand chose pour moi. Une chance que j’avais une traduction anglaise pour me sauver la vie!

Bref, excellente surprise.

1 Commentaire

  1. Je ne suis pas d’accord avec le fait d’appliquer la notion (très débattue par ailleurs) de réalisme magique. C’est autre chose, à la limite vraiment du fantastique (très en vogue dans la nouvelle génération d’écrivaines sud-américaines), du para-normal, mais sans que cela soit pesant dans l’histoire qui se déroule sans accroc et sans que les dons de la narratrice suscitent une quelconque surprise. Partout il y a des croyances. Ce qui frappe c’est la banalité de la disparition des personnes, des femmes en particulier, et le désarroi sourd de cette jeunesse des quartiers populaires, où toute boussole a disparu, et à laquelle appartient la protagoniste. On ne peut pas ne pas penser aux disparus et disparues de la dictature argentine, qui hantent le présent. Et c’est la force de ce roman de revenir sur ce sujet à travers cette histoire, racontée par un personnage très fort et très réussi du point de vue littéraire. Un roman et une romancière qui nous rappellent la vitalité de la littérature hispano-américaine et devrait nous inviter à découvrir non seulement cette nouvelle génération d`écrivaines brillantes mais toutes celles qui ont été un peu oubliées.

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