Querelle de Roberval – Kevin Lambert

Le pourquoi du comment

Parce que son premier roman m’avait fait fortement réagir, parce qu’il est nominé pour le Prix des libraires du Québec et parce que quand il était petit, l’auteur allait jouer dans ma salle d’orthophonie quand il était petit et qu’il attendait son papa au bureau. Ça ne me rajeunit pas.

C’est quoi, cette histoire?

Imaginez le Querelle de Genet transporté à Roberval, de nos jours, en plein pendant une grève dans une scierie, à l’ombre de la prison. Querelle fascine, particulièrement les jeunes hommes et garçons de Roberval, qu’il cruise sur Grindr pour leur faire passer un moment inoubliable. Mais la grève s’éternise et les les esprits s’échauffent…

Et mon avis…

Premièrement, ce n’est pas pour tout le monde. Deuxièmement, c’est un roman qui dérange et qui nous laisse limite assommés. Tout à l’heure, je parlais à une copine qui vient de le commencer et, à la page 50, elle me disait qu’elle voyait tout à fait ce que je voulais dire. Nope, girl. Tu ne vois pas. Mais vraiment pas. La fin de ce roman est… comment dire… violemment violente. Dans le roman de Genet, la violence, le meurtre, le sexe étaient clairement présents, pas seulement suggérés, mais ils nous sont montrés plus brièvement, de façon moins crue. Ici, c’est « in your face »! Les fluides corporels sont très bien décrits et le sexe gay, entre hommes, est explicite. Toutefois, j’ai aimé ma lecture, même si elle m’a mise profondément mal à l’aise. J’ai été secouée, brassée et j’ai apprécié les références et les similitudes avec « Querelle de Brest ».

Kevin Lambert a un style assez distinctif, avec une oralité assumée mais avec une poésie sous-jacente. Il nous trace ici le portrait d’employés d’une « shoppe » de bois, souvent mal dégrossis, homophobes et pleins de préjugés. Il sont dehors avec leurs pancartes et chacun a ses raisons d’être là. Aucun n’est parfait, ils ont tous leurs bibittes et leurs bassesses. L’histoire raconte la solidarité qui se transforme en violence sans morale et qui nous laisse pantois. En marge du récit comme de la société, trois jeunes qui ne seront jamais nommés, à la fois trash et évanescents.

La position du lecteur évolue avec le texte et est impuissant face au fil des événements. L’auteur porte un regard critique sur plusieurs institutions et situations typiques de notre société, mais avec un fond de bienveillance pour ces marginaux, malgré ou à cause de leurs failles et de leurs démons. Un texte à découvrir si on a le coeur bien accroché et un jeune auteur à suivre, assurément.

(2 commentaires)

  1. Voilà qui pourrait bien me plaire…

  2. Tu as vu l’auteur en culotte courte ? Alors, ça fait comment ;-)))

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