Nous qui n’étions rien – Madeleine Thien

Le pourquoi du comment

Pour ce jour « canadien » de Québec en novembre, j’ai choisi un roman d’une autrice de Vancouver, que j’ai préféré lire en français parce que traduit par Catherine Leroux, que j’aime énormément. Et on en parle, de la couverture?

De quoi ça parle

Nous qui n’étions rien est la traduction de « Do not say we have nothing », titre que, personnellement, je trouve plus significatif que sa version française. C’est en effet un vers de la version chinoise de l’Internationale, ce qui, vous le constaterez, a un fort lien avec le récit.

L’histoire s’ouvre à Vancouver dans les années 1990, alors que Marie, jeune file d’origine chinoise vivant seule avec sa mère, voit arriver chez elle Ai-Ming. Cette dernière fuit la Chine en attendant de pouvoir passer aux États-Unis pour avoir une vie meilleure. Cet événement bouleversera Marie, qui refuse ses racines chinoises et idéalise son père, décédé à Hong Kong. Suite à cette rencontre, nous sommes propulsés dans une histoire dense et riche, qui nous transporte de la Chine des années 30 à la place Tian an men, le tout lié par le mystérieux ‘Livre des traces’

Mon avis

Cette histoire m’a bouleversée. Peut-être est-ce parce que j’ai visité la Chine il y a quelques années et à ce moment, entendre parler de la révolution culturelle par des gens de là-bas m’avait vraiment secouée. Je pouvais facilement faire des associations, ce qui fait que le côté dense et touffu du roman ne m’a aucunement dérangée, contrairement à d’autres personnes qui l’ont lu. C’est que les liens ne se solidifient que tardivement et qu’il faut avoir une idée du contexte pour bien comprendre toutes les implications des actions des personnages. D’histoire fractionnée, on obtient finalement un roman qui se tient parfaitement et qui nous donne envie d’en savoir encore davantage sur l’histoire de ce pays.

Marie, l’héroïne, est une jeune fille entre deux cultures qui rejette son côté chinois et qui va, à travers le fameux livre et son amitié avec Ai-Ming, accepter d’être la résultante de toutes ces histoires intriquées et pouvoir ainsi avancer. Mais ce qui frappe aussi, c’est l’évolution des façons de penser lors de la révolution culturelle, l’embrigadement et la façon qu’a eu le gouvernement pour diaboliser toute une partie de la population… et utiliser le peuple pour l’éliminer. Certaines scènes sont d’une grande violence, autant physique que psychologique, et nous pouvoir voir, graduellement l’art être interdit et la connaissance contrôlée. Les personnages, bien que nombreux, voient leur monde transformé, leur façon de penser changer et voir l’évolution du monde par les yeux de certains partisans de Mao fait mal au coeur.

Entre réalité et fiction, le livre des traces sert de fil conducteur, de quête et de mémoire. Des camps à l’exil, en passant par les manifestations et les accusations d’anti-communisme à tous vents, la souffrance est palpable et l’autrice réussit à nous faire ressentir le tout alors que, comme Marie, nous découvrons le destin des membres de sa famille.

Un roman à lire, avec un cerveau en forme… et peut-être de l’info sur l’histoire chinoise pas loin!

Un auteur canadien…

(1 commentaire)

  1. Mieux vaut être déjà bien documenté sur ce pays avant de commencer la lecture, donc.

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