Mère d’invention – Clara Dupuis-Morency

Le pourquoi du comment

Parce que le Prix des libraires du Québec. Sinon, j’avoue que je ne me serais jamais penchée sur un ouvrage portant, en partie, sur la maternité. Oui, je sais. On me l’a déjà dit assez souvent, le fait de n’avoir jamais ressenti ce désir d’enfant, ce besoin d’enfant, fait de moi une femme fort bizarre dans notre société. Une femme qui « ne peut pas comprendre ». Bref, ce n’est pas un sujet qui m’attire de prime abord. Mais comme chaque année, je veux lire tous les finalistes alors j’ai aussi lu celui-là.

C’est quoi, cette histoire?

En fait, c’est une histoire et ce n’est pas une histoire. Un récit. Un essai. Une réflexion. En fait, ce texte est fort difficile à classer. La narratrice a, un jour, avorté. Son embryon a été évacué à la maison et a finalement abouti dans les égouts berlinois. Pendant la première partie, elle parle à cet enfant qui n’est jamais né et qui a éveillé en elle un profond désir de maternité. En parallèle, la naissance du livre et de la thèse, cette écriture de l’intellect, dénuée de corps. Ce n’est pas clair hein? Mais je pense que c’est un ouvrage qu’il faut découvrir par soi-même pour voir de quoi il est question.

Et mon avis…

Tout d’abord, pour moi, ça a été une rencontre assez fulgurante avec une plume. Un coup de foudre pour cette écriture qui se déconstruit et qui ne respecte rien, tout en étant exigeante, nous entraînant dans un rythme particulier, un peu hypnotique. J’ai aimé la réflexion sur la langue, sur l’écriture et la création littéraire.

Comme je le disais, le désir d’enfant m’est pratiquement étranger. J’ai toujours cru que j’aurais des enfants, mais « parce qu’il fallait ». Du coup, pour moi, cette lecture n’a pas été aussi viscérale qu’elle le sera sans doute pour d’autres. Ça ne m’a pas empêchée d’être happée par la réflexion sur l’avortement, sur le fait que oui, on est pour le choix, on est féministe, mais que, quand même, pour plusieurs, l’acte de mettre fin à une grossesse est un événement marquant, d’une grande tristesse et qu’il fait forcément naître des sentiments contradictoires.

Il y a également beaucoup du temps qui passe, un peu de Proust, de références littéraires et de vers qui frappent. Bon, je n’ai pas succombé comme elle au charme de l’écriture d’Angot, que la narratrice vénère, mais j’ai pleinement goûté la description, parfois drôle, du monde universitaire qui s’englue parfois dans ses certitudes. Lire ce récit, c’est aussi se pencher sur la transmission pas toujours verticale, sur la sororité et la gémellité. Sur le fait de ne pas passer par le chiffre trois. Sur ce qui aurait pu être. Pour une rare fois, un écrit sur la maternité et la grossesse a réussi à me garder captive.

Un texte qui demande beaucoup à son lecteur, qui n’est peut-être pas pour tout le monde mais qui a pour moi révélé un vrai talent d’écrivaine et une plume que je relirai avec plaisir. Une découverte.

(4 commentaires)

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  1. C’était pas gagné cette lecture pour toi.

    1. Ooooh non. Et je ne crois pas que ce sera marquant, finalement, même si plusieurs choses m’ont plu dans le roman.

  2. Ah bien tu es bonne parce que moi, même pour le Prix des libraires, je ne le lirai pas! La maternité, c’est vraiment vraiment pas un sujet sur lequel j’ai envie de lire!
    (On est deux bizarres alors 😉 )

    1. Je me dis que si je lis à ce propos, je comprendrai un peu mieux certaines choses! Et Weird is Good!

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