Jour 99 – Wroclaw et chasse aux petits nains

Tiens tiens, en plus d’avoir une clim hyperactive, ils semblent aussi avoir décidé de refroidir l’eau!  Douche frette ce matin.  Mettons que j’ai repoussé le lavage de cheveux à demain. Pousse mais pousse égal! Delphine, qui avait eu le même traitement, a préféré me laisser la surprise. Réussi!

Cinq heures de bus, de bon matin. Premier constat, les mecs, ça parle fort. Et dire qu’on se fait dire que ce sont les femmes qui sont bavardes!  En plus, ils s’installent debout pour nous donner une vraie belle conférence. On a eu des fous rires, mais des fous rire! Ajoutons à ça le fait que je fasse une bonne allergie au parfum d’une dame (qui se répand avec volupté à chaque fois qu’elle secoue sa voluptueuse crinière)… c’est pas gagné.  

Wroclaw, où nous allons,  a une histoire assez particulière. En effet, elle a été polonaise jusqu’au 14e siècle mais n’est redevenue polonaise que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les frontières de la Pologne ont été déplacées vers l’ouest et la Pologne a « récupéré » la ville (comme le disait la propagande) et gagné la Silésie alors que la ville de Lviv est devenue russe, permettant ainsi à l’ex-URSS de propager son influence vers l’ouest.  Ah oui, les français disent « Urse » au lieu d’URSS… Delphine trouve mes étonnements limite mignons!

Les populations ont été expulsées et les anciens polonais de l’est sont, pour beaucoup, allés s’établir à Wroclaw, qui était alors détruite à 70%.  Avant, la ville était allemande et habitée par des allemands, ce qui est tout de même visible dans l’architecture, qui rappelle Gand ou Bruges (qui, je le sais, ne sont pas des villes allemandes… mais bon, vous voyez ce que je veux dire).  Inutile de préciser que pour les populations, ce fut violent. Comme la priorité était aux armées, ils devaient parfois évacuer très vite, et attendre dans des wagons de bétail.  Ils pouvaient mettre jusqu’à 2 semaines pour traverser la Pologne.

Il faut se souvenir qu’à l’époque de l’ex-URSS, la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie étaient annexées. La Prusse orientale, auparavant séparée de l’Allemagne par la Pologne (on se souvient qu’Hitler voulait faire passer une autoroute par le couloir de Gdansk (longue histoire… mais mettons que les polonais n’ont pas voulu),  est passée en partie à la Pologne, en partie aux Russes.  Suite à la fin du communisme, les pays baltes sont redevenus autonomes, la frontière polonaise a bougé mais la russie a conservé l’oblast de Kaliningrad pour garer un accès à la Baltique.

Encore aujourd’hui, les relations diplomatiques avec la Russie sont… compliquées. Avec l’Allemagne, c’est plus facile et les relations sont correctes. Cette année encore, l’Allemagne s’est excusée lors des cérémonies du 1e septembre. Disons que les visions des historiens russes et polonais divergent sur plusieurs points et qu’il y a encore des tensions!

On nous parle aussi du massacre de Katyn, alors que 20 000 officiers Allemands ont été fusillés par les russes suite à l’invasion de 39, à coup de pistolet derrière la tête. Les Russes ont longtemps dit que c’était les allemands et cet épisode n’a été vraiment connu des polonais qu’à la fin des années 80. D’ailleurs, nous en entendrons beaucoup parler pendant le tour ensuite. 

Bien que cet épisode soit peu connu au Canada, il y a eu une vraie résistance polonaise et le gouvernement polonais en exil (d’abord à Angers et ensuite à Londres) a permis à la Pologne de se battre avec les alliés. Certains soldats emprisonnés par les soviétiques ont été libérés et sont passés par le sud pour former un bataillon polonais en Egypte.  

Depuis toujours, les polonais ont émigré ailleurs, souvent pour fuir la pauvreté et la répression. Suite à la partition de la Pologne, plusieurs sont partis et d’autres ont fui les représailles. IL y a notamment beaucoup de polonais aux USA et en Angleterre. En Pologne, les retraites sont aussi très insatisfaisantes. 1000 zlotys par mois, souvent. Avant, les familles s’occupaient de leurs parents mais maintenant, avec le mouvement des jeunes, c’est plus difficile. Les maisons de retraite coûtent beaucoup plus cher que ce que permet la retraite alors… c’est compliqué. Ça nous rappelle quelque chose, hein!

Nous arrivons donc dans la dite Wroclaw, ville étudiante, à la longue tradition de musique et de concerts gratuits pour les jeunes. Il paraît que l’un est même entré par le toit à un concert pour pouvoir y assister. On les laissait faire hein… si possible on laissait entrer les jeunes! La ville est ouverte et moderne, composée de plusieurs îles et de plusieurs ponts. Une autre Venise du Nord!

Étrangement, le bus passe assez rapidement (pour moi… certains trouvent ça très long et le disent haut et fort) et nous arrivons pour manger à Wroclaw (prononcer /vrotswaf/) et découvrir la ville. La température est parfaite et le dîner excellent. J’ai un petit faible pour le gâteau au fromage chaud qu’on nous a servi. Et comme certaines partagent… je ne me suis pas fait prier!

Nous profitons d’une petite demi-heure libre pour nous balader sur la place et prendre des photos à notre goût quand je vois… UN NAIN! Il y a des nains partout partout partout!  Ô joie! On a passé tout l’après-midi à chercher des nains et à courir partout. Des fois, j’ai 5 ans dans ma tête. Notre guide nous a d’ailleurs raconté que ces nains ont été installés dans le but de commémorer une révolte pacifique et humoristique ayant eu lieu dans les années 80. Les jeunes manifestaient déguisés… en nains avec un chapeau orange sur la tête. Quand la police est arrivée, ils leur ont offert du papier de toilettes, ce qui a fini par provoquer l’hilarité générale. Maintenant, les jeunes d’autrefois sont grands… et sont au conseil municipal. Ils ont donc décider de souligner cette histoire à leur manière et c’est une idée de génie selon moi! Ça occupe les enfants, petits et grands! (Bon, oui, je sais. J’ai exagéré sur les photos de nains… call me gros bébé)

Nous amorçons donc la visite guidée avec Maria, la guide locale, une mine de connaissances. La Silésie ayant beaucoup changé de mains, elle nous résume ça vite fait et nous voilà sur la place de l’hôtel de ville qui date du 13e (bien rénové par la suite), au moment où on a tracé les rues. C’est maintenant un musée mais avant, on y rendait justice et le monument juste devant est un pilori. Sur l’autre façade, gothique tardive, nous pouvons observer les scènes de la vie quotidienne, dont une femme qui attend son homme, bien saoul, avec un sabot. On y raconte aussi l’histoire du transport de marchandises et de la ligue hanséatique, qui a marqué l’histoire commerciale de Wroclaw.

On trouve partout St-Jean Baptiste, patron de la ville, ainsi que le blason de Wroclaw (1530), représentant les diverses origines de la ville : St-Jean baptiste, le W de la ville (pour Wratislawja), l’aigle noir de Silésie, St-Jean l’évangéliste et le lion pour les rois de Bohême.  Sous l’hôtel de ville, une brasserie historique, malheureusement fermée pour restauration. Dommage.

La place telle qu’on la connaît date des années 90. Avant, il y avait une station service et un parking au lieu de l’agréable lieu piéton que nous pouvons voir. Tout près, la place du marché au sel où on peut trouver des fleurs jour et nuit.  On admire la bourse des valeurs, l’ancien palais des rois de Prusse et plusieurs maisons richement décorées du côté riche de la place. Disons que les habitants n’étaient pas n’importe qui. L’actuelle mairie est du 19e mais on a conservé les passages médiévaux.

Nous nous dirigeons vers l’église Ste-Elisabeth, au coin de la place, gardée par deux petites maisons, dont les noms (que j’ai oubliés) sont un peu comme nos Hansel et Gretel. L’église était d’abord catholique jusqu’au 14e et est devenue protestante quand la région est devenue allemande. Elle est de nouveau catholique après la 2e guerre mondiale et est toujours en activité, surtout pour les militaires.

La tour était avant plus haute de 30m. Le heaume est tombé en 1529 et personne n’a été tué, sauf un petit chat noir. Les catholiques ont dit que c’était une punition de dieu tandis que les protestant ont mentionné que c’était plutôt une grande chance que personne ne soit mort… comme quoi… même histoire, deux versions!

Dans l’église, des vitraux modernes dont un avec le visage de Jean-Paul II, à partir d’une photo prise lors d’une visite en Pologne. L’autel est baroque, très baroque, avec Ste-Elisabeth au-dessus et une copie de la vierge noire que nous verrons demain. Il reste quelques stalles gothiques du 15e. On trouve des chapelles où étaient enterrés les riches et un mémorial aux victimes de Katyn. Il y avait avant de superbes orgues, qui ont brûlé vers 75-76.

Nous passons par une petite rue toute mignonne où se trouvent maintenant des galeries d’arts, mais qui était auparavant la rue des Bouchers, comme le rappelle le monument dédié aux animaux comestibles au bout de la rue. La guide en profite pour nous rappeler qu’à l’origine, les tribus slaves étaient sur les îles et que la rive gauche n’a été investie qu’à l’époque médiévale, en 1535. La ville avait des remparts mais Jérôme Bonaparte a ordonné leur destruction pour que la ville soit ouverte quand ils allaient repasser quelques années plus tard.

L’ancienne prison est maintenant transformée en bar, constamment investi par les étudiants. C’est très joli et j’aimerais bien y être enfermée quelques heures, ne serait-ce que pour profiter du lieu. Mais circuit oblige, on doit repartir.

Puis, on arrive à l’université, dont la tour était anciennement un observatoire astronomique, d’où on a découvert Neptune. On peut voir, tout en haut, des femmes qui représentent la médecine, le droit, la philosophie et la théologie. L’université a été fondée en 1702 par Léopold de Habsbourg et en 1811, elle est devenue publique, sans lien avec un ordre religieux.  Tout près, la fontaine de l’étudiant, représenté tout nu vu qu’il a tout perdu au jeu et qu’il a préféré les femmes à l’étude. Des profs le grondent. J’aime le côté humoristique de la chose.

Nous entrons rapidement dans l’église du Nom Sacré de Jésus, construite par les Jésuite avec l’accord des Habsbourg, qui leur a donné le terrain. C’est d’ici qu’ils ont organisé la contre-réforme, avec un collège réputé, ce qui a incité plusieurs jeunes à rester à Wroclaw. La porte, au fond, menait à l’université. L’église est… baroque. Très baroque. On y voit une statue de St Ignace de Loyola, une copie de la Piéta de Michel Ange et un plafond peint par un peintre viennois, représentant les 4 continents à chaque coin. Ben quoi, l’Océanie n’était pas découverte!

La bibliothèque est abritée dans un bâtiment baroque venu de Lviv, comme une statue de la grande place. On y trouve les manuscrits des Nobel polonais. On dirait une maison de poupées.

Pour nous rendre sur les îles, nous passons par une rue où sont indiquées les dates marquantes de l’histoire de la Pologne. Je ne vais pas tout réexpliquer ici… mais j’ai pris des notes. Disons qu’il y en a eu, des événements.

Nous prenons une petite pause dans la Halle, un bâtiment de 1908, le premier construit avec des arcs en béton, où nous nous tâtons pour goûter des fruits séchés.  Un « pomélo »… vert fluo… je me demande bien ce que ça goûte. Et que dire des nougats!

Il ya plusieurs églises (6 je pense) et monastères sur les îles mais j’avoue que je ne sais plus laquelle est laquelle. Les églises orthodoxes côtoient les monastères et les presbytères. On peut voir une statue de Jean XXIII, et je croyais qu’il s’agissait de l’oncle de la famille Adams. Il paraît que je ne suis pas drôle. Bon.

La religion était réprimée pendant la période communiste mais les polonais s’y sont toujours accrochés pour garder espoir. Ils sont encore très catholiques aujourd’hui.

Ici, les styles architecturaux sont arrivés plus tard et on retrouve le derrière d’une église romane du début du 13e juste à côté de la cathédrale gothique, à laquelle ont été ajoutées des chapelles baroques ensuite. La cathédrale a été bombardée pendant la guerre et elle a été reconstruite en 6 ans. La rue de la cathédrale, qui y mène, n’a été rénovée que dans les années 80.

Nous finissons la visite par le monument aux inondations, où nous trouvons St-Jean Nipomucène (vous savez, celui du pont Charles, à Prague), mort noyé pour ne pas avoir trahi le secret de la confession de la reine. Il protégerait des inondations, ce qui a plus ou moins bien fonctionné car certaines ont causé des cinquantaines de morts. Joyeux hein…

Tout de suite au retour de la visite, Delphine se transforme en dictateur. Vite, il faut que je fasse pipi, vite-vite, et qu’on trace jusqu’à la place le plus vite possible pour refaire des photos, acheter des machins et repartir à la chasse aux nains. Je soupçonne qu’elle voulait aussi semer tout le monde… mais ça n’a jamais été prononcé à haute voix!

J’adore me balader au coucher du soleil et tout observer à ma vitesse et à ma guise. On n’aura jamais tant couru pour finir à vitesse tortue neurasthénique sur la place, à entrer partout, à comparer tous les détails. On fait des tas de boutiques, on craque pour les bebelles (un nain qui lit). Qui n’aurait pas craqué pour un nain qui lit) et on regarde les couleurs et l’éclairage changer.  On trouve encore plein de nains dont les réadapta-nains et le nain Pierre-Alexandre, installé devant un ordi. Celui-ci proteste en disant que lui, ne porte pas de chapeau. Bizarrement, il a refusé mon offre de lui en trouver un et de le lui envoyer par la poste. Certains ne connaissent pas leur chance d’avoir une sœur comme moi!

On arrive 2 minutes en retard (la faute à Delphine qui tenait à acheter de l’eau) et on s’installe pour manger à l’hôtel. Délicieux repas, encore une fois. Bon, de la viande et des patates, mais c’est bon les patates! Tout le monde est jaloux de mon nain et de mon sac-nain, voire même que plusieurs veulent y retourner car ils n’ont pas trouvé le nain de leurs rêves avant. Ceci dit, le nain-de-rêve en était un qui « suçait une buche »… je cherche encore ce que ça peut bien vouloir dire!

Nous, on ne bouge plus.  Et on se couche. On est pas sages, rien qu’un peu??

(1 commentaire)

  1. Bonjour,
    Juste pour corriger une petite erreur: à Katyn, ce sont des officiers Polonais, pas Allemands qui ont été fusillés par les Russes. Sinon, j’aime bien tes histoires de voyage!

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