Tiohtiá:ke – Michel Jean

Le comment du pourquoi

Année après année, je lis toujours les romans de Michel Jean. J’ai eu un coup de coeur pour « Elle et nous » il y a une dizaine d’année et depuis, je suis ses écrits, surtout ceux qui parlent des peuples autochtones. Parce que cette version de l’histoire a longtemps été tue et que je trouve assez fantastique qu’il utilise sa plateforme pour faire entendre ces voix. Donc, un gros merci Michel, pour avoir insisté pour que je reçoive ce roman!

De quoi ça parle

Elie Mestenapeo sort de prison. Dix ans pour avoir tué son père. Chez les innus, la prison ne signifie pas la fin de la peine; il est banni de sa communauté natale de Nutashquan, sur la Côte Nord. Sa mère ne l’attend pas aux portes du pénitencier (avouez que je vais vous faire chanter la chanson, là!) et il quitte la forêt d’épinettes pour la forêt urbaine, où les immeubles de béton font figure d’arbres. C’est dans la rue que va se recréer petit à petit une certaine communauté.

Mon avis

Disons-le d’emblée, ce roman est différent de ce à quoi je m’attendais. Je m’attendais à de la noirceur et j’en ai certes eu, mais c’est avant tout un récit d’espoir qui nous est ici livré. Nous sommes avec les enfants et les petits enfants de ceux qui ont vécu les pensionnats et ne serait-ce que pour ça, il vaut la peine d’être lu. L’époque terrible des pensionnats est – on l’espère – terminée mais les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.

Le personnage d’Elie est touchant et attachant. Il est profondément déraciné, profondément blessé par ses propres actes. La communauté rencontrée dans le square Cabot est dépareillée et attachante et ça fait chaud au coeur de voir se réunir tous ces autochtones de partout au Québec pour tenter de se recréer une communauté. Entendons-nous, la dernière fois que je suis passée devant le square Cabot, je me suis fait voler ma tuque. Sur ma tête. Et vu qu’on me menaçait avec une bouteille vide, je n’ai pas demandé mon reste! Ceci dit, j’ai aimé voir les gens derrière la rue et ses effets. Ils sont poqués, ils ont des dépendances mais ils ont aussi une histoire et c’est ce que nous pouvons entrevoir dans ce roman. Les jumelles Inuuk, le taciturne Geronimo ou encore Jimmy le Nataka que nous avions rencontré dans Le vent en parle encore, avec sa caravane qui offre des repas chauds.

La plume de Michel Jean reste simple et accessible. Je la préfère toujours dans les passages où il parle du territoire et de la nature. Ce mode de vie est certes magnifié mais son côté impitoyable est aussi mentionné. Côté structure, j’aurais bien pris 100 pages de plus pour passer davantage de temps sur certaines sous-intrigues qui passent un peu vite à mon goût et qui n’apportent pas tant à l’histoire (genre… le hockey…). Avec un peu plus d’élaboration, les actes racistes auraient eu davantage d’impact sur le lecteur. Juste mentionnés comme ça, ça donne une impression de manichéisme qui aurait pu être évitée. J’aurais aimé que ces parties soient davantage construites et amenées.

Un roman nécessaire, qui m’aura moins touchée personnellement que Atuk, Le vent en parle encore ou Kukum, mais que j’ai lu en une shot et qui a su garder mon intérêt. Je ne connais pas du tout le monde l’itinérance alors je ne saurais dire si le portrait de ces gens est réaliste… mais ça donne envie de voir les choses un peu autrement.

8 Commentaires

8 pings

Passer au formulaire de commentaire

  1. Beaucoup aimé aussi ☺️ et aussi un certain portrait de Montréal qui m’a plu.

    1. C’Est un Montréal qu’on ne voit pas souvent, en effet. Pas celui que je préfère de Michel Jean, mais un sujet qui est rarement traité.

  2. Un auteur qu’il faut que je découvre.

    1. Je te suggère de commencer par Kukum ou Atuk!

  3. Je n’ai pas encore lu celui-ci. Le vent en parle encore est dans ma bibliothèque et je prévois le lire sous peu. J’aime aussi lire les descriptions de la nature de cet écrivain et j’ai adoré Kukum. Au plaisir!

    1. Le vent en parle encore est assez frappant… terrible comme histoire.

  4. C’est dangereux de se promener chez toi ! Chaque fois que je vois un billet sur cet écrivain, je me dis qu’il faut absolument que je le lise, mais je suis débordée par tout ce qui m’attend. Il faudrait vraiment plusieurs vies.

    1. Je suis tout à fait d’accord, il faudrait deux vies. Une normale et une avec le temps arrêté pour lire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.