Le grand Meaulnes – Alain-Fournier

Je n’avais jamais lu ce classique. J’étais certaine de l’avoir lu, sauf que non. Et quelle découverte. J’ai adoré cette histoire, adoré l’ambiance, l’atmosphère onirique, la passion adolescente qui va jeter une nouvelle lumière sur toute une vie. Un coup de coeur pour moi.

Le narrateur est François Seurel mais il n’est pas le héros de cette histoire.  C’est un adolescent de 15 ans, fils de l’instituteur, calme, posé, un peu à l’écart. Il sera l’ami d’Augustin Meaulnes, le fameux grand Meaulnes, qui va le fasciner. Il va l’accompagner dans sa quête folle, presque la prendre pour sienne.

Un jour, Augustin Meaulnes va se perdre et tomber dans un mystérieux domaine qui se prépare pour les noces. C’est la fête, les enfants sont rois, les fiancés vont bientôt arriver. Le grand Meaulnes ne sait trop s’il est dans un rêve ou dans la réalité et c’est à ce moment qu’il croise Yvonne de Galais, jeune femme qu’il n’aura cesse de retrouver.

C’est un roman envoûtant, empreint d’idéalisme, à la poursuite du rêve entrevu, de la fameuse inaccessible étoile. C’est aussi la fin de l’adolescence, la désillusion d’une quête chimérique, presque. Il est empreint d’une profonde mélancolie et d’une certaine nostalgie de ce temps où tout était imaginable, de l’époque de tous les possibles. C’est tout en retenue, rempli de pudeur, et c’est magnifique.

Ce roman a été publié en 1913, un an avant la mort de l’auteur au champ de bataille lors de la première guerre mondiale. Le fait de n’avoir qu’un roman de sa plume est infiniment triste car celui-ci m’a terriblement émue.

Un coup de coeur, comme je le disais.

Entre ici et ailleurs – Vanyda

De Vanyda, j’avais beaucoup aimé « Un petit goût de noisette« . Du coup, quand j’ai réalisé que ce roman graphique traitait des origine et qu’il avait beaucoup plu, je l’ai aussitôt emprunté à la bibliothèque. Et, aucun suspense, j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman, qui fait réfléchir sur la filiation, la culture et ce qu’elles représentent pour une personne qui se cherche.

Nous rencontrons donc Coralie, 28 ans. Elle est née d’un père laotien et d’une mère française, s’est séparée il y a quelques mois, vient de déménager dans un nouvel appartement et a perdu le contrôle de son quotidien. Elle a un boulot qu’elle aime bien, des collègues agréables, mais est distraite et un peu à côté de la plaque. Puis, un jour, je ne vous dis pas comment parce que j’ai trouvé ça plutôt drôle, elle va découvrir la capoeira, rencontrer des gens et réfléchir sur ses origines asiatiques. À travers un sport brésilien. Je sais. Mais si vous lisez le roman graphique, vous allez tout comprendre.

J’aime beaucoup le trait de l’auteure, en noir et blanc, pour ses détails et ses visages expressifs. C’est à la fois réaliste et contemplatif, surtout pour certaines planches qui nous plongent dans la tête du personnage principal.

Une BD intimiste, sur la recherche de soi et de ses origines et de leur importance, qui ouvre aussi sur des thèmes d’actualité et qui traite, en arrière plan, du racisme ordinaire et de la difficulté de discuter de ces sujets. Quels mots utiliser, comment les aborder… bref, il n’y a pas de bonne réponse car les ressentis sont variés, mais ça permet d’en discuter et d’ouvrir les yeux sur ces sujets, sans se faire faire quelque morale que ce soit. Ce n’est pas toujours politically correct et ça fait du bien.

Je conseille. Et avec enthousiasme, en plus. C’était ma BD de la semaine… et c’est chez Noukette cette semaine!

Nous avons toujours habité le château – Shirley Jackson

Le pourquoi du comment

Nous mais vous avez vu cette édition?  Comment on résiste à cette édition d’un presque-classique? Parce que oui, pour moi, un roman publié en 1962, c’est devenu classique. 50 ans, c’est une bonne balise, non?

C’est quoi, cette histoire?

Il est difficile de parler de ce roman sans trop en dire. Pour moi, il vaut mieux le découvrir petit à petit, sans trop savoir au début, et de se laisser embarquer dans l’histoire, de s’attacher aux personnages sans vraiment comprendre. Un vrai cas de « ne pas lire la 4e de couverture ».  C’est un roman à l’atmosphère sombre et angoissante. Vous savez, l’un de ces romans où le fait de « savoir » ajoute à l’ambiance anxiogène? Le roman s’ouvre sur Mary Katherine Blackwood (Merricat, pour les intimes), seul lien de la famille Blackwood avec l’extérieur, et dont la voix nous accompagnera tout au long de l’histoire. La famille est ostracisée et haïe ouvertement, Merricat doit faire face à de l’hostilité franche, des menaces et une comptine a même été composée en leur (dés)honneur. 

Dans la maison Blackwood, en plus de Merricat, sauvageonne adepte de magie protectrice, un peu sociopathe et remplie de superstitions, il y a Constance, la soeur aînée, agoraphobe et naïve, qui n’a pas mis les pieds en dehors du domaine depuis 6 ans. Il y a aussi l’oncle Julian, confiné à un fauteuil roulant, dont l’esprit est pris dans une spirale qui passe en boucle les mêmes évènements, la même journée. Lorsqu’un livre cloué à un arbre tombe, malgré ses précautions, Merricat réalise qu’un changement approche…

Et moi, j’en pense quoi?

Ceux qui me suivent le savent, je suis la number one des peureuses.  Mais vraiment.  Sachez donc que ce roman, aussi « soft » soit-il, m’a empêchée de dormir et m’a fait faire des cauchemars. Oui, je sais, défense de rire. Ceci dit, j’ai adoré et je sens que ce sera un roman marquant dans mon année de lectrice. J’ai toujours un faible pour les narrateurs qui ne sont aucunement fiables et les histoires déformées par leurs yeux. Je me suis terriblement attachée aux trois habitants du fameux « château-pas-château », malgré ce qu’on sait, et surtout malgré ce dont on se doute. Et quelle entrée en matière.  J’adore, ce premier chapitre!

C’est un roman court, l’écriture est simple, souvent presque oralisée, mais la voix de Merricat est terriblement vibrante et nous entraîne dans son univers, entre le réel et l’imaginaire. Certaines scènes sont d’une terrible violence et le thème de l’ostracisation, de la peur de la différence et du rejet de l’autre dans les petits villages américains est poussé à son maximum. 

Un roman déroutant, qui m’a vraiment embarquée. 

Et non, je ne peux pas vous raconter mon cauchemar, aussi burlesque soit-il… ça vous en dirait trop!

Douze maladies de lectrice – En suis-je atteinte?


J’ai vu ce petit jeu chez Marie-Claude… et comme il y a longtemps que je n’ai pas fait de tags ou autres trucs du genre, j’ai eu envie de me livrer à l’exercice. Pour la petite histoire, elle est tombée sur ces terribles maladies de lecteurs dans les Remèdes littéraires: se soigner par les livres, de Berthoud et Elderkin.

Ceux qui me connaissent savent que je suis une horrible hypocondriaque. Mais vraiment. J’ai survécu à un nombre improbable de maladies incurables. Reste à savoir si je suis aussi littérairement atteinte! Let’s see!

MALADIE 1 – REFUS D’ABANDONNER À LA MOITIÉ  

Bon, ok, oui, j’avoue. Je pense que suis maso-livresque. J’abandonne rarement un livre. Même que quand je déteste vraiment, je prends plaisir à détester, à lever les yeux au ciel et à relever les incohérences, les répétitions et les conneries. Je lis ça comme un roman d’humour, genre! Ou je passe vite-vite-vite en disant (à haute voix, bien sûr), « bla bla bla »… Par contre, si c’est une série, je ne vais pas la finir. Je ne suis pas cinglée à ce point. Par contre, je me fais spoiler la fin! Ben quoi… Karine veut savoir!


MALADIE 2 – ACHETEUR DE LIVRES COMPULSIF  

Guérie, guérie, guérie! Je suis passée d’acheteuse à emprunteuse de livres compulsive. C’est déjà ça. J’avoue que ceci a été influencé par le fait que ma maison ne soit pas le Tardis (not bigger on the inside) et qu’ajouter des annexes (voire même des étages) à un chez-soi, ça coûte cher. Ah oui, le fait que je sois à 83% de mon salaire a peut-être eu un petit rôle à jouer. Croyez-le ou non, ça a été presque la seule adaptation que j’ai dû faire à mon mode de vie pour arriver à joindre les deux bouts. Je sais, ça fait peur.

(Pour les curieux, 83% du salaire = 6 mois de congé après 3 ans. Attendez-vous à me voir débarquer en Europe en mai!)


MALADIE 3 – AMÉNÉSIE ASSOCIÉE À LA LECTURE  

Nope. Je l’ai déjà dit, j’ai une mémoire stupide. Ça signifie que mon cerveau est REMPLI de connaissances, anecdotes, codes et chiffres divers et variés. Comme s’il ne faisait pas le tri. Je peux me souvenir de conversations complètes datant d’il y a 7 ans (maintenant, j’ai compris que j’étais juste plain weird et que ne PAS s’en souvenir n’était pas un signe de désintérêt) ou encore les résultats de tests langagiers des enfants vus pendant mes premières années en tant qu’orthophoniste (on ajoute à ça des dates de naissance et des numéros de dossiers). Vous pouvez donc vous imaginer que je me souviens de ce que je lis. Parfois mot à mot. À ce point que si je lis la traduction d’un roman aimé que j’ai déjà lu en VO, je spotte systématiquement s’il manque une phrase. Il faut pas chercher à comprendre.

Mais je dois revenir au moins 4 fois par jour dans la maison avant de partir parce que j’ai oublié un truc. Welcome to my life.

MALADIE 4 – TENIR UN JOURNAL DE LECTURE  

Oui, oui, oui, et re-oui. Ce blog existe depuis septembre 2007. Du coup, je pense que je peux dire que je tiens un journal de lectures de façon assez assidue. Je ne me tanne pas, ni des choses, ni des gens. Sachez donc que vous êtes pognés avec moi!

MALADIE 5 – ÊTRE REBUTÉ PAR LE BATTAGE MÉDIATIQUE  

Oh que oui. Je suis TOUJOURS déçue quand il y a trop de hype par rapport à un roman et qu’on le voit partout. En plus, juste de voir le roman me hérisse après un temps, c’est physiologique. C’est fou, j’aime ressentir que c’est une vraie rencontre préméditée entre un roman et moi. Du coup, quand tout le monde le lit, je me sens moins « privilégiée ». J’ai moi-même cessé de chercher à me comprendre. Je préfère les recommandations directes, par des gens auxquels je me fie.

MALADIE 6 – CULPABILITÉ ASSOCIÉE AU TEMPS CONSACRÉ À LA LECTURE  

Comment dire… non? Au contraire, je me sens coupable quand je traîne sur le net et que je « perds » du temps de lecture. J’ai songé à prendre le bus pour aller au travail (ce qui implique d’arriver en retard et de prendre 2h20 matin et soir pour un trajet qui prend 25 minutes en voiture) car je trouvais que perdre 50 minutes au volant au lieu de lire, ça me rendait folle. Maintenant… j’écoute des audiobooks!

MALADIE 7 – PRÊTER DES LIVRES QUE L’ON NE NOUS REND PAS

Maintenant, oui. Avant, je gardais mes livres jalousement, quitte à dire que je n’avais pas un roman pour éviter de le prêter. Maintenant, je prête avec plaisir… tout en me disant qu’ils ne reviendront peut-être pas. Ou dans un état épouvantable (mère, ne te sens surtout pas visée). Donnez au suivant. Et pas de souci. (Ceci dit… j’en ai racheté. Oups.)

MALADIE 8 – TENDANCE À LIRE PLUTÔT QU’À VIVRE

Je trouve que je vis bien assez merci! Non, en fait, c’est plutôt que la lecture n’est pas en opposition avec la vie. Mes lectures ont forgé une partie de la personne que je suis et me permettent de regarder le monde de plusieurs points de vue. Bref, nope.

MALADIE 9 – ÊTRE SÉDUIT PAR LES NOUVEAUX LIVRES

Oui, malheureusement, mais dans le sens où j’ai toujours envie de lire le livre dont on vient de me parler ou que je viens de récupérer. Je lis un billet, et je veux lire ce roman là, maintenant, tout de suite. Résultat? Les livres achetés il y a 8 ans dorment dans ma bibliothèque. Et je vous épargne le nombre. C’est mieux. Diminuons les risques de crise cardiaque pour tous.

MALADIE 10 – SUBMERGÉ PAR LE NOMBRE DE LIVRES CHEZ SOI  

Gravement, gravement atteinte. Les livres sont en train d’envahir la maison, et la maison est grande. C’est une épidémie. Ça s’étend. Ça se reproduit. C’est fou, fou, fou. Et pourtant, je n’en achète plus et je ne demande qu’assez peu de SP (ce qui ne veut pas dire que j’en reçois assez peu… mais c’est une autre histoire). Et j’ai du mal à élaguer, jeter. J’ai dit que les fins et moi, on avait un problème hein? J’ai presque tout mon linge d’il y a 10 ans. Et je le mets. Ça vous donne une idée sur ma capacité à jeter.

MALADIE 11 – INCAPACITÉ À RETROUVER UN LIVRE  

Voir point 3. Je peux toujours me souvenir où j’ai mis un roman et où je l’ai vu pour la dernière fois. Il ne faut pas défaire mes piles, parce qu’elle sont associées à un moment dans le temps, qui est classé dans un étrange diagramme mental en 3 dimensions. Donc, je sais toujours où sont mes livres après un petit moment de réflexion. Étrangement, ça ne fonctionne pas avec mes clés et mes lunettes. Mais VRAIMENT pas.

MALADIE 12 – NE PAS SAVOIR QUELS LIVRES EMPORTER EN VACANCES  

Plus maintenant car la liseuse est mon amie pour les vacances. Je n’aurais jamais pensé aimé lire sur liseuse mais, étrangement, j’adore. Donc j’apporte une TONNE de livres en vacances et je ne me pose pas de question. Par contre, quand je vais passer 3 jours chez ma mère (comprendre : elle habite à 4 minutes en voiture de chez moi et je vais « en week-end » de temps en temps), j’apporte TROIS SACS de romans et de BDs. Je suis un gros tas de contradictions.

Et vous, êtes-vous gravement malade? Ce sont des maladies plutôt cutes, je trouve. Limite que je suis un peu fière d’en être atteinte!

La terre des mensonges (Saga Neshov #1) – Anne B. Ragde

Je ne sais pas où j’ai entendu parler de cette saga norvégienne. Oui, je sais, il me reste encore le tome 6 du roman de Bergen et j’en commence une autre série se passant en Norvège. Ça doit être un signe hein! Il faudrait que j’aille y faire un tour.

Ce roman est la première partie d’une série (je croyais que c’était une trilogie mais ça semble plus long que ça… bref, si vous savez, je suis tout ouïe) et il m’a semblé servir à placer l’atmosphère et les personnages. Comprendre qu’il n’y a pas tant d’action. Ceci dit, ça ne m’a pas dérangée outre mesure et j’ai dévoré ce roman avec plaisir, m’immergeant dans les secrets de famille et les paysages norvégiens. L’histoire s’ouvre sur Anna, la mère, qui se meurt. Elle a fait un AVC, est à l’hôpital, et la vie à Neshov, la ferme familiale, est bouleversée. Les trois fils, Tor, Margido et Erlend, se sont éloignés et seul l’aîné parle encore à sa mère, avec laquelle il vivait sur la ferme. Il vivote en élevant des porcs et en économisant les bouts de chandelle, sous la férule d’Anna, femme mystérieuse et toute puissante. Et il y a aussi le père, figure à demi présente, qui hante le fond de la scène.

Margido est entrepreneur en pompes funèbres et ne vit plus sur la ferme. Erlend a fiché le camp le plus loin possible, à Copenhague, où il est décorateur de vitrine et habite avec son conjoint, qui n’a pratiquement jamais entendu parler de sa famille norvégienne. Quant à Torunn, elle n’a jamais vu Neshov et ne sait rien de la famille de son père. Suite à la maladie de la mère, ils vont tous se retrouver dans l’immensité blanche de Norvège, à devoir faire face à ce qu’ils ont tenté d’oublié, ou sur quoi ils ont bien voulu fermer les yeux.

Oui, je sais, c’est lent. Oui, je sais, le secret de famille peut être deviné. Mais j’ai beaucoup aimé et je lirai assurément la suite. Si vous en avez contre les romans qui évoluent lentement, dont les personnages ne sont pas toujours aimables (une chance qu’il y a Torunn et Erlend) et qui ne se disent rien, passez votre chemin. Ce n’est pas ce dont il est question ici. Tout est refoulé, gardé secret et nous ne sommes happés petit à petit dans ce presque huis clos (à aire ouverte! Je sais, je suis d’une clarté effarante) à l’autre bout du monde, pendant la période de Noël.

Entre héritage, relations familiales et non-dits, j’ai passé un moment immersif dans ces moments tristes et tragiques à la fois. La détresse face à la maladie et à la mort est bien exprimée et le portrait de cette famille à l’ancienne est tracé de façon très vive, malgré la lenteur de l’action. Et maintenant, j’ai envie d’en savoir plus. Vous verrez donc apparaître le tome 2 bientôt sur le blog!

Bout d’ficelles – Olivier Pont

Oh boy… comment vous parler de cet album, vous expliquer pourquoi il faut que vous tentiez le coup, sans trop vous en dire et vous enlever ce moment où vous comprenez le truc… et à partir duquel vous finissez la BD avec un grand sourire étampé dans la face? Bref, j’ai commencé un peu perplexe… et j’ai fini complètement convaincue!

C’est donc l’histoire de Thibault, probablement la trentaine. Il est obèse, habillé en mou, et nous le rencontrons dans le métro, alors qu’il bouscule une jeune femme. Bon joueur, il décide de l’aider à transporter la litière chez une vieille dame, une amie de sa grand-mère, qui vit seule avec ses chats. Toutefois, alors que la jeune femme, plus intéressée par son cellulaire parce qui se passe autour d’elle, est occupée à se réconcilier avec son amoureux, la vieille femme meurt, dans les bras de notre homme. Et à partir de là vont s’enchaîner une panoplie de péripéties complètement loufoques et Thibault, qui n’en demandait pas tant, va vivre une nuit infernale entre le crime organisé, la police et un curieux voleur au chapeau de paille qui se fait appeler l’épouvantail.

C’est à un exercice assez virtuose auquel se livre Olivier Pons. En effet, c’est rédigé comme un feuilleton et le fil conducteur n’apparaît pas tout de suite. Le dessin est très cinématographique de l’auteur nous fait vivre une nuit d’enfer pour un personnage complètement naïf, qui avait tout fait bien. On ouvre de grands yeux, on se demande où ça s’en va et, avouons-le, il nous fait bien pitié, ce pauvre bougre.

Les images des toits de Paris sont magnifiques et si je ne suis pas toujours fan des visages des personnages, le reste du trait me plaît énormément. Un album à part, complètement éclaté, que je recommande!

C’était ma BD de la semaine! Tous les liens chez Moka!

L’honneur perdu de Katharina Blum – Heinrich Böll

Le pourquoi du comment

Ce roman, publié en 1974, était dans ma pile à lire tentaculaire et auto-reproductive. Depuis une éternité. En fait, je pense qu’il était dans la bibliothèque de l’une de mes grandes-tantes dont j’ai hérité. Je l’ai pigé dans la « book jar virtuelle » (comprendre générateur de chiffre automatique sur le net)… et voilà.  Même que je vais vous en parler. 

C’est quoi, cette histoire?

Nous sommes donc en Allemagne, dans les années 70.  Katharina Blum est une jeune femme sans histoire, jusqu’à ce qu’un jour, elle soit questionnée par la police au sujet d’un homme mystérieux avec qui elle semble avoir des liens. C’est donc sous la forme de résumé d’interrogatoires que se présente cette histoire car nous savons, dès le début, que le tout va se finir par le meurtre d’un journaliste et que Katharina se rendra elle-même aux autorités…

Et moi, j’en pense quoi?

Ce roman doit être lu avec en tête le contexte et l’époque de sa publication. Ce sont les années 70 et le thème principal, les dérives journalistiques (notamment celles du journal BILD), était (du moins, je l’imagine), plus nouveau et moins connu. Parce que c’est surtout de ça dont il est question.  Comment une telle histoire a pu prendre de telles proportions? Comment des propos ont-ils pu être déformés à ce point? Comment, au nom de la liberté journalistique, peut-on briser la réputation et la vie en jouant volontairement avec les faits et la réalité? Ce roman m’a fait enrager à de nombreuses occasions. Les conventions et la « morale » était différente et les jugements portés sur la femme,  parce que, justement, elle est une femme, nous font enrager encore aujourd’hui.  D’autant plus que cet aspect est loin d’être « passé date », avec le grand n’importe quoi partisan auquel nous sommes exposés partout. 

Le format du texte – des faits rapportés, purement et simplement, avec parfois quelques questionnements – contraste avec les articles journalistiques à sensation dont il est question dans le récit. C’est selon moi ce qui fait l’intérêt de ce court roman, bien davantage que les questionnements qu’il suscite sur l’amour et les décisions (pas toujours judicieuses) qu’il nous incite à prendre. Katharina est dépeinte comme une femme forte malgré tout et le questionnement sur les enquêtes policières est également soulevé. 

Pour le lecteur actuel, qui en a lu d’autres sur ce thème, ça  peut sembler bien peu. On a vu pire, on a vu plus palpitant, plus sensationnel. Par contre, quant on s’attarde à la forme, c’est un roman dérangeant qui mérite d’être lu, même si ce n’a  pas été pour moi un page turner. Il m’a manqué quelque chose pour être complètement chamboulée. Il faut dire que cette réflexion, à l’aide de Trump et de ses semi-vérités et des fake news à gogo, est sacrément déjà amorcée chez moi. Toutefois, j’y repense encore, plusieurs jours après la fin de me lecture. C’est un signe, non?

D’autres en parlent…

Carolivre

Les frères Sisters – Patrick DeWitt

Le pourquoi du comment

Non mais comment on résiste à une telle couverture, hein?  Comment on fait?  Je la trouvais fabuleuse depuis des années, je n’en lisais que du bien et, en plus, c’est publié chez Alto, une maison d’édition dont j’apprécie les choix éditoriaux. Que demander de plus!

C’est quoi, cette histoire?

Dans ce western atypique et déjanté, nous rencontrons deux frères, Charlie et Eli Sisters, bien connus pour leur rapidité sur la gachette.  Ils sont cette fois engagés par le Commodore dans une mission qui les amènera au coeur de la Californie de l’époque de la ruée vers l’or.  Sauf que ça ne va pas être de tout repos et qu’ils vont croiser plusieurs personnages qui ne vont pas leur faciliter la tâche. 

Et moi, j’en pense quoi?

On va le dire tout de suite, les westerns, c’est pas mon truc. Ça ne m’intéresse pas une demi-miette et mes seules références dans le genre, ce sont Lucky Luke et la bande sonore de « Once upon a time in west ». Vous pouvez donc vous imaginer que si hommage il y a, si c’est truffé de petites allusions, je n’ai rien vu pantoute! En y repensant, ce choix de lecture était parfois douteux!  Pourtant, j’ai passé un bon moment, j’ai apprécié l’humour noir et l’écriture. Des fois, les réflexions d’Eli sont déconcertantes de candeur alors que, rappelons-nous, il exerce tout de même le charmant métier de tueur à gage et voleur de grand chemin. La relation entre les deux frères, très différents mais qui semblent s’aimer énormément malgré les apparences, est intéressante à découvrir et à suivre. Eli, le narrateur, réalise plusieurs choses pendant l’aventure et il évolue réellement. Et que dire de ses élans du coeur! On se surprend à rire de trucs vraiment horribles, en plus. 

Par contre, pour moi, c’est loin d’être le coup de coeur et la révélation que ça a été pour la plupart des gens. Il a reçu des avis super positifs alors que pour moi, on passe un bon moment, sans plus, avec des petits passages à vide. En effet, on en vient presque à oublier le but du voyage tellement les escarmouches sont fréquentes. Je me suis sentie dispersée et je ne savais plus trop où ça s’en allait. Certes, j’ai aimé la fin (je ne peux pas dire pourquoi), mais le personnage que j’ai préféré… c’est Tub le cheval. Ça peut vous donner une idée de l’attachement que j’ai eu pour les personnages principaux, surtout Charlie, le frère du narrateur, qui m’a semblé un total psychopathe.  

Ah oui… si quelqu’un peut me pister sur la signification du mec qui pleure… je lui serais éternellement reconnaissante!

Ceci dit, se plonger dans l’époque de la ruée vers l’or, avec tout ce que ça implique d’éphémère, d’impulsif et d’incongru  était quand même agréable.  Tiens, limite que je vais me taper quelques Lucky Luke. C’est plus à mon niveau. 

D’autres avis…

Kathel, Jules, Martine, toutes ont aimé!

Les grands espaces – Catherine Meurisse

J’aime généralement ce que fait Catherine Meurisse. Du coup, quand j’ai vu fleurir des billets et qu’on m’a proposé cette BD, je n’ai pas hésité… et voilà qu’au beau milieu de l’hiver, je vous parle d’une BD sur les plantes, la natures et l’art. Faut pas de poser de questions.

Catherine Meurisse a déménagé à la campagne à 7 ans. Ses parents avaient grandi entourés d’arbres et de nature et ils souhaitaient que leurs filles puissent vivre ça aussi. Les deux fillettes découvrent donc le pouvoir des vieilles pierres et des choses vivantes. Toutes les choses vivantes.

J’ai personnellement beaucoup apprécié cette BD dans laquelle il est question de retour aux sources, de vie au grand air avec une pointe de nostalgie. C’est un récit d’apprentissage et la jeune Catherine part à la découverte de ce qu’elle est et de ce qu’elle veut faire, le tout bercée par l’art et la littérature, qui permettent ces voyages extraordinaires, à travers le regard de quelqu’un d’autre. C’est poétique et imaginatif, rempli de clins d’oeil à des oeuvres célèbres, qu’elles soient de la peinture ou de la littérature.

C’est aussi le récit d’une éducation campagnarde, au sein d’une famille unie dont les valeurs sont reliées à la nature et à la simplicité. L’auteure en profite pour parler de la duplicité des politiques, de la monoculture et de l’agriculture industrielle. Pourtant, même si c’est présent, ce n’est pas non plus moralisateur et ça, pour moi, c’est un aspect très positif. Un récit agréable, des images très particulières, avec une jolie différence entre les paysages et les personnages… bref, ça m’a beaucoup plu!

C’est ma BD de la semaine… et tous les liens sont chez Stephie cette semaine!

La tresse – Laeticia Colombani

Ce roman a fait beaucoup parler de lui en 2017. Comme d’habitude, quand on entend trop parler d’un livre, moi, je ne le lis pas.  Du moins, pas tout de suite. J’ai donc attendu la fin de 2018 pour me plonger dans cette histoire, qui m’a finalement bien plu. Ça n’a pas été le méga coup de coeur du siècle, mais j’ai passé un bon moment de lecture accessible et agréable, malgré quelques clichés.

 

Nous suivrons donc trois femmes, sur trois continents. Smita, en Inde, est une intouchable. Giulia, en Italie, travaille dans l’atelier de son père. Sarah est avocate à Montréal. Toutes trois vont décider de ne pas accepter leur destin et vont prendre les choses en main. Et bien entendu, ça ne s’appelle pas « La tresse » pour rien… mais je vous laisse découvrir.

 

L’histoire de Smita est celle qui m’a le plus touchée. J’ai écouté il y a un moment un documentaire Netflix sur les intouchables, qui m’avait vraiment virée de bord. Bien entendu, j’avais braillé ma vie… mais j’ai oublié le titre. Sa volonté de voir sa fille échapper à son destin est belle à voir. Ce système des castes est terrible et cette histoire a le mérite d’ouvrir les yeux de plusieurs personnes à ce sujet.  Quant à Sarah, c’est une femme qu’on met un moment à apprécier mais son histoire fait froid dans le dos… et n’est pas si éloignée de la réalité de certaines entreprises.

 

C’est certes rempli de bons sentiments mais je l’ai lu au bon moment et j’ai apprécié le côté engagé et féministe du roman.  En effet, rien est acquis quand il est question de condition féminine, et ce peu importe sur quel continent nous nous trouvons.

 

Aller à la barre d’outils