Swimming Pool – Sarah Crossan

Le comment du pourquoi

Je cherchais un ouvrage pour la catégorie « poésie » pour le challenge de l’été de Booktube Québec. J’ai donc choisi ce roman en vers, vu qu’on ne peut pas faire plus « estival », n’est-ce pas?

De quoi ça parle

Kasienka, 11 ans, vient de Pologne, pays qu’elle n’aurait jamais voulu quitter. Mais elle a dû suivre sa mère en Angleterre, qui veut retrouver son mari. Elle parle mal anglais, ne connaît pas les codes, et est aussi la cible des moqueries. Le soir, elle parcourt les rues de la ville avec sa mère pour trouver son père, qui est parti sans laisser de traces, à part le nom de la ville. Le seul moment où elle se sent mieux, c’est dans la piscine, quand elle nage.

Mon avis

C’est avec ce roman en vers libre que je découvre Sarah Crossan. Il est destiné à la jeunesse et traite de l’immigration ainsi que des difficultés d’intégration de ces jeunes qui ont parfois à grandir trop vite. Kasienka a suivi sa mère. Elles vivent dans une chambre de bonne, dans un pays inconnu, et la jeune fille de 13 ans est placée avec les enfants de 11 ans, où elle en se sent pas à sa place. Sa mère est désemparée, triste, elle est partie de Pologne avec rien, et Kasienka s’en sent responsable, d’une certaine façon, même si la vie quotidienne n’est pas toujours facile.

J’ai beaucoup aimé la plume et les vers libres se prêtent très bien à cette histoire. La jeune fille est très touchante, trop mûre pour son âge mais en même temps terriblement naïve face à la vie quotidienne du collège. Ce qu’elle vit au quotidien à l’école, le harcèlement ordinaire, la relation avec sa mère, pleine de hauts et de bas, le tout est traité de façon très sobre, avec peu de mots. On a parfois le goût de secouer certains personnages mais le fait de voir Kasienka rencontrer des gens bienveillants, de s’épanouir dans la piscine et de la voir s’éveiller aux premiers sentiments amoureux fait plaisir à voir.

Certes, certains sujets peuvent sembler effleurés, mais étant donné le public cible, ça a très bien passé pour moi. C’est court, percutant, ça peut ouvrir la discussion et la voix de la jeune fille est très touchante. Comme j’ai lu partout que ce roman est celui de l’autrice que les gens ont le moins préféré, je suis maintenant fort curieuse de lire les autres!

The Vanishing Half (L’autre moitié de soi) – Brit Bennett

Le comment du pourquoi

J’ai vu ce roman sur la chaîne d’une booktubeuse noire américaine (je précise parce qu’elle est mieux placée que moi pour le recommander) qui faisait des recommandations. Ça m’a tout de suite interpellée car elle parlait de colorisme et de white passing, sujets que je ne connais pratiquement pas. Il ne m’en fallait pas plus pour le lire. Et… quel roman.

Mon avis… et je vous explique de quoi ça parle dedans.

L’histoire commence en Louisianne, à Mallard. Ce village a été fondé par un homme noir à peau claire, qui voulait vivre avec des gens « comme lui ». Du coup, des générations plus tard, dans les années 50, Mallard est un village « coloré », mais quand on y passe, on ne dirait pas. La clarté de la peau est valorisée et moins on a « l’air » noir, mieux c’est. Déjà là, ça fait réagir, non? En grande inculte de la question, j’ai été soufflée de voir ça. « Dark » est une insulte à Mallard.

Dans ce village grandissent deux jumelles inséparables, Desiree et Stella, très belles, très claires de peau. Un jour, elles vont disparaître. Quelques années plus tard, Desiree revient avec une fillette à la peau très sombres, presque bleutée… et Stella est devenue blanche. Quelque part, on ne sait où.

C’est un roman qui nous raconte Desiree et Stella, certes, mais aussi leurs filles, qui ont grandi dans deux univers contraires. Jude, la fille de Desiree, a eu une enfance pas facile en raison de sa couleur de peau et Kennedy n’a aucune idée de son héritage noir. Nous verrons donc ces familles sur deux générations et nous pourrons observer comment leur identité, ou le déni de leur identité a influencé leur vie. Desiree et Stella m’ont toute les deux beaucoup touchée, ayant toutes deux perdu une partie d’elles-mêmes, par choix ou non. Stella est riche et oisive, mais elle joue un rôle perpétuel, ment sans cesse et a dû tout laisser derrière elle. Desiree est à la recherche de sa soeur et prisonnière de la ville qu’elle voulait tant quitter. Quant aux jeunes filles, leur quête d’indentité et leur volonté de se trouver elles-mêmes est hyper touchant.

C’est un roman poignant, avec des personnages attachants dans leur souffrance. J’ai eu les larmes aux yeux à plusieurs occasions et la construction qui nous balade à travers trois décennies m’a énormément plu. Ça parle de famille, de secrets, mais aussi de racisme et d’opportunités à travers les années. Le fait de « devenir blanche » ne m’aurait jamais effleurée, jusqu’à ce que je comprenne ce que ça signifiait à l’époque. Les opportunités, la façon dont la société les traitait… Et juste ça, c’est terrible. Un roman qui ouvre les yeux, très bien écrit et qui démontre très bien et à répétition que, peu importe leurs choix, les personnes noires dans les années 60 n’avaient pas les mêmes chances.

Un excellent livre, et je lirai le premier roman de l’autrice, c’est certain. À lire! Il il paraît le 19 août aux éditions Autrement!

La petite Russie – Francis Desharnais

Le comment du pourquoi

Parce que le titre m’intriguait… et que je me demandais bien ce que les épinettes faisaient dans la Petite Russie, à Paris… le tout écrit par un québécois!

De quoi ça parle

Comme vous pouvez vous l’imaginer, ça n’a rien à voir avec le quartier parisien du 13e! Cette BD illustre plutôt les colons de l’Abitibi, surtout ceux de Guyenne dans les années 40-50, une paroisse coopérative au nord d’Amos, où les décisions sont prises entre les colons et où l’entraide est omniprésente. Genre que de loin, ça peut ressembler au communisme. De là le nom de la BD.

Mon avis

J’ai été agréablement surprise par cette bande dessinée, non seulement quand j’ai découvert le thème, mais aussi par le côté hommage et par toute l’admiration qu’on sent de la part de l’auteur pour ces hommes et ses femmes qui sont partis au bout du monde pour avoir leur terre, ou du moins une vie meilleure. Le protagoniste principal est Marcel Desharnais. Lui, le bois, c’est pas son fort. Il veut cultiver la terre et avoir une famille, mais pour y arriver, il est prêt à bucher. La coopérative, il y croit. Donner la moitié de son salaire? Aucun problème. Il est convaincu que la force du nombre vaut le coup. Sa femme embarque dans l’aventure et à travers leur aventure, nous pourrons vivre l’histoire du à travers les années 40 à 60, avec tout ce que ça implique d’influence de monsieur le curé, de durs travaux, pas toujours bien récompensés. La vie est dure en Abitibi. Les colons sont à la merci des moustiques, du feu, des compagnies forestières, de la météo et des décisions du gouvernement qui ne tiennent que très peu compte de la réalité de ces hommes et de ces femmes.

Dans ce roman, il y a des hommes courageux, mais aussi des femmes fortes, qui tentent de faire entendre leur voix dans la communauté. On vit avec eux les hauts et les bas de leur quotidien en tant que famille, mais aussi de toute la communauté, aux prises avec des intérêts différents. Pas facile de vivre en coopérative sur le long terme. Les chemins se séparent parfois.

Cette BD m’a fait découvrir une réalité que je ne connaissais pas vraiment et dont je n’avais que vaguement entendu parler. L’Abitibi, c’est quand même loin de chez nous et si j’y suis déjà allée, j’avoue peut connaître son histoire.

Une très belle BD, toute en noir et blanc, avec un trait assez simple, qui m’a beaucoup plu. À découvrir!

Bilan mi-année… et Karine veut savoir!

Déjà la moitié de l’année 2020. Une bizarre, celle-là. Entre les mois où je n’ai pas lu du tout et d’autres où j’ai presque eu un rythme normal, c’est fort étrange, comme situation. En fait, la vie en général est fort étrange. Je n’ai jamais passé autant de temps chez moi, c’est le moins qu’on puisse dire. Et le problème quand on est longtemps à la maison, c’est qu’on voit TOUT ce qui ne va pas. Du coup, je me suis créé le besoin de changer des fenêtres d’un frigo, d’une télé moins grande que je pourrais enlever du salon (pour mettre plus de tableaux) et d’un divan. Je vous raconterai pas l’épopée de « je refais mon terrain »!! J’attends toujours que la ville vienne faire de quoi pour les arbres qu’ils ont à moitié arrachés… en janvier! Je me concentre donc sur mon rôle de maman-tomates en attendant!

J’ai donc lu normalement en janvier-février, et j’ai pratiquement arrêté en mars-avril, pour ne lire que de la BD et des mangas… j’ai repris avec de la fantasy parce que les romans dans notre monde me semblaient bien moins fous que ce qu’on était en train de vivre… et là, je suis dans un entre-deux.

J’ai fait un méga trip sur les univers de Mark Lawrence et Jean-Philippe Jaworski, je n’ai presque pas lu québécois et j’ai eu un regain d’intérêt pour les « livres qui se passent dans une école ». Bref, un début d’année bizarre.

Dans ce tag, vous pourrez connnaître:

  • Mon roman préféré à date.
  • Ma suite de série préférée.
  • Mon roman jeunesse préféré
  • Ma BD préférée.
  • Ma déception à date.
  • Ma plus grande surprise.
  • Le roman qui m’a fait du bien.
  • Le roman qui m’a fait pleurer.
  • Mon nouvel auteur préféré.
  • Le roman qui m’a donné du trouble… et quelques autres.

Ouais, j’avoue, je ne sais plus où j’ai fichu les questions! Shame on me. Mais ce tag a été repris par tout le monde sur Booktube et, spoiler, les liens vers mes billets au sujet de ces romans sont dans la barre d’info, si ça vous tente pas de tout écouter!

D’ici la fin de 2020, je n’ai aucune idée de ce que je vais lire. J’y vais vraiment au feeling… et selon les titres qui arrivent à la bibliothèque. Ma vie est fascinante!

Et tous, votre top et flop de ce début d’année 2020?

Ninth House – Alex Stern #1 – Leigh Bardugo

Le comment du pourquoi

C’est avec ce roman que je découvre la plume de Leigh Bardugo. J’avais au départ choisi de lire Six of Crows, mais j’ai tellement entendu de bien sur cette série que j’ai perdu l’envie de la lire. Je sais, je sais, il ne faut pas chercher à comprendre. Mais bon, on m’a dit les mots « Yale » et « sociétés secrètes ». Dites, comment on résiste à ça, hein?

De quoi ça parle

Alex Stern n’a pas eu une adolescence facile. Un jour, elle se retrouve sans trop s’en rendre compte dans une relation abusive, et nous savons très tôt qu’elle n’en est sortie qu’à la suite d’un drame. Elle n’a pas du tout le niveau mais se retrouve à Yale, recrutée par un mystérieux doyen pour faire partie de la société secrète Lethe, la fameuse 9th House, chargée de s’assurer que les huit sociétés secrètes majeures de l’université ne dépassent pas les bornes. Pourquoi elle? Car elle peut voir les fantômes. Les Gris, comme ils disent. Alex y voit sa chance. Non seulement elle peut fréquenter une grande université, mais pour une fois, on la croit et personne ne lui dit qu’elle est folle. Mais rapidement, son mentor, Darlington, n’est plus là pour la guider et elle va devoir faire face seule, sans connaître les codes.

Mon avis

Voici donc un roman que j’ai bien aimé, tout en sachant qu’il ne plaira pas à tout le monde. Il est très sombre, parfois glauque, le déroulement du roman est lent (parfois très lent) mais pour ma part, j’ai passé un bon moment avec ce roman, que j’ai dévoré en une journée, dès que j’ai eu un peu de temps. C’est à dire dès que ça a été le week end et que je ne me suis pas effondrée dans mon lit au retour du travail. J’avais fait une fixation sur Yale et ses sociétés secrètes après avoir vu Gilmore Girls. Du coup, j’ai tout de suite adhéré, ne serait-ce que pour ça. Et l’idée d’une fille « comme ça », qui ne vient pas des beaux milieux, qui se retrouve en plein milieu d’une bande de privilégiés qui ne s’en rendent même pas compte, ça me plait terriblement. Cette atmosphère est hyper bien réussie, nous sommes toujours à la frontière entre le réel et l’imaginaire, et même si certaines scènes sont… comment dire… un peu-beaucoup gore, avec moi, ça a passé. Il y a certes beaucoup d’événements très dérangeants, mais au pire, on les lit vite!. Du moins, c’est ce que moi je fais, parce que sincèrement, dans ce cas-ci, on aurait pu se passer de quelques détails.

Alex, notre héroïne, ne vient clairement pas du même milieu que les autres. Elle ne maîtrise pas les codes, mais elle en a vu d’autres. Le roman fait un aller-retour passé-présent entre l’automne, où la jeune fille fait son apprentissage en tant que membre de Lethe en compagnie de Darlington, son mentor, et l’hiver, où nous la retrouvons seule, à tenter de se dépêtrer dans ce monde qu’elle ne comprend pas vraiment, et qu’elle ne prend pas toujours aussi au sérieux qu’elle ne le devrait. C’est quand une jeune femme, une dealeuse, est retrouvée assassinée qu’elle décide de mener l’enquête, et d’entraîner là-dedans Turner, l’inspecteur de police et Dawes, l’Oculus de Lethe. Et un fantôme aussi. Ça donne une idée du genre d’enquête… et du fait que ça ne va pas se passer nécessairement comme prévu.

Sérieux, j’ai passé un bon moment. J’ai a-do-ré Darlington, « The Gentleman of Lethe ». On n’a jamais trop de gentlemen et celui-là est vraiment choupi, avec sa « mission » qu’il prend très au sérieux. J’aurais juste aimé qu’il soit davantage présent car Alex, il faut apprendre à l’aimer, disons. Oui, je sais, c’est un peu lent au début et ça déboule par la suite, on peut tout voir venir (anyway, j’aurais ma place dans une société secrète vu que je suis devin… et que je n’ai besoin d’aucun boyau pour ça… ceux qui ont lu comprendront) et certaines scènes ne sont pas « nécessaires ». Je sais tout ça mais je l’ai quand même dévoré. J’ai particulièrement apprécié la notion de privilège qui est abordée dans le roman, le fait que certains peuvent s’en permettre plus que d’autres et que certains trouveront toujours une bonne raison pour expliquer pourquoi certaines femmes sont traitées comme elles le sont. On explore aussi le stress post traumatique, et j’espère que ça va se poursuivre dans le prochain tome. Les réactions d’Alex ne sont pas toujours logiques, mais nous pouvons comprendre petit à petit pourquoi elle agit de cette façon. Et ça c’est bien.

Une intrigue certes longue à démarrer, mais une chose est certaine, je veux lire la suite. J’aime bien la plume , ce qui ne nuit pas et, peut-être que je lirai Six of Crows, pour finir!

Camp – Rosen A.C.

Le pourquoi du comment

J’ai reçu ce roman juste un peu avant sa sortie et je l’ai sorti de la pile pour le challenge de l’été de Booktube Québec : lire un roman jeunesse /YA qui a un lien avec l’été. En plus, plusieurs personnes le lisaient. Du coup, je l’ai sorti. Et bon, on ne peut résister à un badge de camp en paillettes!

De quoi ça parle

Randall Kapplehoff a 16 ans et, pour la 4e année, il arrive au Camp Outland, son safe space à lui, un camp d’été de 4 semaines pour les jeunes queer. Mais cette année, pour Randy (oups, pardon, pour Del), c’est un extreme makeover car lui, le mec de théâtre, adepte de danse, de vernis à ongles et de licornes à paillettes, est follement amoureux de Hudson et ce depuis 4 ans. Le même Hudson dont les relations ne dépassent jamais 2 semaines et qui ne craque que pour des mecs « masculins » comme lui, ce que Randy n’est pas. Mais Del, oui! Del aime le sport, la nature, il est musclé et très « straight looking ». Donc, cet été, Del ne fera pas partie du musical annuel, mais ira plutôt à la conquête d’Hudson.

Mon avis

Entendons-nous tout de suite, je ne vais pas me poser en experte des problématiques vécues par la communauté LGBTQIA+. J’ai pas mal de copains qui en font partie, on en a discuté pas mal (avec une intensité directement proportionnelle au nombre de coupes de champagnes ingurgitées), mais si j’ai retrouvé certains des thèmes évoqués avec eux, ça ne représente pas leur vécu à eux (à noter: ils ne se connaissent pas nécessairement) et du coup, j’ai été prise de court au début du roman. En effet, eux dans le milieu gay, mes copains se sont toujours fait dire qu’ils n’étaient « pas assez ». Certains sont d’allure plus masculine, d’autres beaucoup moins, mais ils ont du mal à se faire accepter dans la communauté parce qu’ils ne fittent pas dans le moule. Du coup, le discours du début (qui est modulé par la suite, don’t worry), m’a un peu fait tiquer. Un mec gay ne peut pas être masculin sans jouer un rôle? Ben voyons! Le but, justement, ce n’est pas qu’il y a autant de façons d’être queer qu’il y a de personnes?

Bon, ceci dit, il paraît que c’est un vrai problème dans les communautés, ce fait qu’avoir l’air straight est « mieux » et du coup, je comprends pourquoi il est important d’en parler. De plus, le discours est modulé, à travers des conversations entre les jeunes. Ces conversations sont d’ailleurs ce que j’ai préféré dans le roman. Elles ont un côté très instructif, qui m’ont permis de mieux comprendre certaines réactions, mais ne semblent pas pour autant plaquées. Ça passe de façon hyper naturelle.

Mais bon… retournons au début. Le tout commence sur une idée que – avouons-le – plusieurs d’entre nous ont déjà eue : notre personnage principal veut se transformer en dreamboy pour son crush. Et ça, ça veut dire renier tout ce qu’il est et pas mal tout ce qu’aime. Cette année, il faut oublier la comédie musicale, les glitters et le vernis à ongles et faire du sport. Certes, il découvre que ça lui plait assez, mais ce n’est quand même pas sa passion. Ses amis, un peu étonnés de ce makeover extrême, tentent bien de lui dire que ce n’est peut-être pas l’idée du siècle, et que tout l’esprit du camp, c’est de pouvoir être lui-même, mais rien à faire, Del veut Hudson.

J’ai adoré l’amitié et la solidarité dans ce roman. Beaucoup plus ce que les relations amoureuses, qui constituent une grosse partie de l’intrigue. Vous savez, la romance et moi… J’ai aimé que les amis laissent Del faire ses propres expériences (et ses propres erreurs par le fait même), qu’ils le supportent malgré tout et qu’ils sont just fabulous (ouais, j’ai lu en anglais… j’ai du mal à rédiger mes billets en français ensuite). Il y a une réelle diversité de personnages queer, des situations complètement folles car Randy/Del doit cacher son identité (et réussit plus ou moins), et j’ai beaucoup aimé l’atmosphère camp de vacances, où tout est super intense et on ressent vraiment cette sensation de « bulle de bien être ».

Je ne suis pas la meilleure personne pour juger de la qualité des représentations queer mais je crois que ce roman peut sincèrement parler aux jeunes, qu’ils se questionnent ou non sur leur identité. Il y a un côté « sex positive » et plusieurs moments sweet. En tant que lectrice adulte qui ne trippe pas tant sur la romance, j’ai trouvé que cette partie de l’intrigue prenait pas mal de place et le reste m’intéressait davantage.

Un joli message de « Be yourself, no matter what they say » et sur le fait que les étiquettes ne nous définissent pas vraiment, qu’il y a davantage à une personne.

Et je serais vraiment contente de savoir ce que les gens de la communauté LGBT en penseront!

Les deux vies de Pénélope – Judith Vanistendael

Le comment du pourquoi

Je pense que je l’ai vu sur les blogs, dans nos mercredis… mais je ne sais plus où. Moi qui n’oubliais jamais ce genre de choses, on dirait que mon cerveau s’est mis à off!

De quoi ça parle

Après 4 mois à Alep en tant que médecin sans frontière, Pénélope revient chez elle et retrouve sa fille et son mari qui l’aime, mais elle se sent déchirée entre ses deux vies, ses deux univers.

Mon avis

Voici une très belle BD, très touchante, qui m’a énormément plu. J’ai été séduite autant par le graphisme à l’aquarelle que par l’histoire, belle et déchirante à la fois. Et dès le début, on sait que ça va faire mal, mais on est intrigué… et pour ma part, j’ai été happée.

Pénélope n’a rien de la femme d’Ulysse. Elle, elle part. Ceux qu l’attendent, ce sont son mari Otto et sa fille, Hélène, ainsi que toute sa famille. Si Otto et Hélène sont compréhensifs et tentent de la supporter dans ses fréquentes absences à la poursuite de ses ambitions et de ses rêves, c’est un peu plus compliqué pour sa famille, qui juge ses absence, son absence. Lors de cette visite, Hélène a 13 ans, elle vient d’avoir ses règles, et aurait bien besoin de sa mère, qui est là sans y être. C’est que dans son bagage, elle a ramené une jeune fille, une jeune fille qui n’a pas survécu à sa chirurgie.

On traite, par petites touches, de la relation mère-fille, du rôle de mère, d’épouse, de femme. de la difficulté de concilier ses deux vies tellement différentes. Elle semble aussi en choc post-traumatique (qui n’est jamais nommé), et ne réussit pas à vraiment revenir de Syrie. Elle est là sans l’être et est constamment déchirée entre ses deux rôles.

C’est une très belle BD, une parenthèse dans la vie de Pénélope… et un récit qui ne peut que bouleverser.

La mariée de corail – Roxanne Bouchard

Le comment du pourquoi

Parce que j’avais eu un coup de coeur de la mort qui tue pour « Nous étions le sel de la mer » de la même autrice, et que ce roman en est la suite. Il me le FALLAIT.

De quoi ça parle

Nous sommes toujours en Gaspésie, cette fois avec l’inspecteur Joaquin Morales, arrivé depuis peu de Longueuil dans ce petit monde au goût de sel et aux accents de vérité. Nous l’avions déjà rencontré dans « Nous étions le sel de la mer », alors qu’il enquêtait sur la mort de Marie et cette fois, il est appelé près de Gaspé pour enquêter sur la disparition d’Angel Roberts, pêcheuse de homards qui semble évaporée en mer. Il hésite un peu car Sébastien, son fils, vient de débarquer avec des casseroles pour tout bagage, mais va y aller parce que bon, cette femme est aussi la fille de quelqu’un.

Mon avis

Roxanne Bouchard prouve encore une fois qu’un polar poétique, ça existe, et que c’est drôlement bien. Contrairement au premier tome, dans cette seconde enquête, l’inspecteur Morales est le personnage principal et c’est lui que nous suivrons presque tout au long du roman. Il est dans une impasse avec son épouse Sarah et son fils est aussi clairement en plein coeur d’une crise conjugale.

Nous sommes dans la Baie de Gaspé, encore une fois près de la mer, dont les vagues rythment le récit. On sent presque le vent sur nos visages ainsi que l’odeur prégnante du sel et du varech. Le récit nous amène sur les traces d’une autre femme plus grande que nature, qui a toujours foncé pour faire sa place dans un métier d’hommes qui ne lui ont pas toujours rendu les choses faciles. Loin de là. Une femme capitaine de homardier, imaginez.

Autour d’eux gravitent de nouveaux personnages (et un ancien, Cyrille, marin en fin de course… quel plaisir de le retrouver), qui ne rendront pas l’enquête facile pour Morales. Il ne connaît pas les gens, les histoires de familles, ni même le fonctionnement de ce petit univers gaspésien somme toute fermé, presque désert une fois que les touristes sont partis.

Les personnages, leur langage oral, très imagé, donnent énormément de saveur à cette enquête. C’est aussi une magnifique ode à la Gaspésie, ses paysages et ses habitants. Suivre l’enquêteur est très intéressant, certes pour découvrir ce qui est arrivé, mais surtout QUI sont ces gens. Ce n’est pas le genre de polar qui nous fait tomber sur le derrière avec ses révélations. L’intérêt est ailleurs selon moi. Qui étaient vraiment Angel, ses frères, son mari, ses amis? Une touche d’humour, une plume qui va droit à mon petit coeur et si je n’ai pas eu le coup de coeur incroyable du premier tome (la voix de Catherine m’avait transportée), j’ai été touchée par les images et j’ai adoré ma lecture… et j’espère pouvoir retourner dans cette Gaspésie magnifique et magnifiée par le regard de l’autrice.

J’adore!

Acouphènes : les reconnaître et les oublier – Sylvie Hébert

Le comment du pourquoi

Ici, nette intrusion de mon boulot et de mon domaine d’études sur le blog! Je l’ai dit assez souvent, je suis orthophoniste et « dans mon temps », on avait un tronc commun « orthophonie-et-audiologie ». Du coup, j’ai quand même pas mal de notions de base en audio et un ouvrage sur le acouphènes, ça m’intrigue. Of course. On ne se refait pas!

De quoi ça parle

Les acouphènes, vous savez ce que c’est? Vous savez, ces bruits souvent gossants qu’on a parfois dans les oreilles sans qu’on sache d’où ils viennent? Ben c’est ça. Et quand ça n’arrête jamais, ça peut pourrir la vie. Ce livre est destiné aux personnes qui en souffrent, mais aussi à l’entourage, pour qu’ils puissent comprendre.

Mon avis

Entendons-nous, Sylvie Hébert a déjà été ma prof (ou chargée de cours… je ne sais plus) et elle est hyper au fait de toutes les nouvelles percées scientifiques et des nouvelles recherches. Du coup, ici, aucun doute à avoir sur la crédibilité à apporter aux propos. Tout est « backé » à la fois par la rechercher par l’expérience clinique. Et de nos jours, disons que ça compte double!

Est-ce accessible? Je dirais que les différentes parties s’adressent à différentes personnes. Certaines pages « roses » sont simplifiées, résumées, et seront particulièrement utiles pour les usagers (ma grande amie est audiologiste en réadaptation… du coup, vous pouvez vous imaginer que ce livre lui est passé entre les mains) qui veulent connaître les grandes lignes par rapport à leurs acouphènes. C’est accessible pour tous mais exact scientifiquement. Ce qui est top.

Par contre, si on veut aller plus loin et vraiment comprendre les mécanismes qui sous-tendent les acouphènes, il y a de quoi faire avec ce livre. On nous explique comment on entend, d’où viennent les acouphènes, d’où ils ne viennent pas (et pourquoi), à quoi ça peut être lié (ou pas). On aborde ensuite les différents traitements, incluant les thérapies incluant le son et la réaction et leur efficacité, telle que démontrée par la recherche. Si l’audiologiste est au coeur du traitement, l’autrice ne néglige pas non plus les autres professionnels (médecin, physio, pharmacien, etc.) qui peuvent participer au traitement et au diagnostic. De plus, quand on ne sait pas, on ne sait pas, et c’est mentionné. Et ça, ça me plait beaucoup.

J’aurais juste aimé un peu d’information sur les traitements moins traditionnels car les clients posent souvent, souvent la question (en particulier l’acupuncture), ne serait-ce que pour nous dire ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas, et diriger les gens. Mais à part ça, je trouve l’ouvrage très complet, très facile à lire, et je conseille!

Bordeterre – Julia Thévenot

Le comment du pourquoi

Je pense que j’avais vu ce roman chez Steph de Pikiti, sur Booktube. En fait, j’avais lu que l’un des personnages principaux n’était pas neurotypique. Du coup, comment je résiste, moi? Un roman fantasy avec un héros présentant probablement un TSA (ce n’est pas nommé… mais bon), il fallait que je le lise.

De quoi ça parle

Inès, 12 ans, et Tristan, 16 ans, sont frères et soeurs. Inès est assez rentre dedans et, depuis toujours, défend son grand frère Tristan qui n’aime pas regarder dans les yeux, n’aime pas être touché et a du mal avec les relations sociales. Il a besoin de ses routines, de ses repères et aime faire des mots croisés dans sa tête. Un jour, alors qu’ils sont au camping, ils voient au loin un château… et leur chien disparaître. Ils vont le suivre et se retrouvés soudainement ailleurs, à Bordeterre, où ils seront accueillis par un Gardien… étrange et où il se révèlent être transparents. Débordés de première génération. Des moins que rien, quoi.

À Bordeterre règne une ambiance très particulière et surtout une politique un peu immonde, où les riches ont tous les droits et où un Gouverneur sinistre fait régner la terreur. Une fois débordés, impossible de revenir et rapidement, ils oublient leur ancienne vie. Séparés, Tristan et Inès vont être entraînés dans des troubles politiques intenses et surtout, chercher à ne pas s’oublier mutuellement, dans un monde où la magie passe par la chanson.

Mon avis

N’y allons pas par quatre chemins, j’ai beaucoup aimé ce roman fantasy jeunesse/young adult, qui nous entraîne dans une révolution menée par des jeunes, rien de moins. Je ne suis pas aussi over the top que Pikiti, pour qui ça a été un réel coup de coeur de la mort qui tue, mais somme toute, on embarque hyper facilement dans ce monde étrange dont on ne sait presque rien. Nous ne suivons pas uniquement la fratrie mais nous rencontrons aussi une tripotée de personnages provenant de différents environnements de Bordeterre: Alma, jeune révolutionnaire qui sort de prison, Philadelphe, capitaine de la garde amateur de poésie, Aïssa, femme de chambre du dit Philadelphe, toute une Chorale d’orphelins qui n’ont rien, des Cordiste (je vous laisse découvrir) et des nobles plus ou moins sympathiques. Nous avons donc différents points de vue sur cet univers où les plus récents arrivants sont les esclaves des anciennes familles. Et comme Tristan et Inès ont rapidement des destins très différents, on peut appréhender les deux côtés de la médaille, ce qui est chouette.

C’est un roman qui met un moment à s’installer mais une fois dedans, c’est rempli d’action, de rébellion et d’aventures entre Bordeterre, le Plan Zéro, le château, Bordetôle et les grottes des rebelles. J’ai apprécié l’esprit révolutionnaire et surtout la place de la musique et la poésie dans l’histoire. Un peu partout sont disséminés des paroles de chansons et des vers de grands poètes… et vous pouvez vous imaginer que ça m’a plu. Plus que plu. La plume est assez exigente (genre, ce n’est pas pour les enfants de 8 ans… et à bien y penser, certains des thèmes ne sont pas non plus pour des enfants de 8 ans!) mais très belle et agréable. Je sens que c’est une autrice que je vais suivre.

Mon bémol à moi est à propos du personnage de Tristan, qui démarrait bien pour un personnage non-neurotypique. Pourtant, après son arrivée à Bordeterre, alors qu’il gagne confiance, il y a un peu un petit miracle… Disparu le bégaiement… et presque disparu l’autisme. Bon, on peut pardonner car il est passé dans un autre plan, mais j’aurais aimé qu’il soit « quelqu’un d’important » en gardant ses caractéristiques. Bref, ça m’a agacée.

Un récit très dense, dans un univers que j’aimerais découvrir davantage (un tome 2 serait très appréciable, même si ce livre se suffit à lui-même), vu que quelques indices nous sont données, mais qu’elles auraient mérité d’être davantage exploitées, notamment en ce qui concerne la mythologie et l’histoire de Borderre. C’est complet, il y a de la diversité, beaucoup d’action, il n’y a pas trop de descriptions mais l’autrice réussit à nous transporter dans son univers… et j’ai passé un très bon moment.

À découvrir donc! Je conseillerai, je le sens!

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