Deacon King Kong – James McBride

Dernière lecture pour le Prix des libraires du Québec, probablement l’une de celles que je n’aurais jamais tentée de moi-même. On dirait que Gallmeister me fait peur. Je m’imagine toujours du nature writing (et je ne suis pas très nature writing, comme vous le savez) et ici, ce n’est pas du tout le cas. J’aurais manqué quelque chose, je pense, parce que j’ai beaucoup aimé.

De quoi ça parle

Dans une cité de Brooklyn, entre buildings et les docks, le vieux Sportscoat, un diacre alcoolique qui parle quotidiennement à sa femme décédée depuis quelques années, tire sur Deems, le plus gros dealer du coin, en plein jour. Il y a de nombreux témoins sauf que lui, qui était rond comme une balle, ne s’en souvient plus du tout. Nous sommes dans les années 60 et le quartier est petit à petit envahi par la drogue qui a des effets assez dévastateurs.

Cet événement va déclencher une enquête, certes, et ce sera l’occasion pour l’auteur de dresser le portrait de toute une galerie de personnages dans une communauté tissée serrée malgré tout.

Mon avis

Avouons-le d’emblée, j’ai mis un bon moment avant de réussir à rentrer dans ce roman. En effet, l’auteur prend le temps de nous dresser le portrait de cette communauté, principalement noire (mais les italiens ne sont pas loin) qui vit avec les moyens du bord, et qui est tissée plus serrée qu’il ne le semble au premier abord. Il y a pas mal de personnages, pas mal de tenants et aboutissants et pendant une bonne partie de la mise en place, je me demandais vraiment où ça s’en allait, surtout que l’événement déclencheur, le fait que Sportscoat tire sur le jeune dealer, anciennement un joueur de baseball prometteur, avait déjà eu lieu depuis un moment.

Cette phrase est interminablement interminable. Je sais.

Puis, petit à petit, je me suis attachée à tous ces personnages fantasques et à cette communauté haute en couleurs. Mine de rien, il y a énormément d’humour dans tout ça, même si le contexte n’est pas facile. En effet, c’est l’époque où arrive la drogue et les dealers dans les quartiers pauvres de Brooklyn et plusieurs membres de la communauté voient ça d’un fort mauvais oeil. Comme s’ils avaient besoin de ça, et ce n’est pas comme s’ils pouvaient y faire quelque chose. Sportscoat a frôlé la mort plusieurs fois, tout lui est arrivé, et là, entendons-nous, le jeune dealer et ses fournisseurs ne sont pas ravis.

Ajoutons à tout ça une mystérieuse livraison de fromage hebdomadaire, un mystérieux paquet disparu il y a longtemps et tous ces personnages démontreront dans tout ça une grande solidarité et beaucoup de tolérance. Il y a également un représentation poignante de la solitude et d’une communauté qui sent que leur monde lui échappe. Il y a certes une bonne composante de foi et de religion, qui faisaient partie intégrante des communautés de l’époque (habituellement, c’est ça ne passe pour moi que quand c’est dans un cadre historique, bizarrement, mais ici, ça a vraiment bien passé, même que ça ajoute au récit). C’est très bien écrit, pas lourd du tout, après un départ où il faut s’accrocher un peu.

Bref, une très agréable surprise et une très belle découverte. Je relirai l’auteur.

Les ombres blanches – Dominique Fortier

Je vous ai parlé, il y a un moment déjà, de « Les villes de papier » de la même autrice. En fait, je vous ai parlé de pas mal tous les romans de Dominique Fortier. Entre elle et moi, ça passe à chaque fois. Il y a un je-ne-sais-quoi qui me parle et m’attire toujours et dès que j’ouvre l’un de ses romans, je passe un excellent moment hors du temps. Et c’est encore une fois ce qui est arrivé cette fois.

De quoi ça parle

Dans Les villes de papier, nous rencontrions Emily Dickinson, la fameuse Dame en blanc, célèbre poétesse américaine. Dans ce roman, nous suivrons plutôt quatre filles/femmes qui ont connu Mademoiselle Emily. Sa soeur Lavinia, Susan, la femme de son frère, Mabel, la maîtresse du même frère et Millicent, la fille de Mabel vont toutes à leur façon contribuer à éditer le recueil de poèmes d’Emily, poèmes retrouvés dans un tiroir.

Mon avis

J’ai été assez claire dans l’introduction, c’est encore une fois un coup de coeur que ce roman. J’ai passé un moment exquis avec ce roman, profitant de chaque page. Cette plume, cette plume! Il y a une vraie poésie, un vrai souffle et les incursion au « je » dans le texte sont toujours pertinentes, toujours en lien avec le propos du livre.

Dans ce roman, qui reprend où le précédent nous a laissés. Dans les papiers de sa soeur, Lavinia retrouve des bribes de poèmes qu’elle décide de faire éditer. C’est à travers ce processus que nous pourrons rencontrer, à la lumière de cette Mademoiselle Emily disparue, les quatres personnages féminins principaux. Chacune d’entre elle est touchante à sa manière, même si j’avoue avoir un faible pour la jeune Millicent, un peu laissée à elle-même, qui vénère Emily Dickinson. Elle est extrêmement touchante. Toutefois, chaque femme se révèle à travers cette quête et nous pouvons nous identifier à chacune d’entre elles, par moments. C’est beau, sensible mais aussi extrêmement pudique et délicat. Tout le processus d’édition à l’époque est extrêmement intéressant et parfois frustrant. Très bien construit.

Une totale réussite pour moi. Vous savez, quand vous vous dites que chaque seconde passée dans ce roman était délectable? Ben voilà. Quand on se laisse porter par les mots, par la poésie, on passe un excellent moment.

Et d’un seul bras, la soeur balaie sa maison- Cherie Jones

Avec un tel titre, jamais je n’aurais lu ce roman. Balayer la maison, c’est rébarbatif pour moi. Bon, avouons-le, ça n’a aucun espèce de lien avec le ménage par contre. Toujours est-il qu’il était nominé pour le prix des libraires du Québec en catégorie hors-Québec alors, je l’ai lu. Ben c’est ça!

De quoi ça parle

À la Barbade, de nos jours, coexistent les riches étrangers qui viennent pour de longues vacances et les locaux, pauvres et à la merci des caïds. Lala est très jeune et enceinte mais malheureusement dominée par son mari, un petit criminel très violent. Quand un cambriolage tourne mal et qu’un homme blanc meurt, les événements vont se précipiter pour la jeune femme.

Mon avis

Vous savez, parfois, vous comprenez parfaitement pourquoi un roman est sélectionné pour un prix par sa force et sa portée mais vous vous dites en même temps qu’il n’a pas été écrit pour vous? C’est tout à fait ce qui m’est arrivé avec ce roman. Je ne connais rien de l’histoire de la Barbade ni au contexte social du coup, c’était à la fois trop et pas assez. Trop peu de contexte (pour l’ignorante que je suis) et trop de violence et de sexisme pour que je réussisse à avoir un réel plaisir de lecture. Est-ce grave, un roman « pas pour moi »? Non, pas du tout. Les différentes réalités des gens (notamment les communautés racisées) non occidentaux ne sont pas souvent montrées en littérature et ne serait-ce que pour ça, ce roman est important. Mais j’ai eu du mal. Trop de propos dégueulasses envers les femmes, trop de mots horribles, trop de violence gratuite et de mépris. J’ai dû le refermer à plusieurs reprises parce que c’était too much. Le personnage d’Adan (le mari de Lala) est tellement « petit » mais tellement à baffer! Il se croit tout permis et ce qu’il fait subir à sa femme qu’il considère comme sa chose… arghhh! Je n’en pouvais plus

Ceci dit, il y a une réelle réflexion sur les relations intergénérationnelles et sur l’héritage traumatique du passé. La grand-mère de Lala (qui devient donc arrière grand-mère) n’a que 44 ans mais les relations difficiles entre les deux femmes sont extrêmement tristes car nous sentons que les difficultés découlent des douleurs passées. Comment briser ce cercle? Lala va-t-elle réussir, tout en faisant des tresses et en s’occupant de son nouveau-né? Et son ami d’enfance dans tout ça, celui qui en a aussi bavé? Va-t-il réussir à tenir tête à Adan?

En parallèle, une autre vie de femme qui s’effondre, celle de la veuve de l’homme qu’Adan a tué. Blanche, favorisée, elle tente de se sortir du tourbillon d’horreur et de culpabilité qui lui est tombé dessus alors qu’elle était la deuxième femme, pas la mère des enfants qui les accompagnaient et qui ont tout entendu.

Une plume acérée, un roman que je n’oublierai pas mais côté plaisir de lecture, ce n’était pas vraiment ça. Trop loin de moi, trop dur… mais si ça vous parle, tentez le coup et vous me direz.

Bouées – Dérives identitaires, amours imaginaires et détours capillaires – Catherine Lepage

Cette BD était dans les favoris de Daphné, de la chaîne signé Daphné. J’ai encore en tête de faire une vidéo-vlog « favoris des booktubers » alors j’ai même filmé 2-3 clips. Non mais ne suis-je pas vaillante!

De quoi ça parle

Dans cette autobiographie illustrée, Catherine est une jeune ado dans les années 80. Bonne élève, elle entre au secondaire pleine de confiance accompagnée de amie Judith. Toutefois, avec une école pleine de heavy metal, la prep qu’elle est ne se sent pas toujours à sa place. Nous la suivrons donc dans ses années d’adolescence, alors qu’elle tente de définir qui elle est, ce qu’elle aime (y compris sa coupe de cheveux), et de trouver le grand amour.

Mon avis

Si ça n’avait pas été de Daphné, jamais je n’aurais lu cette BD. C’est que, voyez-vous, les dessins en rose fluo et vert menthe ne m’auraient certes pas attirée. Ni le style de dessin d’ailleurs. Après lecture, je dois admettre que ce type de graphisme ne fait toujours pas partie de mes favoris mais il n’a pas nui à ma lecture et j’ai apprécié les nombreux détails en arrière-plan qui recréent à merveille les décors des années 80. Il faut dire que l’autrice a à peu près mon mon âge… et que nos références sont pas mal les mêmes!

L’histoire, par contre, j’ai adoré. C’est un portrait tellement juste de cette période charnière qu’est l’adolescence, quand on veut tellement « fitter » mais qu’on n’y arrive vraiment jamais tout à fait. Catherine ne sait pas qui elle est et empruntera donc les passions des autres, le look des autres, pour être « dans la gang », elle qu’on a traitée de « p’tite crisse de bolle » en secondaire 1. Elle ne se définit que par le regard et les attentes des autres et on sent que même si elle fait des efforts, ça reste un work in progress! Tout au long de l’ouvrage, on ressent une grande vulnérabilité, même quand elle tente d’être une vraie dure heavy metal!

J’ai aussi vraiment souri aux amours imaginaires, fantasmées et impossibles de Catherine. Il faut savoir que quand j’étais ado, je ne tombais pas facilement amoureuse (ouais… ça n’a pas ben ben changé). Donc, pour faire comme tout le monde, je « décidais » d’avoir un kick sur un gars. Plus c’était impossible, mieux c’était. Ça se faisait très consciemment. Et le pire, c’est que je finissais par me croire moi-même! L’histoire racontée ici est bien différente mais je me suis vue marquer le calendrier pour « the » rencontre qui arrivait une fois aux 6 mois! Bref, j’ai trouvé cette ado très touchante.

J’ai beaucoup aimé la fin ouverte mais je ne serais pas contre un tome 2. Juste pour savoir ce qu’elle aime, Catherine, finalement! Une réussite donc! Merci Daphné.

And the rest is History – Chroniques de St-Mary – 8 – Jody Taylor

Le comment du pourquoi

Passer un moment avec Max, l’héroïne de cette série, ça fait toujours du bien. Donc j’ai pris le tome 8. Sachant que je n’ai pas les tomes suivants sous la main. Dur la vie!

De quoi ça parle – SPOILERS AHEAD sur les premiers tomes

Retour à St-Mary, institut où on étudie l’histoire en allant simplement y faire un tour. Idéalement sans rien démolir.

Si vous n’avez pas commencé la série, ne lisez pas ce qui suit parce que vous serez malheureusement spoilés. Soyez-en avertis! Donc, Max, Léo et le bébé vont bien. Malheureusement, Clive Ronan, le gros méchant de l’histoire, court toujours, et il n’est pas du tout content contre St-Mary, parce que la police du temps ont encore une fois débarqué avec leur délicatesse habituelle.

Mon avis

Cette série, c’est du bonbon. Cette fois, les escapades dans le passé sont un peu moins hilarantes et mouvementées que lors des derniers tomes, ce que j’ai regretté un peu. Toutefois, dans le présent… ouf! Disons que ça brasse! Genre, au quart du livre, on se dit « what »?? Et à la moitié WHAT?!?!

Les historiens se préparent donc à faire un trio de sauts dans le passé pour aller voir ce qui s’est vraiment passé avec Guillaume le Conquérant et Harold Godwinson, notamment à Hastings et à Bayeux. Sauf que la vie n’est pas facile à l’Institut étant donné que Clive Ronan s’en prend à la famille de Max et que tout le monde est perturbé. Ouais, c’est le moins qu’on puisse dire. Certaines scènes, surtout entre Max et son fils, font mal au coeur.

Bien sûr, on pourrait dire que certains schémas se répètent un peu, mais bon, paradoxe temporel un jour… Ici, on alterne entre des moments très tendus et tristes et d’autres complètement loufoques (une théière géante… really?). Malgré tout le côté tragique, il y a toujours beaucoup d’humour et de dérision. Et cette fin… cette fin!

Bref, j’aime toujours!

Le sanctuaire d’Emona – Alexandra Koszelyk

J’ai rencontré Alexandra Koszelyk il y a quoi… 14-15 ans, par le biais de nos blogues de lectures. Nous avons aussi partagé quelques soirées parisiennes bien arrosées au cours des années. J’ai aussi beaucoup aimé son roman « À crier dans les ruines », son premier roman. Bref, vous savez où je me situe!

De quoi ça parle

Séléné a été adoptée et garde comme seul souvenir de son passé une marque en forme de croissant de lune sur le poignet. Elle vit sa vie par procuration sur Instagram et sa vie va être bouleversée quand elle va partir avec son frère et Daria, sa copine, en Australie. Au départ, surprise, se joint à eux Irina, la petite soeur de Daria qui tire les tarots et fabrique des santons magiques.

Les jeunes filles n’ont rien en commun mais quand elles tomberont en panne en Slovénie, au milieu de nulle part, elles apprendront à se connaître et vont se retrouver prises dans un univers dont elles ne comprennent pas tous les rouages.

Mon avis

Je reste floue dans ma description car l’histoire et l’atmosphère prennent leur temps pour se mettre en place. Séléné est une jeune fille qui n’est pas bien dans sa peau et qui ne se sent pas à sa place dans sa famille adoptive. Elle est perdue, pas toujours agréable et entre Irina et elle, ce n’est pas l’amour au premier regard, même si ce n’est pas la guerre non plus. Elles ne sont plutôt froides l’une envers l’autre et ne se comprennent pas du tout. Toutefois, quand elle arriveront chez Milena, au fin fond de la forêt slovène et qu’elles se retrouvent seules avec leurs hôtes, elles n’auront pas le choix de s’ouvrir l’une à l’autre… surtout que cette forêt semble bien étrange.

Nous sommes donc dans un univers à la frontière entre rêve et réalité. Pour moi qui suis – très – synesthète, j’ai vu tout ce roman tout en vert, noir et ocre. Ici, rien de flamboyant mais beaucoup d’onirisme. C’est une histoire et un monde qui se dévoilent petit à petit, des personnages qui se construisent et que nous découvrons à travers des événements qui les dépassent. C’est hyper bien écrit, très poétique et j’ai préféré les dialogues de ce roman, qui m’ont semblé plus naturels que dans le précédent ouvrage de l’autrice que j’ai lu.

Un très bon moment de lecture, il m’a peut-être manqué un moment « wow » pour être complètement conquise mais je sais que ma co-lectrice (je le lisais en même temps qu’une amie non-blogueuse) a totalement ressenti le dit moment de grâce. J’ai aussi été un peu perplexe de voir avec quelle facilité Séléné sortait des réseaux sociaux qui étaient toute sa vie. Mais bon, c’est un détail, direz-vous!

Une belle histoire d’amitié et de découverte de soi. Beaucoup de mythes et de référence en arrière-plan (j’adore ce genre de trucs), un univers organique, très naturel, avec des mystères millénaires que j’ai hâte de découvrir davantage. À découvrir!

Madame Hayat – Ahmet Altan

Je continue dans la sélection du prix des libraires du Québec. Bon, au rythme où je publie mes billets, le prix va être fini depuis loooongtemps quand ils vont paraître mais croyez-moi, je les ai tous lus fin février/début mars. Ah oui en aparté, il a gagné le Fémina Étranger. Ça veut dire qu’il a plu, non?

De quoi ça parle

Nous sommes dans un pays qui ne sera jamais nommé mais qui ressemble un peu à la Turquie, pays de l’auteur. Il a d’ailleurs écrit ce roman en prison, si je ne m’abuse.  Fazil, le personnage principal, était riche mais ne l’est plu. En un claquement de doigts, il se retrouve désargenté, boursier et sans moyens. Pour se faire des sous, il sera figurant dans un spectacle d’effeuillage et c’est à cet endroit qu’il va croiser Madame Hayat, femme libre et fascinante. Il croisera aussi Sila, jeune femme de son âge qui se retrouve aussi en situation précaire. Un actionnaire de son père aurait fait un truc qui aurait déplu au gouvernement et Pouf! Disparue la fortune et la renommée. C’est à travers ces deux femmes qu’il va découvrir l’amour… mais pas que, le tout à travers un pays qui glisse dangereusement sur le totalitarisme. 

Mon avis

J’ai beaucoup lu sur la Turquie il y a quelques années, après avoir visité le pays. Du coup, voir les dérives d’un tel gouvernement m’a énormément touchée. Cet arrière-plan de changement social, la glissade vers la dictature et la répression sont très bien dépeints et notre personnage principal va devoir devenir un homme dans ce monde où il a perdu tous ses repères. Son ancre? La littérature. Et c’est à travers de nouvelles rencontres qu’il va devoir choisir quel adulte il sera. 

Autour de lui, les gens de sa pension. Certains sont militants et excentriques, d’autres ne feront que passer et au milieu d’eux, une fillette. Les relations qui se tissent lentement, la confiance qui se gagne petit à petit et dans une bulle dorée, à l’extérieur, il y a Madame Hayat. Je me suis questionnée à savoir s’il s’agissait de la version mature de la manic pixie dream girl mais si elle a certes une influence sur le personnage principal, elle a beaucoup plus de profondeur que ça. Elle incarne certes la vie, la liberté, mais elle a une vraie personnalité et se moque gentiment des lubie de Fazil. Elle sait une quantité phénoménale de choses, mais pas nécessairement le cursus scolaire habituel et, surtout, elle en a vu d’autres. En tant que lecteurs, nous n’en entrevoyons que des bribes mais ce sont justement ces petits morceaux volés qui vont qu’elle est une vraie personne et pas seulement un fantasme. 

J’avoue que mon départ a été un peu lent. J’adorais la plume mais je me demandais clairement où ça s’en allait. Le personnage principal n’était pas toujours évident à appréhender. Par contre, une fois dedans, j’étais dedans. Ça parle de découverte de l’amour, de perte de libertés, de choix déchirants et de littérature. Le contexte social fait froid dans le dos, la façon dont le pays va perdre pied est très réaliste. Une lecture à la fois dure et lumineuse et une plume que je veux absolument relire.  

Morgane – Kansara/Fert

J’ai encore une fois repéré cette BD dans nos rendez-vous du mercredi. J’ai été très intriguée par ce portrait de femme ni bonne ni méchante, cette Morgane féministe, réinventée par deux hommes. J’ai donc emprunté et comme les autres, j’ai été fascinée.

De quoi ça parle

Morgane est une princesse, élevée comme la future héritière du royaume. Privée de ce destin et manipulée par Merlin, elle fera tout pour assouvir sa vengeance.

Mon avis

Je ne vais pas être très originale, j’ai adoré cette BD. J’ai d’abord été charmée par le graphisme. D’abord dans les bleus et violets assez brillants, la colorisation se diversifie par la suite et le trait, assez géométrique, me plait énormément. Il y a de claires références à Klimt et c’est tout à fait le type de dessin qui me parle. Impossible de ne pas les fixer. Il contribue à créer l’atmosphère et à supporter la transformation d’une petite fille forte énergique en femme enragée et vengeresse.

J’ai lu nombre de réécritures des légendes arthuriennes et il n’est pas facile de se démarquer. Toutefois, ici, on s’éloigne clairement de l’histoire originale et nous avons droit à une version féministe certes, mais aussi à une femme qui a une vraie évolution, qui n’est pas toute d’une pièce et qui réagit aux violences sexistes qui lui sont faites en tentant de reprendre sa place, peu importe les moyens. C’est parfois drôle, souvent cruel et clairement destiné aux adultes. L’assombrissement du personnage est crédible, les sauts dans le temps servent le récit et son désir de vengeance sur Merlin, qui l’utilise comme une marionnette, est tangible.

Les personnages masculins, Arthur et les chevaliers, sont écorchés au passage et n’ont rien à voir avec les valeureux chevaliers des légendes. Sauf que bon, n’est-il pas un fait mondialement reconnu que l’Histoire est écrite par les vainqueurs?

Un récit prenant, rempli de magie, de trahisons et de mensonges.

J’ai adoré. Yep, je suis une fille comme ça!

Tous les billets chez Stephie cette semaine.

Lion in the Valley – Amelia Peabody #4 – Elizabeth Peters

Quand j’ai un petit down, je vais lire des tomes de mes séries chouchous. Vous savez, ces séries dont vous connaissez les personnages, les travers, mais qui passent toujours? C’est tout à fait ce que cette série est pour moi. Un petit bonbon qui me fait rire à chaque fois et on dirait que depuis que j’ai visité l’Egypte, j’aime encore davantage.

De quoi ça parle

Nous sommes au début de la nouvelle saison de fouilles en Egypte et Amelia Peabody débarque à nouveau au pays avec son homme Emerson et son je-sais-tout de fils Ramsès, du haut de ses 8 ans. La dernière saison a été mouvementée et Amelia a une obsession : attraper celui qu’elle appelle le Master Criminal. Et quand Amelia a quelque chose dans la tête, elle ne l’a pas ailleurs!

Dès le début du roman, à l’hôtel, il y a un meurtre. Un homme peu convenable dans la chambre d’une femme qui se montrait publiquement avec le dit homme. Et pouf, disparue la demoiselle! Vous vous imaginez que notre Amelia national est persuadée que c’est un coup du Master Criminal et qu’elle va enquêter, entre deux pelletées de sable égyptien. 

Mon avis

J’adore cette série. Côté intrigue, ça ne casse pas trois pattes à un canard, comme le dirait ma copine Angela Morelli (anciennement Fashion) mais qu’est-ce que je m’amuse en la lisant! Voyez-vous, dans la hiérarchie d’Amélia Peabody, elle se situe elle-même bien au-dessus du bon dieu! Disons qu’elle a une confiance en elle assez impressionnante. Elle profondément indépendante, très féministe mais aussi très ancrée dans son époque. Elle a son idée très personnelle sur ce qui se fait et sur ce qui est « proper » ou non. Du coup, elle ne ressemble pas à une femme d’aujourd’hui transposée dans l’époque victorienne. Elle a les préjugés et les biais de son époque. Et j’avise car ça pourra en déranger certains. Des blancs en Egypte. Bref, soyez avertis. 

Ici, entre les virées au Caire, les tentatives d’intimité entre époux et les enquêtes où Amelia se lance à corps perdu sans trop se soucier de sa propre sécurité, notre couple doit gérer des amoureux éplorés, leur propre fils et cette terrible engeance du diable… les TOURISTES! 

C’est drôle,  les réflexions d’Amelia sont incroyables et Ramsès, Ramsès!  Il a le DON pour faire exactement ce qui lui est dit… et à n’en faire qu’à sa tête. Il est précoce, roublard et carrément loghorréique! Il me rapplle quelqu’un, tiens! Et bon, ya l’Egypte! Soupirs et souvenirs!

The Turn of the Key (La clé du sang) – Ruth Ware

Ok, avouons-le d’emblée, j’ai pris ce roman parce que le titre et le synopsys m’ont fait penser à « The Turn of the Screw » de Henry James. Je pense que je ne l’aurais jamais pris si je l’avais vu en VF. J’ai déjà dit que j’étais superficielle, comme fille!

De quoi ça parle

Ce récit est une longue lettre : celle que Rowan, nanny engagée dans manoir solitaire en Écosse écrit à un avocat. Elle est accusée de meurtre mais à lui, elle jure de dire la vérité, pas comme à son prédecesseur. C’est qu’une enfant est morte et que Rowan est en prison.

Mon avis

Avouons-le d’emblée, j’adore ces textes dans lesquels ne ne sais trop si je peux croire le narrateur. Rowan tente des lettres, des approches, puis finit avec une longue confession, souvent maladroite et tout aussi souvent intrigante.

Rowan est tombée par hasard sur cette annonce, trop belle pour être vraie. Quatre enfants, un magnifique manoir, un salaire épatant. Les seuls soucis? Le dit manoir est au bout du monde, la maison est équipé d’un système de domotique de la mort-qui-tue et toutes les dernières nannies n’ont pas résisté plus de quelques jours. Il y a des histoires de fantômes dans cette demeure et les fillettes ont une relation fusionnelles dans laquelle elle ne laissent pas entrer les étrangers facilement. On se méfie de tout le monde, la maison réussit à dégager une atmosphère gothique malgré son côté hyper moderne et over flippant. C’est ma foi assez anxiogène et j’avoue que de le lire pendant une insomnie ET une tempête de neige n,était peut-être pas l’idée du siècle!

Si j’ai été surprise à certains moments (dont une révélation qui m’a fait dire « Aaaaaah voilà, c’était ça le truc qui clochait! »), j’ai été un peu déçue par l’un des éléments de la finale, qui m’a semblé assez prévisible. Dans un autre ordre d’idée, j’ai beaucoup aimé la plume, efficace, qui donne un roman un vrai côté page turner. Et oui, ça a un petit côté « tour d’écrou »… ce qui n’est pas pour me déplaire.

Une autrice que je relirai assurément!