The Vanishing Stair (Truly Devious #2) – Maureen Johnson

Le pourquoi du comment

Je venais de finir le tome 1 et il me fallait le tome 2. Tout de suite. Rien de moins. Et là, je suis désespoir à l’idée de devoir attendre un an pour le tome 3.

C’est quoi, cette histoire?

Dans le tome 1, nous avions rencontré Stevie Bell, jeune fille passionnée par les crimes, les mystères et les meurtres. Elle a été acceptée à la prestigieuse (et gratuite) Ellingham Academy justement pour ça. En effet, elle connaît tout ce qu’il y a à savoir sur les célèbres disparitions de 1936, où la femme et la fille du propriétaire ainsi qu’une élève ont disparu. Et elle s’est donné pour mission de résoudre l’affaire. Dans ce tome 2, non seulement elle cherche la réponse à ce grand mystère, mais, en plus, les événements du premier tome ont entraîné des conséquences graves. Stevie ne va pas pouvoir s’empêcher de vouloir comprendre.

Et mon avis…

Savez-vous quoi? Je pense que c’est encore meilleur et distrayant que le premier tome. Bon, ok, au début, la partie qui rappelle les événements du premier tome est un peu lourde quand on vient juste de refermer le dit premier tome. Mais rapidement, on est replongé dans l’action et les mystères, autant au temps présent que dans les années 30.

“Where do you look for someone who’s never really there? Always on a staircase but never on a stair.” 

Ceci a été trouvé sur le bureau d’Albert Ellingham après sa mort. Oui, encore une charade, non résolue depuis toutes ces années, aussi bizarre que ça puisse paraître. C’est un peu le fil rouge qui relie les éléments de ce tome et les deux époques qui semblent se faire étrangement écho. L’histoire a un petit côté « Agatha Christie » et les personnages me font tous sourire, même s’ils sont un peu all over the place. Stevie prend plein de mauvaises décisions et reste une adolescente typique qui, on le jurerait, fait presque exprès pour que ça passe mal. J’adore les échanges entre Nate, l’auteur qui n’aime personne, et les autres personnages (il me fait mourir de rire) et même si Janelle est trop belle pour être vraie, elle reste quand même très attachante. J’avoue avoir du mal à m’habituer au pronom « they » qu’utilise un personnage secondaire (je dois toujours relire la phrase 3 fois et j’ai l’impression qu’on parle du Dr Jeckyll/MrHyde… mais je vais finir par m’habituer, vu qu’on risque de l’entendre de plus en plus. Ouais, je suis vieille…

Bref, après un début un peu lent, on retrouve l’atmosphère unique de cette école bâtie au milieu de nulle part par un homme extravagant pour qui la vie était un jeu. On assiste aux déductions de Stevie, à ses investigations… et j’adore. Il y a beaucoup d’humour, des dialogues qui font mouche et, encore une fois, une finale qui donne envie de lire la suite. Qui ne sortira pas avant l’année prochaine. Humpg.

Je conseille donc à ceux qui veulent lire une série de type Whodunit ou encore un roman d’école, avec des ados très ados (et souvent très gossants). Moi, en tout cas, je suis fan.

Reine de miel – Simon Paradis

Là, je vous entends penser. Mais pourquoi une fille qui a une peur panique de tout ce qui est rayé jaune et noir, qui vole et qui fait bzzzzz a-t-elle décidé de lire ce roman? À cause du prix des libraires. Voyez-vous, il fait partie des présélectionnés. Du coup, je l’ai lu. Et si j’ai globalement aimé l’écriture, j’avoue par contre n’être que partiellement convaincu par le traitement de cette histoire d’apiculteurs québécois sur 7 générations.

C’était bien parti pourtant, malgré une scène qui a failli me faire faire une crise de nerfs impliquant dards et abeilles tueuses (mon cauchemar récurrent étant petite, c’était de me faire poursuivre par une abeille géante… oui, à ce point). L’univers était bien planté, mystérieux à souhaits, les personnages commençaient à prendre forme… et ensuite, c’est parti dans tous les sens. Mais vraiment. Habituellement, je n’ai aucun souci avec les narrations qui nous promènent de point de vue en point de vue et d’époque en époque mais ici, ça donne un ensemble décousu, où les fils qui nous intéressaient sont noués à la va-vite… ou laissés de côté. Et je suis déçue parce qu’il y avait de quoi faire de ce sujet quelque chose de grand. Et pour moi, c’est retombé comme un soufflé.

Je retiendrai tout de même quelques belles images, une prose agréable (bien qu’un peu trop truffée de référence miellesques à mon goût… le mot me hérissait à la fin du roman), des images fortes. Toutefois, je suis passée à côté du côté émotionnel de l’histoire et je ne me suis attachée à aucun personnage, car je n’ai pas eu le temps de les connaître.

Bref, je n’ai pas détesté ma lecture, loin de là… mais je m’attendais à plus. Et il y avait tellement de potentiel pour faire plus. Et je réalise que je n’ai rien dit de l’histoire, sauf que c’est une histoire d’apiculteurs sur 7 générations. Et quand j’y pense… je ne trouve rien d’autre à dire.

En demi-teinte, donc.

L’étymologie avec Pico Bogue – Roques / Dormal

Le pourquoi du comment

Parce que le mot « étymologie » est pour moi un puissant aphrodisiaque.

Mon avis

En quelques mots? Adorable, instructif et humoristique. Quel plaisir de retrouver Pico Bogue et sa famille, avec son sens de la répartie et sa manière bien personnelle de tenter de contourner les règles. Ici, il utilise l’étymologie et la racine des mots pour détourner les tâches ou encore pour manger plus de bonbons.

Nous avons donc de courtes histoires d’une page, parfois deux, qui font ressortir l’origine des mots, leur histoire et les mots de la même famille. On parle d’origines latines, grecques ou franciques, les vignettes sont courtes et c’est j’ai adoré piocher dedans quand j’avais quelques minutes. C’est bien fait, amusant…et bon, c’est de l’étymologie. Comment ne pas aimer une BD sur l’étymologie?

J’avoue ne pas avoir vérifié si ça se tenait ou non côté scientifique, mais ça m’a énormément plu. Et je l’ai déjà prêté à deux copines que ça intéresse autant que moi. Et je conseille.

Mokah recense toutes les BDS cette semaine. Et c’était ma BD de la semaine.

La ferme des Neshov – Neshov #2 – Anne B. Ragde

Je vous ai parlé il y a peu du premier tome des Neshov il y a quelques semaines et j’ai eu tout de suite envie de poursuivre la série. Pour rappel, ça raconte l’histoire d’une famille norvégienne qui vient de la campagne, à Trondheim. Une famille de fermiers. Le premier tome commence quand la grand-mère est mourante, événement qui réunit toute la famille, dont les membres ne se parlent pratiquement plus. Il faut dire que tout le monde en a contre tout le monde, qu’il y a des drames, des secrets, des non-dits et des choses dont on préfère ne pas parler.

Ce deuxième tome nous reprend peu de temps après la fin du premier. La bombe a éclaté, les quatre personnages principaux se remettent du grand bouleversement de leur vie, chacun à sa façon. Torunn se sent responsable et se retrouve avec un futur héritage dont elle ne mesure pas le poids, Tor, son père, éleveur de porcs vit dans une colère sourde et réagit mal aux changements de son quotidien tandis que Margido tente de retrouver quelque chose en quoi croire. Quant à Erlend, sa vie de luxe et de plaisirs est chamboulée quand son conjoint se fait happer par une voiture… et revient avec une idée fixe. Bref, encore une fois, l’étude des personnages est assez fascinante, ils sont tous pleins de défauts, de contradictions, mais ils sonnent vrai. Cette famille, ça pourrait être n’importe quelle famille. Ou presque.

Encore une fois, Anne B. Ragde réussit à nous transporter à Neshov, qui n’a rien d’une jolie ferme où il fait bon vivre. Il y fait froid, le domaine tombe en décrépitude, c’est sale et mal entretenu. Par contre, c’est singulièrement réel et la plume est évocatrice, tant pour nous transporter dans une porcherie étrangement très accueillante, dans cette longère au climat tendu ou encore dans les magnifiques paysages norvégiens.

Ici, pas d’action à toutes les pages. C’est un roman du quotidien, des petites choses en apparence, qui prennent une importance de folie quand elles sont le centre de notre vie. Le début un peu lent m’a fait apprécier un chouia moins que le premier tome… mais je lirai très bientôt le tome 3, soyez-en assurés!

Le garçon et la ville qui ne souriait plus – David Bry

Le pourquoi du comment

Parce qu’une copine qui n’aime pas lire l’a dévoré en une journée. Du coup, j’étais fort fort curieuse, comme vous pouvez vous l’imaginer. On ne résiste pas à une tel événement, non?

C’est quoi, cette histoire?

Romain de Sens est le fils du chef de police. Il habite dans le Paris du 19e siècle où tous les anormaux ont été exilés sur une île au milieu de la Seine, la Cour des miracles. La police de la Norme traque tous ceux qu’ils considèrent nuisibles : boiteux, invertis, bossus, malades mentaux ou gens ayant des difformités et les y envoie, sans argent, sans rien. Enfant, adulte, personne âgée… peu importe. Qu’ils se débrouillent.

Sauf que Romain sort de chez lui la nuit pour rejoindre la cour des miracles, qui le fascine… en particulier un certain garçon aux cheveux de feu…

Mon avis

Voici un roman jeunesse intéressant, plein de rebondissements, avec également un propos politique qui suscite une réflexion. Celui-ci est certes très simple et présenté de façon vraiment frontale, mais ça ne m’a pas dérangée outre mesure. Le jour de ses 15 ans, Romain découvre un complot qui remet en cause l’existence de l’île. Il va donc tenter de faire quelque chose et se retrouve en plein coeur d’un Paris rempli de sociétés secrètes, de courses poursuites et de mystérieux personnages masqués. Entre les hôtels particuliers et les richesses du monde de Romain et la misère de la Cour des Miracles, l’atmosphère est très réussie et j’ai beaucoup aimé reconnaître les endroits et les bâtiments. Ouais, Paris et moi, c’est une grande histoire d’amour!

Le message derrière l’histoire, l’acceptation des différences et reconnaissance des forces de chacun. L’acceptation de ce qui fait de chacun un être unique. Je pense que dans quelques années, mes neveux seront prêts pour ça. Pas trop tard, parce que c’est quand même très jeunesse dans le ton, mais je trouve que, justement, pour les jeunes ados, c’est clair et ça en dit suffisamment pour pousser la réflexion plus loin.

Comme adulte, j’aurais certes aimé une histoire plus approfondie, j’aurais aimé que ça aille, justement, un peu moins vite et que les relations entre les personnages se bâtissent plus doucement. Du coup, je suis curieuse de savoir comment ce monde en est arrivé là. Et parce que je suis moi et que je peux sticker sur certaines petites choses, j’ai été fortement, fortement énervée par les incises descriptives (« dit le fils des Sens », dit « le garçon en salopette »… arghhh) et par le fait que sur l’île, tout le monde parle pareil-pareil. L’usage de l’argot m’a beaucoup plu mais j’aurais préféré que ce soit moins… uniforme. À moins que ce soit moi qui n’aie pas porté attention.

Ceci dit un roman original, qui se lit à toute allure, et qui, j’espère, saura trouver son public. Parce que c’est pas mal du tout.

Arcadie – Emmanuelle Bayamack-Tam

Attention, je vous préviens, ce billet n’aura ni queue ni tête. En fait, je l’ai refermé il y a quelques jours et je ne sais toujours pas ce que j’en pense. Ce n’est pas un roman que j’ai dévoré, j’ai trouvé ça long par moments, mais il m’a clairement dérangée et fait réfléchir a posteriori. Ça doit vouloir dire quelque chose, non?

C’est donc l’histoire d’une utopie. Farah, l’héroïne, est arrivée à Liberty House à six ans et elle y habite, libre comme l’air, en compagnie d’éclopés de la vie de tous âges. La communauté a comme chef spirituel Arcady, un cinquantenaire à la sexualité libérée. La mère de Farah, Bichette, est électrosensible et elle devait vivre en zone blanche, ce qui a poussé la famille à s’installer à Liberty House, avec sa grand-mère LGBT (sic… sérieux, ça veut dire quelque chose ça?) et sa copine. Arcady prône l’amour universel, l’acceptation de soi et la liberté d’être soi-même. Ils vivent en autarcie, en appliquant les grands principes tels l’amour libre et l’antispécisme, ce qui implique que les enfants sont un peu laissés à eux-mêmes, sont exposés à nombre d’adultes nus ainsi qu’à des relations sexuelles de tous genres. Puis, un jour, Farah va être confrontée aux limites de la bienveillance de leur petite société et son regard entier d’adolescente ne va pas pouvoir l’accepter.

Ah oui! Farah a aussi un passage à l’adolescence particulier. Elle est extérieurement une fille mais après un début de puberté féminine, son corps tend à se masculiniser. Ce thème sous-tend tout le roman. Qu’est-ce qu’être une femme, un homme. Est-ce si important de se définir par un seul mot?

J’ai aimé la plume poétique, la façon qu’a l’auteure d’amener son lecteur à réfléchir, à teinter son regard de zone de gris et de laisser de côté ses propres croyances pour tenter de voir les choses autrement. Farah un regard très critique sur la micro-société, tout en croyant profondément aux valeurs véhiculées. Elle relève les incohérences, les excès, a une vision de la vie et des choses complètement différente, tout en se permettant aussi des jugements parfois plein de préjugés, à sa manière propre. Le passage à l’âge adulte, avec ce que ça implique de remise en question sans repères sociaux, est aussi très bien exploré.

Et j’ai parlé des références littéraires? Elles sont partout et j’ai adoré les retrouver ici et là. J’adore repérer ces clins d’oeil. Ça me donne l’impression que l’auteure nous fait un petit cadeau à chaque fois quand on sait les reconnaître.

Après tant de louanges, pourquoi pas plus d’enthousiasme? Je ne sais même pas, en fait. Ce n’est pas preachy, les opinions ne sont pas martelées, je n’ai pas eu l’impression qu’on essayait de me convaincre. J’ai aimé le côté ambigu. Certains éléments sont fort dérangeants, certes, notamment les relations parent-enfant et la relation au sexe, mais je ne crois pas que ce soit ce qui m’a dérangée, même si le consentement est plutôt… particulier. Des longueurs, peut-être. Des répétitions. Toujours est-il que j’aimais ma lecture quand j’étais dedans, mais que je devais à chaque fois me botter le derrière pour m’y remettre après une pause.

Je vous l’avais dit que mon billet ne voudrait absolument rien dire hein? C’est dans ce temps-là, quand je me relis, que je me demande pourquoi je m’obstine à tenter de parler de livres sur ce blog. Bref… à vous de voir!

Querelle de Brest – Jean Genet

Le comment du pourquoi

Oui, je sais, étrange choix pour moi. Mais imaginez-vous que dans la sélection du Prix des libraires du Québec, il y a Querelle de Roberval, de Kévin Lambert. Et il paraît que ce dernier roman est inspiré de ce roman de Genet. Du coup, j’ai voulu le lire avant, pour mieux profiter du second livre. Et bon, le fait que j’aie pensé au Capitaine Haddock (Tonnerre de Brest!) à chaque fois que je pensais à ce roman n’a pas nui!

C’est quoi, cette histoire?

Vous savez quoi? J’aurais bien du mal à vous parler de l’histoire en tant que tel. J’aurais tout autant de mal à préciser les intentions de l’auteur. Bref, il m’aurait fallu des cliff notes, ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier. Mais bon, j’essaie quand même de vous mettre en contexte.

Querelle est marin et son navire est arrêté à Brest pendant quelques jours. Il fascine tous les gens, hommes comme femmes et son passage occasionnera passions, meurtres et trahisons.

Et mon avis…

Je ne sais pas comment parler de ce roman, mais je sais que j’ai aimé, même s’il m’a demandé énormément d’énergie. Ce n’est pas un roman que je conseillerai à tout le monde, et c’est aussi un roman qui nous oblige à nous concentrer. Mais vraiment. J’ai mis beaucoup de temps à le lire et je l’ai fait par petites périodes. Disons que ça n’a rien d’un livre relaxant!

C’était la première fois que je lisais Genet et j’ai avait tout découvert une plume qui me plait. Les descriptions sont fort évocatrices et sa façon de parler du corps de l’homme est juste merveilleuse : les formes, les mouvements… Je n’ai jamais autant regardé les mecs que lors de cette lecture. De plus, c’est très violent, mais souvent suggéré, rapide, éclatant sans être gore. Je me suis souvent retrouve prise, haletante, dans ces phrases interminables mais fort belles malgré les thèmes. On est loin du politically correct, on est clairement dans une autre époque et je me demande si ça passerait aujourd’hui.

S’en suit toute une exploration du crime, de la trahison, du désir et du sexe aussi. La vision et le traitement de l’homosexualité et des actes homosexuels est réellement particulier. En effet, seule une personne se considère comme gay (un pédé comme on le dit dans le texte) tandis que les autres, même s’ils ont des relations entre hommes, ne s’identifient pas du tout ainsi. Aucun personnage n’est aimable, même s’ils sont intrigants. Tous sont plein de failles (et pas des petites), ils trahissent leur parole, leurs amis et le meurtre n’est pas anecdotique… mais presque, quand même.

Je me demande encore où l’auteur voulait en venir. Je n’y ai vu aucun plaidoyer pour la tolérance, au contraire, et au moment où j’ai accepté de me laisser porter sans me poser de question (et où j’ai commencé à comprendre qui était qui) que j’ai davantage apprécié le récit. Il faut accepter de plonger dans des cerveaux qui ne fonctionnent pas toujours comme le nôtre et accepter la balade dans cette ville, ses magouilles, ses corruptions, son port et son ancienne prison. Le pouvoir d’évocation des mots de Genet est incroyable.

Je sais, c’est l’un de mes pires billets. Mais j’ai du mal à en parler et encore plus de mal à vraiment comprendre le propos de Genet. Il m’aurait fallu un prof pour apprécier à plein.

The Girl in the Tower – 2 -Katherine Arden

Pendant la période des fêtes, j’ai eu envie de neige. Oui, je sais, comme si je n’en avais pas assez! J’ai donc enchaîné, coup sur coup, les deux premiers tomes de la série The Bear and the Nightingale, série qui se passe au Moyen-Âge, en Russie, avec les contes du folklore russe en arrière plan. Si je n’ai pas eu le plaisir de découvrir l’univers vu que c’est un deuxième tome, j’ai encore une fois passé un très bon moment de lecture, et j’ai très hâte de lire le tome 3, qui vient tout juste de sortir.

Nous retrouvons donc Vasya, l’héroïne du premier tome. Si nous ne sommes plus dans la forêt magique et inquiétante du premier tome, l’atmosphère est toujours aussi envoûtante et enveloppante. Vasya a fait son choix, elle a pris des risques et nous nous retrouvons à Moscou, où nous allons retrouver des personnages que nous avions un peu perdu de vue dans le premier tome, et en rencontrer de nouveaux, ma foi fort intrigants. Non mais imaginez. J’ai visité Moscou les yeux pleins d’étoiles il y a quelques années alors la redécouvrir à travers les yeux de l’auteure, mais des siècles plus tôt, j’étais ravie. Sous fond de complots, d’intrigues politiques et d’attaques de villages, les personnages, dont le grand prince de Moscou, seront confrontés à ce qu’ils ne veulent pas voir ou à ce qu’ils ne croient pas possibles. Ce deuxième tome est plus politique, mais la magie est toujours présente et tout l’aspect « la jeune fille et la mort » me plaît toujours autant.

Encore une fois, il est question de la dualité entre la mythologie, les anciens dieux du foyer et la religion orthodoxe. La façon de présenter les choses fait réellement ressortir comment la peur peut être utilisée, comme tout peut être retourné pour faire adhérer les gens à des pratiques et des croyances. Les anciens dieux se meurent, Vasya peut les voir et, de fait, est considérée comme une sorcière. Il est aussi question de la condition de la femme, d’identité féminine et de la peur qu’une femme qui dépasse les limite peur susciter. À Moscou, la femme bien ne peut sortir, est prisonnière de sa tour et est à la merci des hommes, que ce soit son mari ou son confesseur.

J’aime beaucoup la façon qu’a l’auteure de mélanger histoire et fantasy. C’est très bien fait, les adaptations avec l’histoire sont expliquées, l’intégration du folklore est juste parfaite. Personne n’est exempt de faute, certains sont dérangés, d’autres complètement engoncés dans la mentalité de l’époque et ne réussissent pas à penser autrement. Vasya évolue, est ma foi fort badass et se choisit elle-même, quitte à ne pas cadrer dans les attentes de l’époque et à prendre des risques. De grands risques.

Bref, la plume me plaît beaucoup, je me glisse avec plaisir dans l’ambiance enchantée et glacée, et ce second tome m’a tout autant plu que le premier. Un très bon tome 2, qui tient ses promesses!

Gérard – Cinq années dans les pattes de Depardieu – Mathieu Sapin

Le comment du pourquoi

J’avoue que celui-là, je ne l’aurais pas choisi si Aline, de la Boîte de Diffusion, ne m’avait pas montré la photo derrière l’album. Imaginez la page couverture, mais en vrai, et en plus drôle. Suite à ça, je me suis dit que « pourquoi pas »… et j’ai bien fait parce que mon dimanche matin avec Depardieu a été assez épique!

C’est quoi, cette histoire?

Mathieu Sapin a passé quelques années accroché aux basques de Gérard Depardieu. En premier, il était engagé pour un documentaire, sur les traces de Dumas en Azerbaïdjan et finalement, il a croqué un portrait plus grand que nature de cet acteur ma foi… surprenant! Ce dernier lui a donné carte blanche. Et ça donne un résultant assez détonnant.

Mon avis

Entendons-nous, pour moi, Depardieu, c’est Cyrano. Ça et le mec qui a pissé dans un avion et qui n’a pas du tout peur de ses « unpopular opinions ». Je partais donc avec un parti pris. Et finalement, on passe un excellent moment car Mathieu Sapin a réellement tenté de nous faire vivre le quotidien de cet homme qui peut dire n’importe quoi à n’importe quel moment. Et ça doit être terriblement stressant pour ses collaborateurs.

Nous les voyons donc dans des situations diverses et variées, que ce soit en voiture, dans les repas ou dans les saunas russes et nous rencontrons un homme cultivé à sa manière, souvent bourru, très impulsif, très libre, et qui n’a pas peur de ses opinions. Mathieu Sapin a le chic pour trouver les meilleurs moments, ceux qui sont révélateurs et qui réussissent à nous faire à la fois aimer et détester le personnages. L’auteur (tout comme l’acteur), voit tout, remarque les détails, les petites choses qui rendent Depardieu plus vrai que nature. Il nous apparaît réel et on arrive – presque… presque – à prévoir comment il va réagir. Parce que des fois, on reste sur le c…!!

Entre crises de colères, orgies de bouffe et opinions fondées sur un peu n’importe quoi, j’ai beaucoup souri et j’ai vraiment apprécié l’humour omniprésent (suffit de regarder la tête des gens autour de Depardieu) et la relation qui se tisse entre l’acteur et Sapin, qui se représente toujours dans sa BD, tout petit, avec une tête ronde. Il est hyper facile de se représenter sous les traits de se personnage très naïf, qui tente parfois – avec un succès tout relatif – de raisonner Depardieu et qui reçoit pour nous confidences et citations.

Bref, un bon moment. Qui donne parfois envie de frapper Gérard Depardieu. Mais un bon moment quand même!

C’était ma BD de la semaine! Tous les billets chez (insérer lien ici) !

La saison des feux – Celeste Ng

Je voulais découvrir Celeste Ng depuis un bon moment. J’en entendais parler en bien un peu partout et il faut croire que j’ai trouvé le bon moment car j’ai vraiment apprécié ce roman qui nous amène à Shaker Heights, une banlieue parfaite de Cleveland, planifiée, organisée, avec des gens « bien », sans préjugés. Qu’ils disent.

La famille Richardson a toujours habité Shaker Heights. Le père est avocat, la mère est journaliste pour un journal local, ils ont des sous, une vie rangée et une très bonne idée de ce qui est « bien » et ce qui ne l’est pas. Elena Richardson, la mère, a tout fait comme elle l’avait planifié. Elle a eu quatre enfants rapprochés qui sont maintenant tous adolescents. Lexie a 18 ans, Trip en a 17, Moody a 15 ans et Izzy, la petite dernière, la rebelle, en a 14. Leur quotidien va, sans qu’ils ne le réalisent vraiment, être bouleversé par l’arrivée de Mia Warren, une jeune artiste, et sa fille adolescente, Pearl. Je trouve le titre anglais « Little fires everywhere » très parlant, très représentatif de ce qui se passe dans le roman. Des « petits feux ». Ou des « moyens ». Partout. Pour tous les personnages, qui vont tous découvrir ou accepter certains aspects de leur personnalité.

Ce sont surtout les personnages qui portent le roman, même si l’intrigue est aussi captivante. Ils sont très bien réussis, tous sont complexes jusqu’à un certain point, tous évoluent et ils ont tous réussis à m’intéresser. Les relations entre eux évoluent, aucun n’est parfait et les femmes adultes m’ont particulièrement interpellée, même ceux qui ne sont pas les plus sympathiques au départ. Je me surprenais à les comprendre, toutes, même si leurs choix ne sont pas les miens, même si leurs pensées ne sont pas toujours politically correct. J’ai aimé que des personnages imparfaits soient dépeints et ne soient pas diabolisés. J’ai aimé qu’ils pensent des choses horribles et qu’ils soient confrontés à des préjugés qu’ils ne croyaient même pas avoir.

Ici, plusieurs petits événements, en lien avec les deux familles au centre du roman. Chacun va s’emboîter dans la trame narrative, les fils s’entrecroisent, et se recroisent encore… et ça se tient. L’auteure explore le thème de la maternité et, pour une fois, j’ai adhéré (ce thème ne fonctionne vraiment pas toujours avec moi). On parle aussi de la famille, des racines et de la culture ainsi que des changements qui se produisent à l’adolescence. Ça parle de choix, de conséquences, de mauvaises décisions prises pour des « bonnes raisons » et des petits drames quotidiens de la bonne société.

Bref, je l’ai lu au bon moment et j’ai totalement adhéré. Un excellent moment de lecture pour moi. Je lirai certainement l’autre roman de l’auteur!

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