Né d’aucune femme – Franck Bouysse

Le comment du pourquoi

Une copine m’avait dit qu’il fallait que je lise ce roman… et il était en audio à la bibliothèque. Il ne m’en fallait pas plus!

De quoi ça parle

Gabriel est prêtre dans un petit village. Un jour, une femme en confession. « Vous allez être appelé pour bénir une femme morte à l’asile. Entre ses jambes, il y aura les cahiers. Les cahiers de Rose. »

Et dans ces cahiers, il y a Rose et son histoire, l’histoire d’une adolescente qui a été vendue par son père au maître de forge, dans un espoir fou (et malsain) de sauver sa famille de la misère. Et à partir de là, l’existence de Rose va glisser dans l’horreur.

Mon avis

Comment dire… ce roman est terrible. Je l’ai écouté en audio et j’ai mis un grand moment avant de le terminer car parfois, c’était juste trop. Trop d’horreur, trop de méchanceté, de cruauté. C’est un roman très fort, très dur, qui m’a mise dans tous mes états. Ai-je aimé? Je ne sais pas trop si on peut dire qu’on a « aimé ». Ceci dit, j’ai été marquée par ce récit et je sens que la voix de Rose résonnera longtemps dans ma tête.

Rose a quatorze ans quand elle est vendue comme servante dans ce grand domaine un peu en ruine. Quand elle arrive, toute perspective de vie normale s’effondre alors que le maître de forge l’accueille avec sa mère, « la vieille », qui trouve à redire sur tout et qui exige une parfaite obéissance. Son rôle semble clair : faire le ménage, préparer les repas, surtout ne pas aller dans la chambre de madame, la femme du maître, qui est malade. Elle croit qu’elle est capable de s’en sortir, elle a l’habitude de l’avoir dure. Mais pourquoi Edmond, l’homme à tout faire, lui dit-il de fuir?

Elle va vite comprendre pourquoi.

Nous avons affaire à un roman polyphonique. Plusieurs personnages vont nous raconter cette histoire, Gabriel, le prêtre. Edmond, l’homme à tout faire. Onésime, le père de Rose. Mais il y a surtout Rose elle-même, qui est encore une enfant et qui a, somme toute, une voix d’enfant. Et c’est cette voix de presque enfant, touchante, un peu naïve, qui découvre les mots en lisant le journal et qui se les approprie, qui fait toute la force de ce roman. Nous sommes il y a un p’tit bout de temps, dans un mode rural où les différences de classe sociale, c’est pour la vie, où les riches ont droit de vie et de mort et où personne ne fait rien. Parce que c’est normal. Parce qu’une « folle », ça n’a pas de droit. Parce que qui va croire une femme, de toute façon? Une servante? Impossible de ne pas réagir à la situation,. à se sentir totalement impuissants.

Certes, il y a un peu de surenchère question méchanceté et cruauté. Les méchants n’ont aucun point positif. Aucun. Ce qui se passe est terrible, et ça semble leur faire plaisir en plus. Certaines scènes sont insoutenables. Du moins, pour moi, qui suis une petite nature. Bien entendu, on voit quand même venir, si on est le moindrement attentif. Je n’ai pas eu de surprise et il y a des trucs qui sont un peu limite. Mais malgré tout, pour la voix de Rose, très orale, très simple, m’a gardée dans le récit. Son amour des mots, à un moment, est extrêmement touchant.

Juste pense que ça ne fait pas si longtemps, que les femmes pouvaient être traitées ainsi, devenir la propriété de gens, et que dans certains pays, c’est encore le cas, ça donne drôlement envie de rester, encore et toujours, profondément féministe. Tant qu’il le faudra.

(28 commentaires)

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  1. J’ai tout simplement adoré ce roman, son atmosphère terrible et son style.
    Et comme c’est souvent le cas quand j’adore un livre, je ne suis jamais vraiment arrivé à trouver les mots pour en parler…

    1. Le style, en effet, c’est quelque chose. C’est hyper puissant comme plume. J’aurais juste aimé plus de nuances dans les méchants.

  2. j’ai lu un roman de l’auteur, grossir le ciel il me semble, j’ai été impressionnée par la puissance de l’écriture mais le parti pris d’absolue noirceur me dérange profondément. Pour avoir croisé le gars à Toulouse polar du sud je n’ai pas eu l’impression que c’était de la facilité mais cela ne m’en déplaît pas moins – après tout c’est un choix comme un autre et il y a de la complaisance dans cette manière de négliger les nuances. Du coup j’hésitais à lire celui-là ben grâce à toi, je suis décidée… à ne pas le lire. 🙂

    1. Ah oui, l’écriture est forte, c’est le moins qu’on puisse dire. Il manque de nuances dans les personnages méchants, je crois. Du moins, c’est ce qui m’a dérangé. Je ne sais pas si c’est de la facilité, mais j’aurais aimé plus de zones de gris.

  3. J’ai bien l’intention de le lire, car j’aime les textes forts, mais cela attendra un peu, car j’ai déjà Glaise sur ma PAL. Je crois que je vois ce que tu veux dire en parlant de « surenchère », c’est aussi un bémol que j’ai émis à la lecture d’autres de ses titres (Grossir le ciel et Plateau).

    1. Je vais quand même lire Grossir le ciel… on me l’a beaucoup recommandé.

  4. Oh oui, le féminisme est essentiel et on est loin d’en avoir fini… Je ne savais pas du tout de quoi parlait ce roman et je n’ai toujours pas compris le titre, mais je ne pense pas le lire. En tout cas pas en audio. J’ai déjà eu du mal à lire un passage (pas du tout sanglant, je savais juste ce qui allait se produire) du livre que je suis en train de lire, mais en audio il n’y a pas moyen de lire en se cachant un peu les yeux.

    1. C’Est tout à fait ça… des fois, c’est LONG!!! Ce qui se passait à cette époque pour les femmes était terrible, selon moi. Il ne faut pas lâcher.

  5. Un roman fort et magnifique. Une lecture marquante.

    1. C’est un roman dont je me souviendrai en tout cas.

  6. Je dois être insensible car je n’ai pas ressenti cette impression de « surenchère » dans la noirceur.
    Le destin de l’héroïne n’est certes pas rose, mais l’était-il pour les gens de ce milieu social, à cette époque, et qui plus est, pour les femmes ?
    J’en garde le souvenir d’une histoire prenante jusqu’au bout, et d’un texte très bien écrit.

    1. Oui, je suis d’accord, certes. C’est hyper bien écrit et quelques femmes ont eu une vie assez terrible. La surenchère, c’était la méchanceté, pour moi… ya RIEN de bon dans certains personnages.

  7. J’en suis restée à la surenchère, pour ma part, même si la voix de Rose est touchante. j’avais bien aimé les romans précédents, mais dans ce titre, je trouve qu’il y a quelque chose qui ne « colle » pas.

    1. J’en tenterai un autre, certainement. Je ne sais pas ce qu’un écrivain-femme aurait fait avec un tel thème…

  8. Un roman qui a l’air terrible!

    1. Pour moi, oui, vraiment. Je l’aurais peut-être mieux vécu en lecture qu’en audio.

  9. J’ai été surprise par le sujet, je ne m’attendais pas à ça . Je n’ai pas trouvé ça insoutenable car trop prévisible…

    1. Prévisible, certes, mais il y avait tellement de méchants-méchants… j’ai du mal à lire ces scènes. Celle à la forge… arghhhh

  10. Trop dure pour moi… la cruauté, ça me rend tendue et frustrée. En ce moment, j’ai besoin d’autres choses. Mais belle chronique! On sent ton émotion!

    1. C’était en effet fort émouvant… mais oui, très cruel par moment. Je ne sais pas si je me plongerais dedans en ce moment.

  11. Coup de coeur / coup de poing pour moi!

    1. Comme pour beaucoup! En audio, j’ai trouvé ça super dur par moments. Vraiment vraiment. J’ai souvent du mal avec les méchants-méchants.

  12. j’ai eu du mal aussi tellement certaines scènes sont dures, au final, j’ai aimé malgré tout, et il laisse un souvenir fort!

    1. Voilà, quelques semaines après, j’ai tout à fait ce sentiment.

  13. Quelle écriture ! Franck Bouysse a tout pour me plaire : son style et ses histoires sombres. J’ai adoré ce roman.

    1. J’en garde un souvenir hyper fort, même si les méchants sont juste un peu trop méchants pour mon goût perso.

  14. Un roman que j’ai vraiment adoré malgré son côté très sombre.

    1. Ah oui, sombrissime. J’ai eu du mal à comprendre pourquoi tant de haine, par contre… c’est ce qui a fait que je suis moins enthousiaste que la plupart.

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