My Dark Vanessa – Kate Elizabeth Russell

Le comment du pourquoi

J’avais entendu de parler de ce roman par plusieurs amies, qui m’ont toutes dit que je serais touchée par cette histoire. Je pense qu’elles me connaissent parce que le traitement de l’abus m’a bouleversée et cette histoire est vraiment venue me chercher. 

De quoi ça parle

Vanessa a quinze ans quand elle entre dans un prestigieux pensionnat privé. Elle et sa meilleure amie ne se parlent plus depuis que cette dernière a un copain et elle est se retrouve seule et peu sûre d’elle. Elle va s’éveiller à la sensualité à travers le regard et les gestes de Jacob Strane, son professeur de littérature, qui va rapidement la distinguer, la faire se sentir spéciale, privilégiée. Dix-sept ans plus tard, des accusations contre Strane vont surgir et Vanessa va devoir porter un autre regard sur la relation qui a fait sa vie pendant tant d’année.

Mon avis

Oh que ce roman est dérangeant! Nous voyons toute cette histoire à travers le regard de Vanessa, profondément blessée sans s’en rendre compte. Ça fait frissonner, on a parfois le goût de la secouer, mais c’est toute cette ambivalence qui fait que le roman est si intéressant. En effet, dans sa tête, Vanessa a vécu une grande histoire d’amour interdit, pas une relation abusive. Cette histoire a tellement pris de place en elle, a tellement défini ce qu’elle est, qu’elle n’a de cesse de lui trouver des excuses et elle en a plutôt contre celles qui dénoncent « pour une peccadille » selon elle.

C’est une histoire tragique et sombre, bien trop fréquente. C’est celle des victimes qui minimisent car trop de souffrance, des institutions qui sont complices et des silences qui prennent de l’expansion avec le temps et qui remplit le vide. À 32 ans, Vanessa ne va pas bien, voit un psy, mais ne lui a pas vraiment parlé de cette histoire. D’ailleurs, elle est toujours en contact avec Crane, elle est sa confidente, la seule qui restée envers et contre tous, la seule qui compte assez pour lui. Parce que elle, c’était différent. Elle, il l’aimait.

C’est à travers ces allers-retours entre passé et présent que nous allons comprendre petit à petit l’emprise qu’avait cet enseignant sur la jeune femme. On sent qu’il sait ce qu’il fait, qu’il sait que c’est mal, mais il se justifie à lui-même, il réussit à lui faire croire que tout ça vient d’elle. Il lui fait lire Lolita, vante son travail, la fait se sentir belle alors qu’elle se sent « ordinaire ». À chaque étape, il valide si elle veut, si elle est sûre, elle en redemande et revient encore et toujours. Et pourtant…

Pas facile de passer tant de temps avec Vanessa et son déni, mais à la côtoyer, on peut comprendre la profondeur de ses blessures et de ses mécanismes de défense. Son évolution ne sera pas magique et ce qui fait le plus peur, c’est qu’une telle histoire aurait pu arriver à de nombreuses adolescentes. Elle se sentait exclue, insécure, cherchait sa place… mais n’est-ce pas souvent le cas à l’adolescence?

Bref, il m’a marquée et me rappelle toutes les manipulations « ordinaires », toutes ces relations toxiques de co-dépendance et ces gratifications qu’on peut trouver à être « importante » pour quelqu’un. À tenter, si vous avez le coeur bien accroché.

2 Commentaires

2 pings

  1. Le sujet est brûlant en ce moment en France ! j’en ai suffisamment lu ces temps-ci, je ne vais pas en rajouter.

  2. Au moins, nous sommes prévenu.

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