Méconnaissable – Valérie Jessica Laporte

Le comment du pourquoi

Dans le cadre de mon travail, je côtoie et j’ai côtoyé plusieurs personnes qui ne sont pas neurotypiques. En plus, comme j’ai quelques – ok… beaucoup de – particularités sensorielles, une presque prosopagnosie, des représentations mentales weirds et une mémoire que je qualifie affectueusement de « stupide » (genre, je me rappelle des millions de chiffres et de conversations qui servent à rien), on me dit souvent « t’es pas autiste, toi? » Pour ceux qui se posent encore la question, la réponse est « ben non »! J’suis juste bizarre. Et j’aime être bizarre. Lucky me. Du coup, un roman écrit par une personne qui n’est pas neurotypique (et qui est autiste) et qui peut mettre des mots sur son quotidien, il fallait que je le lise.

De quoi ça parle

Elle a toujours été différente. Difficile. Les bruits lui font mal, les autres sont un mystère et même si elle tente de suivre les règles, on ne lui a jamais précisé qu’être aimé des autres en était une. Et elle ne sait pas comment faire. Un jour, elle part. Se rase la tête, s’habille avec les affaires de Petit-frère-sent-bon et s’en va. Pour être ailleurs. Méconnaissable. Et c’est le temps d’un été que nous allons suivre cette jeune fille en quête d’elle-même, dans un monde qu’elle a du mal à intégrer.

Mon avis

Ce roman, il faut le lire. Il est pour tout le monde, même ceux qui n’ont vu l’autisme qu’à la télé. Entrer dans la tête d’une personne qui voit le monde différemment, comprendre ses réactions, son vécu et surtout, pouvoir y mettre des mots, beaucoup de mots, c’est inestimable. Cette plume remplie d’images simples mais complexes à la fois vaut la peinte d’être découverte. Ça frappe. De plein fouet, en plein coeur.

Notre jeune héroïne restera sans nom. Elle ne sait pas qui elle est et ce qu’elle ressent comme des besoins, ce qui lui fait mal, est perçu comme des caprices ou du niaisage. Entre sa mère-aride, son père-parfois et son petit-frère-sent-bon, elle cherche le mode d’emploi sans jamais le trouver. Donc elle part. Et cesse de parler. Peut-être que ce sera plus facile, sans les mots. C’est au cours de cet été qu’elle va réaliser que, peut-être, tout le monde n’est pas hostile et que créer des liens en restant soi-même est possible. Et ça fait du bien à lire.

Si le personnage du père est touchant dans ses failles, la mère… arghhh…. Contre-transfert de la mort qui tue. En 23 ans de travail avec des parents, je n’ai JAMAIS vu ça. Ou bien je n’ai pas voulu le voir. Aride est bien le mot. Son refus des mots, son refus de comprendre, c’est hyper anxiogène pour le lecteur. Et l’enseignante dépeinte… OMG… je peux pas croire. J’ai eu du mal à percevoir la souffrance derrière ce comportement. Ici, on fait ressortir l’importance de nommer les choses pour comprendre, pour prendre le bon chemin au départ. Et la recherche de soi du personnage principal est extrêmement particulière car elle n’a pas de repères, pas de balises, ses stratégies sont souvent inefficaces et le monde autour d’elle a le don de taper là où ça fait mal. Bref, une incursion nécessaire dans la différence.

Un roman qui appelle à mettre de côté notre propre jugement et à tenter de tendre la main, pour traverser le pont plus facilement.

3 Commentaires

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  1. Une lecture sur les ressentis des personnes autistes ? Cela me plait. Je note.

  2. J’adore Valérie Jessica Laporte, que je suis sur FB, son enthousiasme et son optimisme communicatifs.
    Quand elle a annoncé la sortie de son roman, j’avais prévu de le lire… mais, comme trop souvent avec moi, ce n’est toujours pas fait. Pourtant, ce que tu en dis est vraiment engageant.

  3. Comme Alex et Autist Reading, je suis très tentée !

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