Mademoiselle Samedi soir – Heather O’Neill

Le comment du pourquoi

Au départ, parce que le roman a été traduit par Dominique Fortier, et ensuite parce que j’avais adoré Hotel Lonely Hearts, avec son réalisme magique et sa fantaisie. Du coup, il fallait bien que je lise cette nouvelle traduction du deuxième roman de l’autrice.

De quoi ça parle

Nous sommes dans les années 90, à la veille du référendum. Les « petits » Nouschka et Nicolas Tremblay, les jumeaux du chansonnier un peu has been Étienne Tremblay, ont 19 ans et vivent pauvrement avec leur grand-père un peu sénile, Loulou, boulevard St-Laurent. Ils sont jeunes, un peu fous, hors-norme, autodestructeurs et étrangement beaux, vivant à leur manière dans un monde pas tout à fait prêts pour eux. C’est dans la tête de Nouschka, qui se définit comme écrivaine même si elle n’a jamais écrit, que nous allons vivre son questionnement et sa tentative d’émancipation et sa quête d’une identité propre.

Mon avis

D’abord, précision. Cette époque, je l’ai vécue, à Montréal, alors que j’étais étudiante. J’ai voté à ce référendum, j’ai vu les marguerites un peu partout et même si je ne vivais pas du tout dans le même milieu, j’ai côtoyé beaucoup de ces jeunes bohèmes, qui ne trouvaient pas de boulot en raison de la récession, et qui vivotaient. Bon, ceux que je connaissais étaient aux études et n’avaient pas du tout le même background que les jumeaux mais Heather O’Neill, elle-même montréalaise, retranscrit avec une exactitude étonnante l’atmosphère de cette époque et l’exaltation de la jeunesse, avec sa touche particulière de poésie et de léger, tout léger, réalisme magique qui ajoute encore à la toile de fond du roman.

J’ai vraiment apprécié cette plongée dans l’univers de Nouschka, qui est dans une relation fusionnelle et parfois destructrice avec son jumeau, qui a été abandonnée par sa mère et utilisée par son père comme animal de foire. À 19 ans, elle aime danser, elle est francophone (avec Tremblay comme patronyme, on s’en doutait) et sa recherche d’une identité propre est touchante. Il faut dire que j’ai un faible pour ces éclopés originaux pour qui la notion de « normalité » est soit inexistante, soit très, très différente de ce qui est accepté par la société.

Pourquoi prend-on des fois des décisions de schnoutte, même quand on sait pertinemment que ça va nous causer des problèmes? Comment gérer un changement dans une relation quand on doit quand même vivre « ensemble »? Qu’est-ce qui fait que parfois, on s’en sort, et des fois non. Toutes ces questions sont abordées à la fois à travers Nouschka, mais aussi à travers la question de l’identité québécoise francophone, en filigrane dans tout le roman. J’ai trouvé que l’autrice avait réellement réussi à se mettre dans la peau du personnage, dont les opinions sont diamétralement opposées aux siennes, sans tomber dans la caricature ou dans la dénonciation. Je vous rappelle que Heather O’Neill est anglophone, même si elle parle bien français.

Ajout post-rédaction : à ce sujet, je vous invite à aller écouter son entrevue à Plus on est de fous, où elle parle, entre autres, des deux solitudes et de l’incompréhension toujours présente entre les francophones et les anglophones au Québec.

Bref, une autrice à découvrir, un style qui me rejoint… et que j’espère que vous aimerez autant que moi! Ah oui! Il y a des chats. Plein de chats. Avouez que je viens de récupérer plein de lecteurs avec ça!

(4 commentaires)

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  1. J’ai déjà lu deux romans d’elle et j’ai aimé alors un jour je lirai sans doute celui-là 😊

    1. Tu as lu lesquels? Je n’ai lu que celui que je mentionne dans le billet.

  2. Une bouffée de nostalgie à la lecture de ce roman ?

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