Le lambeau – Philippe Lançon

Le pourquoi du comment

Pourquoi, vous pensez? Parce qu’on le voit partout et qu’il est sélectionné pour le prix des libraires du Québec. En fait, c’est surtout surprenant que je ne l’aie pas lu avant!

C’est quoi, cette histoire?

Philippe Lançon est journaliste. Le matin du 7 janvier, avant d’aller à Libération, il s’est arrêté à Charlie, pour la rencontre. Ce matin-là, tout était normal. Jusqu’à ce que ce ne soit plus normal et que l’horreur et l’extrémisme s’en mêle. Ce sera le début d’un lent processus personnel de rééducation et de retour à la vie après avoir survécu à l’attentat et s’être vu défiguré.

Mon avis…

Le lambeau est un roman qu’il est fort difficile d’oublier après l’avoir lu. D’abord parce qu’il est magnifiquement écrit et ensuite parce l’attentat de Charlie Hebdo a bouleversé. M’a bouleversée. C’est comme si cet événement m’avait ouvert les yeux sur une réalité que je refusais de voir, et qui m’a confrontée à moi-même comme je ne l’aurais pas cru possible… bref, on va passer.

La première chose qui m’a frappée et dont je me souviendrai, c’est la langue. C’est hyper, hyper bien écrit, rempli d’images et de réflexions qui frappent. Il y a aussi un rapport à l’art et à la littérature qui m’a beaucoup parlé. Ça parle beaucoup de Proust, entre autres, et à son rapport au temps, au temps présent, à la fracture entre le moi d’aujourd’hui et le mois d’avant. La façon de parler d’une fracture dans l’existence est fort juste et m’a rappelé le discours de plusieurs personnes que j’ai connues et qui ont vécu un bouleversement dans leur vie suite à un accident ou une maladie subite. Le discours est à la fois introspectif et extérieur (oui, je sais, c’est bizarre… mais c’est ça quand même), ce qui permet au lecteur de garder une certaine distance. Parce qu’il en faut.

Ceci dit, bizarrement, je ne me suis aucunement attachée au narrateur, à Lançon. Peut-être est-ce parce que ces histoires de réadaptation, de retour à la vie, je les vis quotidiennement au travail, avec des gens que je connais, dont je connais la famille. Du coup, forcément, c’est moins « nouveau » et moins prenant émotivement. Les scènes qui m’ont le plus émue sont celles de la réunion de Charlie. L’avant.

Ceci dit, il y a des moments où j’ai trouvé la lecture fastidieuse, répétitive. C’était beaucoup de détails, beaucoup d’opérations, beaucoup de détails et de fistules. Je me demande si c’était vraiment nécessaire de tous nous raconter dans le détail. Peut-être parce que pour ma part, je sais comment ça se passe. La relation avec les soignants, les réflexions étaient intéressantes, mais les parties plus cliniques m’ont moins rejointe… et je me suis lassée, surtout au milieu du livre.

Une plume remarquable. Vraiment. Et un auteur que je relirai. Toutefois, je suis quand même moins enthousiaste que la plupart des gens. Encore. Je pense que je difficile ces temps-ci alors que je suis miss bon public normalement.

(8 commentaires)

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  1. C’est normal que certains passages t’aient moins intéressée. Pour ma part, j’ai eu du mal avec ses relations avec sa ‘copine’.

    1. Oui, c’était particulier aussi, ces passages-là. Je n’ai pas bien compris leur relation, en fait.

  2. Jusqu’ici je n’ai vu que des concerts de louanges sur ce livre. Je suis contente de lire un avis différent, plus distancié.

    1. Je suis souvent la voix discordante, même si je suis assez bon public. Ici, je pense que ça dépend totalement de mon vécu personnel.

  3. Je tourne un peu autour de ce livre…. On verra s’il se présente à moi.

    1. Voilà. Je l’ai lu, j’en conçois l’importance, j’ai apprécié mais je ne suis pas éblouie, malgré une très très belle écriture.

  4. Mon coup de coeur de la rentrée littéraire de septembre.

    1. Je suis l’une des plus mitigées et pourtat j’ai aimé! Il a gagné le prix de slibraires du Québec étrangers cette semaine.

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