L’apparition du chevreuil – Elise Turcotte

Le comment du pourquoi

Parce qu’il fait partie de la liste préliminaire du prix des libraires du Québec… et bon, parce que c’est Elise Turcotte!

De quoi ça parle

C’est l’histoire d’une femme. D’une femme écrivaine. Nous sommes après l’époque de #Agressionnondénoncée mais avant #MeToo. Harcelée sur les réseaux sociaux pour des propos féministes, elle a peur, se sent envahie et décide de s’enfuir une semaine dans un chalet, au milieu de nulle part, sans révéler son but à personne. Elle part sans téléphone, loin de l’internet où elle se cache derrière ses statuts de 15 lignes, où elle ne révèle qu’une partie d’elle-même. Là, elle veut se libérer. Du net, certes, mais aussi libérer sa parole. Écrire l’indicible, ce qu’on tait, qu’on normalise.

Mon avis

Je sors de ce roman chamboulée. Je sais, pourtant, hein… mais ce roman, portée par la magnifique écriture délivrée de notion de temporalité d’Elise Turcotte, m’a fait réagir comme je ne l’aurais pas cru possible. J’ai dû reposer mon livre pour reprendre mon souffle à plusieurs moments. Là, dans cet univers de neige, la menace plane, d’abord abstraite et je ne crois pas que j’aurais pu supporter plus longtemps cette oppression, ces souvenirs cruels qui remontent petit à petit.

Ici, les personnages n’ont pas de nom. Il y a Elle, la psychologue. La soeur, le frère, le beau-frère, la mère, le père. De l’autre côté, il y a la narratrice, celle qui parle toujours trop, qui est toujours un peu marginale et qui culpabilise bien malgré elle. L’histoire familiale qui nous apparaît petit à petit est terriblement violente, insidieuse. Et, malheureusement, beaucoup plus fréquente dans notre que ce qui apparaît au premier abord.

C’est un roman de parole libérée, mais aussi de l’après. Des remarques, de ce que subissent les victimes après avoir parlé. Pas seulement de la part de l’agresseur, mais aussi de leurs proches. Cette obligation au silence, à l’inaction « pour ne pas envenimer les choses » ou « ne pas provoquer » pèse sur la narratrice. La menace, dans la tempête blanche, est bien réelle, mais c’est sur le chemin qui a emmené les personnages là où il sont que l’on s’attarde. Sur la manipulation, sur l’éloignement volontaire, l’aliénation de la famille. Et avec ce roman où tout est poussé à l’extrême, nous pouvons à nouveau réfléchir sur ce qui est accepté dans notre société, ce qui est considéré comme « normal ».

Je me considère comme féministe. Je crois fermement à l’égalité entre les hommes et les femmes mais j’ai assez rarement été confrontée à du masculinisme crasse comme celui qui est décrit dans le roman. Je n’ai pas non plus tendance à analyser toutes les situations avec le filtre du féminisme… le devrais-je?

Bref, un roman marquant, porté par une plume magnifique, hachée, très visuelle, et un thème principal qui apparaît petit à petit. Bouleversant.

Éditions Alto – 160 pages

(22 commentaires)

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  1. Un thème qui m’intéresse, mais je vais attendre. Comme j’ai lu « le consentement » récemment, j’overdose un peu (et 35 ans dans un milieu professionnel social, ça vaccine contre tout ce qu’il est possible de se produire en matière d’abus). Et au fait, c’est une fiction-fiction ou très autobiographique ?

    1. Yep, je comprends que ça doit vacciner. Et je pense que c’est une fiction-fiction!

  2. Vu ton ressenti, je ne peux que noter.

    1. J’ai vraiment beaucoup aimé. J’espère que ça va te plaire aussi. Et je suis fan de la plume de l’autrice.

  3. Wahou, j’aime vraiment beaucoup ce que tu dis de ce roman. Moi quand je lis qu’une personne a été secouée par sa lecture, ça me donne immanquablement envie de me jeter sur le roman en question.

    Le sujet semble très fort et c’est aussi ce que j’aime. Je note plutôt 2 fois qu’une! Merci de la découverte Karine.

    1. J’espère que tu trouveras et que ça te plaira. On sort secoué, veut veut pas… surtout quand on comprend où ça s’en va.

  4. Je ne sais pas si je le trouverai en Belgique mais je note! La couverture est sublime!

    1. Alto a vraiment le chic pour trouver des couvertures géniales, je trouve. Et ce roman vaut le coup.

    2. I est chez TULITU.

      1. Excellente nouvelle!

  5. Et dire que je n’ai encore jamais lu Élise Turcotte. Je devrais, d’après tes mots…

    1. C’est une autrice que j’aime vraiment beaucoup. Du coup, je conseille.

  6. Je ne la trouve pas facile à lire, cette Elise Turcotte. J’ai lu un titre, mais c’était à la fois intéressant et difficile. Je vais essayer d’en trouver d’autres, car je suis un peu intriguée.

    1. Celui-ci est plus facile à lire que les deux autres que j’ai lus d’elle. IL est assez accessible, quand on lui laisse le temps!

  7. Oh comme ça a l’air intéressant et finement abordé. Merci pour ce coup de coeur !!

    1. Je recommande avec un grand R!

  8. il a l’air de faire partie des à conseiller sur le sujet!

    1. J’ai vraiment adoré!

  9. Et on le trouve de notre côté de la Terre, tu crois ?

    1. Il existe en ebook mais à Paris, il doit être à la librairie du Québec… pour le reste, je ne sais pas trop où Alto est distribué.

  10. Il est dans ma PAL depuis son arrivée en Belgique. Je vais vite l’en sortir.

    1. Très hâte de lire ton avis!

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