La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon

Petite-communiste.jpgQue dire de ce roman qui n’a pas déjà été dit?  Sérieux, je ne pense pas que je vais vous apprendre quoique ce soit de nouveau dans ce billet, tellement ce roman a été lu, relu, commenté et recommenté encore sur les blogs.   Vous savez donc sans doute déjà que la petite communiste du roman, c’est Nadia Comaneci, qui a été l’enfant chérie des jeux olympiques de Montréal, avec ses 14 ans,  ses 40 kilos, ses rubans dans les cheveux et ses figures parfaites.  Figure emblématique d’un petit pays qui voulait battre les grands, montrée au monde entier comme modèle de la réussite du communisme sous le régime de Ceaucescu.   Des années 1970 à sa fuite de Roumanie en 1989, juste avant la chute du régime, une Nadia Comaneci ambivalente, mystérieuse, obstinée se dessinera devant nous.

J’avoue qu’au début, une biographie de Nadia Comaneci, je trouvais ça anecdotique.  En plus, j’avais vu, dans les années 80 (ou 90, je ne sais plus), un film sur sa vie.  Donc, je savais un peu.  Pendant toute la première partie, je me demandais vraiment ce que ça allait m’apporter.  Heureusemet, la plume de l’auteur, qui s’adapte aux situations décrites me plaisait beaucoup et j’ai tout de suite aimé les conversations (fictives) entre la narratrice et une Nadia contemporaine, de qui cette narratrice écrit la vie.   Et sérieusement, ce sont selon moi ces conversations précises qui donnent leur sens au récit.  On y retrouve une Nadia qui voudrait changer des choses, qui se rétracte, qui voudrait nuancer, préciser, qui ne veut pas dénoncer un jour et qui le souhaite le lendemain.  Une Nadia qui voudrait réécrire sa vie à sa façon.  L’auteur imagine ses pensées mais finalement, en refermant ces pages (ou en regardant des entrevues de Comaneci à la télé, c’est qu’elle entretient son mystère, la dame), nous sommes toujours dans le doute… qui sait ce qu’elle pense vraiment.

Alors oui, je pourrais discourir sur la dureté de son entraîneur, sur cette adolescence qui déteste son corps, qui le désavoue, sur les souffrances, les risques, sur l’entraînement fou, avec un coach qui apprenait en même temps que les fillettes.  Je pourrais vous parler de la Roumanie communiste, où il n’y avait rien à manger, où la vie, c’était de faire la file, mais où une personne talentueuse pouvait développer son talent (mais à quel prix).  Je pourrais vous parle de propagande, de délateurs.   Mais ce que je retiens de tout ça, outre le parcours unique de Nadia Comaneci, ce sont surtout les discussions entre la fille de l’est et la fille de l’ouest.  Les confrontations de points de vue, certains irréconciliables.  Les préjugés, autant d’un côté comme de l’autre.  Les clichés, les images de marque.  Mais surtout cette réflexion.

Entre faire son numéro en étant commanditée par un état communiste ou par des grandes compagnies, qui attendent des résultats, il y a quand même quelques ressemblances, non?

Ravie, donc, que ce roman, même s’il donne une vision pas rose bonbon de la Roumanie communiste, ne se contente pas de dénoncer.   Après tout, la chute après avoir été l’enfant chérie d’un pays n’est pas moins difficile dans un pays capitaliste.  J’ai aimé.  Même si la vie de Nadia Comaneci, en soi, à qui on a reproché de ne pas être éternellement restée à 14 ans, n’est pas un sujet de passion pour moi.

(24 commentaires)

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  1. Malgré ton avis, ce n’est pas un livre qui m’attire.
    Bonne journée !

    1. Céline: Voyons… ça ne tente à personne! C’est pas mal du tout, pourtant!

  2. J’avoue ne pas être du tout attirée par ce roman, et pourtant, beaucoup d’avis auraient pu me faire changer d’avis depuis…

    1. Noukette: En effet, il y en a de beaucoup plus positifs que moi même si en gros, j,ai amé.

  3. eh bien tu vois, moi, vu que je suis de manière très épisodique les blogs depuis plusieurs mois déjà, ce n’est que le deuxième ou troisième billet que je lis 😉 Je vais aller bientôt en Roumanie, donc je me le note pour le voyage (je dis ça, mais si ça se trouve je serai encore dans Le pays du Dauphin Vert de Goudge que je commence à peine, et vu que je n’ai que très peu de temps pour lire en ce moment…. je vais me le trainer!)

    1. Oh, la Roumanie… j’aimerais bien y aller, dans ce coin. En fait, j’aimerais bien aller partout! Comment tu trouves le Dauphin Vert? J’avais bien aimé!

      1. ah oui, et puis la Roumanie, oui ça a l’air beau. on s’est concocté un petit voyage à l’occasion du mariage d’une amie à moi…. delta du Danube, carpates etc…

        1. Oh, les Carpates… c’est pas le coin de Dracula, ce bout de pays?

  4. oh tu sais, je n’ai lu que quelques pages hier soir avant de sombrer…. mais j’aime bien ce que j’ai lu jusqu’à présent. C’est mon premier Goudge. En fait, c’est en cherchant un roman sur la Nouvelle Zélande que je suis tombée dessus. On verra bien! tu as lu d’autres romans de cette auteure?

    1. J’en ai lu un autre mais ça fait loooongtemps! Je ne saurais même plus quoi. J’avais bien aimé le dauphin, malgré quelques réserves sur certains personnages.

  5. J’ai beaucoup aimé ce roman, que j’ai trouvé bien construit et bien mené. Et tu as raison, Nadia Comaneci garde son mystère, ce qui est une bonne chose. J’ai fait un voyage en Roumanie dans ma jeunesse (c’était encore Caucescu) et j’ai retrouvé dans ce roman un certain nombre de choses vues et entendues.

    1. Oui, j’ai aussi trouvé ça bien fait… ça aurait pu tomber dans l’anecdotique mais non, finalement, ça nous emmène plus loin!

  6. Plus je lis d’avis (même positifs) et plus je me dis que ce roman n’est pas pour moi.

    1. Des fois, on a cette intuition-là… et habituellement, elle est assez bonne!

  7. Je l’ai dans ma pile. J’ai foncé dessus à sa sortie… pour la couverture ! Oui, bon, je suis futile ! Mais depuis, je le laisse de côté. Je suis contente de lire tes arguments, qui me redonnent presque envie de m’y mettre !

    1. Tnat mieux, on dirait que j’ai découragé tous les autres alors qu’au fond, j’ai bien aimé!

  8. pas mal oui mais sans plus pour moi…

    1. Violette: J’ai surtout aimé la réflexion qu’il suscite… je n’en garderai peut-être pas un souvenir impérissable mais en gros, j’ai aimé!

  9. Un roman que j’avais trouvé plus profond qu’il n’y parait.

    1. Alex: Il y a en effet un côté réflexion sur les valeurs occidentales qui est très intéressant.

  10. C’est étrange depuis quelques temps tout me ramène à mon enfance et adolescence, je parle du point de vue littéraire. J’ai lu Les Souliers de Mandela d’Eza Paventi, Persepolis de Marjane Satrapi et maintenant tu parles de Nadia Comaneci. J’ai encore les images dans ma tête de la petite athlète.
    Ce n’est pas un livre que j’ai beaucoup rencontré sur les blogs. En France, nous l’avons oubliée peut-être… Je vais l’ajouter à ma wish list.

    1. Chapitre Onze: Tu as aimé les souliers de Mandela? J’ai adoré ce roman. Je vais aller fouiner chez toi! Pour ce roman, il a quand même été pas mal vu sur les blogs, mais il y a quelques mois. Je suis toujours un peu en retard!

      1. Oui j’ai beaucoup aimé ! C’était vraiment une belle découverte pour moi. Je l’ai reçu en service presse. En France il n’est sorti qu’en juin dernier.

        1. Je ne sais trop quand il est sorti ici… je l’ai reçu en cadeau celui-là! Mais c’est une lecture différente. Bien contente de l’avoir lu.

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