Hotel Lonely Hearts – Heather O’Neill

J’ai décidé, comme chaque année, de lire les romans présélectionnés pour le Prix des Libraires du Québec. Ce gros roman m’avait attirée parce qu’il était publié chez Alto et que j’aime beaucoup leur ligne éditoriale. Je ne savais pas du tout dans quoi je m’embarquais et je l’ai lu en duo avec ma mère, qui a – comme souvent – une opinion assez différente de la mienne!

La mère de Pierrot avait 12 ans et une enfance à vivre. La mère de Rose a tenté de la sauver mais la fillette a fini sous un arbre. À l’orphelinat où ils vont se retrouver, toutes les filles s’appellent Marie et tous les garçons s’appellent Joseph. Les bonnes soeurs ne sont pas toujours bonnes et souhaitent étouffer dans l’oeuf toute dose de folie ou d’anticonformisme. Toutefois, à eux deux, les enfants vont créer des moments magiques et concevoir, dans leurs petites têtes, le plan d’un cirque fantastique, peuplé de clowns tristes , de musique et de danses envoûtantes. Pierrot est lunaire, musicien génial, un peu hors du monde. Rose est fonceuse, espiègle, égocentrique et elle n’a peur de rien. Toutefois, certaines personnes voudront les séparer… et vous verrez!

Nous sommes donc dans le Montréal du début du 20e siècle, où la religion, la pègre et la police se partagent le pouvoir. L’ambiance est un peu fantasmagorique et teintée de réalisme magique, très présent et très prégnant. C’est poétique, plein d’images évocatrices et j’ai été pour ma part complètement absorbée dans ce Montréal incroyable et fantasmé. Une fois plongée dans cet univers, je pardonne tout, toutes les invraisemblances et les lubies de l’auteure, contrairement à ma mère, qui a été à la fois agacée et ennuyée par tout ça. Comme de quoi on peut avoir des ressentis très différents aux mêmes éléments.

C’est glauque, noir, empreint d’une sexualité souvent hors-norme. Rien ne nous est épargné et le ton sur lesquels certaines horreurs nous sont livrées ne concorde absolument pas avec la teneur – assez horrible – du propos. Imaginez un décor complètement sombre, avec, en avant-scène, des clowns, de la magie et des paillettes. C’est tout à fait ce qu’est ce roman. C’est fou comme les mots ont du pouvoir. Il se passe des choses terribles, les personnages font des horreurs, et on se prend à vouloir que ça fonctionne. Les deux personnages principaux, amoureux maudits auxquels la vie ne laisse que très peu de chance, sont imparfaits, plein de failles, et ils prennent mauvaise décision sur mauvaise décision. Leurs destins s’entrecroisent, se frôlent et nous marchons avec eux dans le Montréal de la grande dépression, guidés par le même espoir qu’eux : se revoir et une mystérieuse fantasmagorie des flocons de neige.

Un roman d’ambiance, provocateur, qui laisse un goût étrange quand on le referme. J’ai pour ma part été très sensible à la poésie de l’auteur tandis que ma mère a trouvé ça long et peu crédible. Deux opinions… mais je compte bien pour ma part lire autre chose de l’auteure!

(10 commentaires)

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  1. Ce livre m’attire beaucoup, mais j’ignorais que ça se passait à Montréal et mieux, qu’il y a du réalisme magique. C’est une lecture pour moi !

    1. Hâte de voir si ça va te plaire alors! Croisons-nous les doigts.

  2. Ca m’attire aussi mais je vais plutôt l’emprunter à la bibliothèque, si jamais je pensais comme ta mère 😉 L’auteure ne va-t-elle pas bientôt faire paraître un nouveau texte chez Alto ?

    1. Ma mère trouve d’ailleurs que je n’ai pas du tout nuancé son avis et elle ne veut plus me parler de livres! Et oui, il ya un nouveau titre qui vient juste de sortir. Mlle samedi soir. Il est dans ma pile.

  3. Malgré le côté poétique que tu as trouvé, je ne suis pas tentée.

    1. Il faut avoir envie d’étrange, en fait. C’est un roman bizarre, avec un peu de réalisme magique… bref, c’est spécial.

  4. J’ai beaucoup aimé!

    1. Je ne suis pas surprise. C’est un roman qui marque, ne serait-ce que par son ambiance.

  5. J’ai été charmée par l’ambiance du roman et par les flocons de neige… un très beau moment de lecture.

    1. Oui, mo i aussi. L’ambiance m’a marquée.

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