Filles de Lilith – Sarah Blau

Le comment du pourquoi

Imaginez. Un roman qui explore le thème de la non-maternité, en Israël où la procréation est presque un devoir national (selon ce que j’en ai lu), sur fond de mythes bibliques. Comment on résiste à ça? Ben c’est ça. Je ne résiste pas!

De quoi ça parle

À l’université, Sheila et ses trois grandes amies s’étaient dit que la maternité, ce n’était pas pour elles. Elles le revendiquaient haut et fort, et ce dans un pays où pour une femme, devenir mère devrait être une évidence. À près de 40 ans, Sheila, la narratrice, les a perdues de vue mais quand l’une d’entre elles, célèbre bibliste ayant basé sa carrière sur les femmes sans enfant de la Bible, est retrouvée morte avec une poupée collée sur elle et le mot « maman » inscrit sur le front, toute cette période de sa vie va revenir à l’avant-plan.

Mon avis

Ce roman m’a en-ra-gée. Rien de moins. Vous savez, quand on nous promet une vraie exploration d’un thème, d’une thèse et que finalement, ce n’est pas tant ça qui t’est offert, c’est frustrant. Je n’ai pas d’enfants. Par choix. Je n’en suis pas malheureuse, ça ne me manque pas du tout et j’en ai mon maudit voyage qu’on de me faire dire que « je vais le regretter », que j’aurais été certainement plus heureuse avec, même si je ne le sais pas, que je ne suis pas une vraie femme, que je vais finir abandonnée, que j’ai sans doute eu des traumatismes dans ma jeunesse et que je n’ose certainement pas m’avouer que, au fond, j’en veux des enfants, mais que c’est un mécanisme de défense parce que je n’en ai pas eu. Ça et de me faire demander « pourquoi »? Non mais qu’on fiche la paix à mon utérus!

Donc ce thème c’est ma sensibilité à moi. Et vous savez, des trigger warnings pour les « femmes qui réalisent qu’elles avaient raté leur vie parce qu’elles n’avaient pas d’enfants », ça n’existe pas. Et ça arrive TOUT LE TEMPS. La représentation des femmes sans enfants, c’est n’importe quoi. Je vous jure. Bref, ici ça fait dur. Vraiment.

Et c’est dommage parce que l’exploration du thème au départ me tentait beaucoup. Même si je ne suis pas croyante, je connais assez bien la Bible et l’idée de cette mythologie derrière l’histoire, la possibilité de réécriture, m’intéressait particulièrement. Entre Lilith, sorcière qui porte malheur aux femmes enceintes et qui mange les bébés, la prophétesse Myriam et la sorcière d’Endor, il y avait de quoi faire. De plus, j’aimais l’idée de parcours de femmes qui avaient pris une décision très jeune et de voir leur évolution. L’écriture est bien sans plus, l’histoire bien menée, même si un peu convenue et j’avais vu venir la plupart des événements. Mais ce n’est pas ce qui m’énerve.

À PARTIR DE MAINTENANT, JE SPOILE… DONC ARRÊTEZ DE LIRE SI LE ROMAN VOUS TENTE!

Savez-vous quoi? En fait, tout le monde en voulait, en fait des enfants. La plus agressive dans ses propos s’était en fait fait inséminer et voulait maintenant faire la paix avec son passé (de façon plus ou moins adéquate, certes). Et ah oui, une autre aussi. Sans le dire à personne. Et la narratrice? En fait, elle avait peur et devient la « mère de substitution » d’un autre personnage. Ceci dit, ce cheminement est assez logique, étant donné les questions qu’elle se posait tout le long du roman. Mais TOUTES?? Ah oui, j’oubliais. Celle qui n’était pas bien dans la maternité s’est suicidée après avoir tenté de tuer ses deux filles. Donc no redemption possible for her. Ce n’est probablement pas l’intention de l’autrice, mais ça donne l’impression que les seules personnes qui sont dignes de rédemption sont celles qui, finalement, voulaient des enfants. Genre, vraiment. Tout le monde a changé d’idée, finalement.

Et ça aurait pu être tellement intéressant si ça avait été exploité autrement, avec plus de finesse. Qu’une idée prise « en gang » à 20 ans puisse changer, c’est totalement normal. On en fait des conneries à 20 ans. Qu’on se laisse finalement influencer par la pression sociale, ok. Mais il aurait fallu que ce soit mieux traité que ça. Là, c’était juste enrageant car j’aurais espéré UNE représentation. Une genre de « sorcière » pas damnée.

Sauf que non. Et je suis insultée.

Voilà, vous avez eu droit à mon rant complet! Et vous savez ce qui me gosse dans un roman!