Eugène Onéguine – Alexandre Pouchkine

Eugene-Oneguine.gifPrésentation de l’éditeur

« Placé du côté de la légèreté, du sourire, le romande Pouchkine est unique dans la littérature russe: il n’apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n’accuse pas, n’appelle pas à la révolte, n’impose pas un point de vue, comme le font, chacun à sa façon, Dostoïevski, Tolstoï ou, plus près de nous, Soljénitsyne et tant d’autres, Tchekhov excepté…

 

En Russie, chacun peut réciter de larges exgraits de ce roman-poème qui fait partie de la vie quotidienne.  À travers l’itinéraire tragique d’une non-concordance entre un jeune mondain et une jeune femme passioinnée de littérature, il est, par sa beauté, par sa tristesse et sa légèreté proprement mozartienne, ce qui rend la vie vivable. »

 

Commentaire

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre quand j’ai ouvert ce roman.  En effet « roman en vers », ça m’inquiétait un peu.   Je m’attendais donc à un truc lyrico-romantique complètement dégoulinant… mais non!  Quelle agréable surprise que de plonger dans ces pages.  J’ai littéralement adoré. 

 

J’ai quand même passé plusieurs heures dans ces pages… voyez-vous, quand il y a vers, c’est une compulsion, il FAUT que je les lise à voix haute.  Du coup, ça limite les moments où je peux lire, n’est-ce pas.  Mais j’ai prononcé ces mots avec un sourire aux lèvres, en riant parfois, en fronçant les sourcils à d’autres moments ou encore en soupirant.  En effet, tout le roman est écrit en strophes de 14 vers comptant 8 syllabes chacun, avec un patron de rimes et une accentuation vraiment particulière.  Inutile de préciser que j’ai lu quelques paragraphes plus d’une fois.   C’est qu’il y a une véritable musique là-dedans. Je n’ose même pas imaginer la tâche du traducteur.  Adapter la poésie russe de cette façon en tentant d’en conserver le plus de caractéristiques possibles et en respectant cette forme… quel exploit. 

 

Mais parlons de l’histoire… toute simple, au fond.  Eugène Onéguine, dandy de la haute société, est pris d’un terrible spleen terrible et se sent complètement vide dans cette haute société artificielle remplie de faux semblants.  Égocentrique, peu impliqué dans la vraie vie, il part à la campagne lorsqu’il hérite d’un vieil oncle et deviendra ami – pour tuer le temps – avec Lenski, jeune et ardent poète de 18 ans, qui tombera amoureux de la fille des voisins, Olga.  Quant à Tatiana, l’aînée, jeune fille pure et vivant dans les romans, elle fondra au premier regard pour Onéguine. 

 

Bon, je ne vous révélerai pas la fin.. ni même le milieu.  C’est une histoire à la fois belle et triste, mais ordinaire aussi.    Les héros confrontent leurs idéaux avec la réalité, manquent des occasions, s’inventent des châteaux en Espagne…    Mais ce roman, c’est beaucoup plus que ça.  C’est aussi le regard acéré et critique de l’Auteur, ce « je » omniprésent, qui bavarde allègrement avec le lecteur, joue avec lui et lui propose des opinions et leur contraire.  Il s’égare dans des digressions sur lui-même, ses passions, sa vision de la société russe.  Le tout sur un ton souvent moqueur et parfois nostalgique, cet Auteur s’en permet et il m’est apparu comme un double romancé de Pouchkine.  

 

C’est aussi une plongée dans la campagne russe, avec son mode de vie et ses paysans, mais aussi les grands cercles de la haute, complètement différents, menant parfois à l’oisiveté et à la création de ces hommes comme Onéguine, un peu inutiles et complètement déconnectés.  Le texte est truffé de références à des poètes russes et français.  On y croise aussi Lord Byron ainsi que plusieurs héros romantiques, à partir desquels Tatiana avait amalgamé une personnalité pour son Onéguine de rêve.    J’ai adoré.  Même si j’avais définitivement besoin des notes de bas de page pour les saisir.

 

Un texte qui, selon ce que j’en ai lu, est très important pour la littérature russe.  Écrit en russe, il semble avoir participé à la mise en valeur de cette langue qui était à l’occasion délaissée pour le français dans certains cercles.  Une oeuvre à lire et un véritable plaisir de lecture pour moi!

 

Le billet de Yueyin, avec qui je faisais lecture commune!

 

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26 Commentaires

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  1. oui oui oui tu as tout dit, (je bats des mains là 🙂 c’est une merveille ! très bel article bien plus circonstancié que le mein mais les classiques, surtout si magnifique, ça me coupe le sifflet ! :-)))

    1. Yue: Enchanteur, n’est-ce pas!  J’ai adoré.  Quelle lecture!

  2. Ca me donne très envie, j’adore la ittérature russe, mais tout un roman en vers …hum, hum !!! je vais y réfléchir !!

    Je suis en plein dans « Le maitre et Margueritte » de Mikhail Bolgakov …très surprenant !

    1. Malika: En fait, ça se lit très bien.  Les vers sont assez « terre à terre » et pas du tout obscurs.  (Je sens que c’est moi qui ne suis pas très claire, là!).  Le maître de Marguerite m’attend dans ma pile… tu me diras si c’est bien!

    • Marc sur 13/04/2011 à 09:52

    Un grand classique que j’ai beaucoup aimé!

    1. Marc: Je vais maintenant pouvoir dire la même chose!

  3. J’ai lu ton commentaire chez M’âme Yue Yin et je t’ai traité de russophile, ce qui, disons-le n’est pas vraiment insultant. Quand aux vers, je ne les lis pas, je les mets sur mes hameçons, même les poissons n’en veulent pas.

    Le Papou Béotien

    1. Le Papou: Disons que j’ai tendance à aimer les Russes… mais je ne m’y connais pas tant que ça!  Et là, grâce à toi, à toutes les fois que je vais lire un poème, je vais m’imaginer une cup en styrofoam avec des vers dedans… yark.  ! ;))

    • iloucat sur 13/04/2011 à 01:07

    Je voulais vous citer le nom d’un autre  trés grand auteur russe qui est Goncharov.Son livre Oblomov ,  le plus connu est magnifique.

    1. iloucat: Merci de l’info.  J’aime bien ce que j’ai lu de la littérature russe mais je réalise que je n’y connais pas grand chose, en fait!  Je vais aller voir ça de plus près!

    • iloucat sur 13/04/2011 à 05:57

    J’ai fait une faute en ecrivant le nom de cet auteur  russe :c’est Gontcharov

    1. iloucat: Merci 😉  J’avais trouvé tout de même… En anglais, ils ne mettent pas le « t », bizarrement.  Et je suis ma foi bien tentée!

  4. Je suis terriblement contente que tu l’ai aimé 🙂

    1. GeishaNellie: Je savais que tu serais contente! Même que j’ai failli aller te laisser un petit mot pour te le dire.  Mais bon, j’avais peur d’avoir l’air de vouloir me faire de la pub!

  5. Ne reste plus qu’à aller écouter l’opéra maintenant.

    1. Alex: Yep, il reste ça.  Je ne l’ai jamais vu affiché par ici par contre… je vais guetter, maintenant!

    • Sara sur 14/04/2011 à 03:02

    Je ne connais pas et ça a l’air très tentant ! L’idée de lire un roman en vers m’intrigue je dois dire. C’est une belle découverte et il va vite rejoindre  ma PAL. 

    1. Sara: C’est une expérience en tout cas.  Et j’ai vraiment, vraiment adoré.  Bonne idée pour la pile, tu m’en redonneras des nouvelles!

  6. Si tu m’écris un mot pour me parler d’une lecture que j’ai si apprécié, jamais je ne considérerai que c’est de la pub ! Et dire que j’ai même osé interrompre ta conversation facebookienne avec Yueyin ! Faut le faire comme enthousiasme !

    1. GeishaNellie: OK, je m’en souviendrai 😉  J’ai une petite crise de « la pub me hérisse » ces temps-ci, je pense!  Et les conversations FB sont là pour être interrompues ;))

  7. Toujours un dilemme pour moi ces traductions de textes en vers, j’ai l’impression que le traducteur doit faire trop « d’adaptations » pour respecter la forme. J’ai eu le même problème avec Peer Gynt récemment où le traducteur a carrément décidé d’abandonner les vers pour respecter le sens. Enfin bref, ça a l’air réussi dans ce cas-ci alors je dis pourquoi pas.

    1. Zarline: Oui, vraiment, c’est complexe.  Le traducteur a planché es années pour cette traduction. Yue en a lu une différente d emoi et a aussi beaucoup aimé.  Le sens est le même, en fait.  J’ai Peer Gynt mais en anglais… je ne le trouvais pas en français…

  8. Bon, je tenterai peut-être. Pour Peer Gynt, ma traduction est ancienne mais je l’ai en fichier pdf si ça t’intéresse… Je peux te l’envoyer sans problème. 

    1. Zarline: Ah oui, j’aimerais bien!  Bon, je ne sais pas quand je vais le lire… mais je pourrai comparer l’anglais et le français!

  9. C’est l’un de mes romans préférés. Ecrit avec une telle légerté mais parlant quand même de vérités éternelles. Moi je l’ai lu dans une autre langue et franchement j’ai un peu peur que si je le commence en français je serais un peu déçue, mais je pense qu’un jour je vais quand-même franchir le pas… 

    1. Gergana: Tu l’avais lu en quelle langue??  J’ai beaucoup aimé.  La traduction est bonne, c’est vraiment bien fait.  Ca m’a énormément plu. 

  1. […] qui me suivent depuis longtemps savent que je voue un amour fou à Eugène Onéguine, de Pouchkine. Mais, vraiment. Je me rappelle le regard éberlué du copain que j’avais à […]

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