«

»

Avr 06 2012

Photo du profil de Karine:)

Le dieu du carnage – Yasmina Reza

dieu-du-carnage.jpgCommentaire

Attention, c’est du théâtre!  Mais cette lecture a été pour moi un moment carrément jubilatoire.  Quelle pièce!  Repérée sur le blog d’Amanda il y a des années, j’avais été désolée 1) de ne la trouver nulle part et 2) de ne pouvoir y assister quand elle a été montée au TNM fin 2010.    J’ai dû attendre février 2011 pour trouver la pièce à Paris… pour la lire plus d’un an plus tard.  Que voulez-vous, je suis faite de contradictions. 

 

Donc, cette pièce.  Deux couples aisés se rencontrent pour régler un problème « entre adultes civilisés ».   En effet, le petit Reille a donné un coup de bâton au petit Houllié. Une banale querelle, une chicane d’enfant, quoi.  Bon, dans ce cas précis, le petit Bruno a quand même deux dents cassées… mais rapidement, ça va dégénérer et le problème principal, quoi que catalyseur de la joute verbale de haute volée qui va se dérouler pour nous, permet de faire se briser la façade de politesse gênée du départ.

 

C’est drôle et désespérant à la fois.  Et on ne peut se demander comment on réagirait, nous, dans une telle situation. 

 

Parce que bon, personne n’est épargné hein.  Véronique, la mère du jeune Bruno (la « victime ») se veut pacifiste, ouverte sur le monde, contre la violence.  Elle est civilisée.  Et terriblement moralisatrice et donneuse de leçons.   On sent que chaque mot est pesé et calculé.  Son mari, grossiste, tente de jouer le gars conciliant alors qu’en fait, il ne l’est pas du tout.  Quant aux Reille, il y a Annette, la mère, malheureuse, angoissée et complètement écrasée par son mari.  Quant à Alain, avocat plus ou  moins laxe quant à l’éthique (moins que plus, en fait), il se fout pas mal de ces histoires d’enfants et est beaucoup plus préoccupé par son cellulaire et les problèmes de son client, une compagnie pharmaceutique. 

 

Pas très aimables, tous détestables par moments (et touchants à d’autres), cette rencontre va faire exploser les apparences pour révéler tout ce qu’il y a en dessous, les conflits qu’ils mènent contre eux-mêmes, leurs visions de la société, du couple, de la famille.  C’est dans ce contexte que vont ressortir travers et frustrations gardées pour soi.   L’auteure part d’une situation banale, qu’elle fait habilement déraper de façon très crédible vers une situation où les adultes matures et responsables sont tout sauf matures et responsables.  C’est graduel, on sent la perte de contrôle (malaise qui est ressenti dès les premières lignes) mais plus ça va, plus les personnages s’éloignent, deviennent irrationnels… et après plusieurs phrases qui portent à réfléchir,  leurs répliques finales ne volent pas beaucoup plus haut que celles d’un enfant de l’âge des leurs.

 

De l’humour grinçant, un regard sur la société qui fait réagir. Quelques scènes hilarantes (celle du téléphone ou du livre, j’étais morte de rire… super sens des priorités) et un excellent moment de lecture!

 

Et je finirai en disant… poor hamster!

(30 commentaires)

Passer au formulaire de commentaire

  1. Brize

    Je l’ai lue il y a un petit moment (en 2008, quand elle était sortie, c’est ma médiathèque qui me l’avait fait découvrir) et j’avais beaucoup aimé !

    J’ai vu l’adaptation cinématographique , très efficace !

    1. Karine :)

      Brize: Je ne savais pas qu’il y avait une adaptation ciné… je vais essayer de trouver ça!

  2. Selena

    Tu dis qu’il n’est pas trouvable au Québec? C’est vraiment dommage, car j’aimerais bien le lire! Tant pis!

    1. Karine :)

      Selena: En fait, sur commande, il l’est probablement hein… Quand j’ai acheté le livre, je n’avais pas encore le « bon » libraire!

  3. Anne

    J’ai vu l’adaptation au cinéma, par Polanski, très fidèle à la pièce d’après ce que je lis chez toi. Ce serait chouette de lire le texte version française ! En effet, pauvre hamster !! (et pauvres enfants, non ?!)

    1. Karine :)

      Anne: Yep, tu as raison, pauvres enfants.  Et le pire, c’est que ce n’est pas siiii loin de la réalité, tout ça… 

  4. Le Papou

    Pöurquoi dis-tu que tu es Miss contradictions en personne alors que tu devrais plutôt te prénommer Constance ?

     

    Le Papou

    1. Karine :)

      Le Papou: Hmmm… je vais la garder en tête celle-là, pour quand mes proches vont me dire que je change d’idée toutes les 4 secondes et que je ne m’accorde jamais avec moi-même!

  5. Fée Bourbonnaise

    J’ai lu « Art », du même auteur. Et j’avais beaucoup aimé. Je note ce titre. 😉

    1. Karine :)

      Fée Bourbonnaise: Je ne connais pas du tout… en fait, avant de lire le billet d’Amanda, je n’avais même jamais entendu parler de l’auteur.

  6. Voyelle et Consonne

    Pauvre hamster, effectivement. Du théâtre bourgeois qui claque bien et qui réserve quelques bonnes surprises. Je l’avais vu au théâtre (à Bruxelles) et j’ai bien aimé le film aussi.

    1. Karine :)

      Voyelle et Consonne: Oui, même si on s’attend à ce que ça vire très très mal, l’auteur réussit à nous surpendre.  C’est une pièce que j’aimerais beaucoup voir!

  7. L'irrégulière

    « Art » m’avait laissée perplexe, mais ce que tu dis m’intrigue…

    1. Karine :)

      L’irrégulière: Je suis plutôt curieuse à propos de « Art »… il semble créer toutes sortes de réactions.  J’ai l’impression que ce texte-ci est plus accessible…

  8. Morgouille

    Je plussoie complètement : une super pièce ! Je l’ai vue il y a 3 ans au Public (Bruxelles), une vraie réussite ! Mais le monument de Yasmina Reza reste quand même « Art », une pièce mythique, jubilatoire et pleine de réflexions vraiment intéressantes ! Je l’ai aussi vue jouée par trois grands comédiens belges, c’était énorme (mieux que la version Arditi-Vaneck-Luchini !) !!! 🙂

    1. Karine :)

      Morgouille: Ah, tu l’as vue, lucky you!  Je suis très curieuse à porpos de Art… va falloir que je cherche!

  9. Alex-Mot-à-Mots

    Je lirai bien cet auteur de roman dans un texte de théâtre. Et puis le titre me pose question.

    1. Karine :)

      Alex: En fait, je ne savais même pas qu’il y avait aussi des romans… mon inculture me fait presque peur!  J’ai bien aimé cette pièce, je conseille.

  10. YUEYIN

    ça fait peur quand même 🙂

    1. Karine :)

      Yue: Tout à fait… le problème c’est que pour avoir déjà vu des crêpages de chignon entre parents, c’est heu… réaliste?

  11. Lucie

    J’ai vu la version montée par le TNM l’année dernière; jouissif!

    1. Karine :)

      Lucie: Oh, je ne savais pas qu’il avait été monté à Montréal.  Des fois, je m’ennuie de la ville pour les spectacles et le théâtre.

  12. Liliba

    Intéressant ! et j’aime bien lire du théâtre, de temps à autre.

    1. Karine :)

      Liliba: Moi aussi, j’aime beaucoup ça.  Bon, pas toujours mais parfois, ça me plaît.  Et cette pièce m’a vraiment accrochée.  J’ai beaucoup aimé le portrait de ces familles.

  13. Edelwe

    Nous avons vu une lecture de la pièce avec mes élèves et ça leur a bien plu. C’est vrai que c’est bien observé.

    1. Karine :)

      Edelwe: Je trouve ça farfelu mais réaliste en même temps.  Ca m’a vraiment beaucoup plu.

  14. divorce

    Je vais profiter de ces quelques jours de vacances  pour lire“ Le dieu du carnage “ et vous donnerai mon impression. A bientôt 

    1. Karine :)

      J’espère que ça plaira.  En fait, le sujet est tout à fait dans le sujet dont vous faites la publicité sur mon blog.  Malheureusement, les gens font super bien ça sans pub…

  15. GeishaNellie

    J’ai vu cette histoire au cinéma … c’était vraiment très ennuyant ! Mais je sais que c’est fait pour être une pièce de théâtre et c’est sûrement 100% meilleur !

    1. Karine :)

      GeishaNellie; Je ne sais pas ce que ça donne au ciné, mais j’ai trouvé ça jubilatoire en théâtre!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Aller à la barre d’outils