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Mai 16 2010

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Une éducation libertine – Jean-Baptiste Del Amo

education-libertine.jpgPrésentation de l’éditeur

«C’est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n’a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n’ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l’excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu’il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l’amour, il les méprise soudain car seule la volupté l’attise. On chuchote qu’il aurait perverti des religieuses et précipité bien d’autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n’être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s’en méfier comme du vice.»


Paris, 1760. Le jeune Gaspard laisse derrière lui Quimper pour la capitale. De l’agitation portuaire du fleuve aux raffinements des salons parisiens, il erre dans les bas-fonds et les bordels de Paris. Roman d’apprentissage, Une éducation libertine retrace l’ascension et la chute d’un homme asservi par la chair. »


Commentaire

Je sens que je vais avoir du mal à parler de ce livre.  En effet, voilà un roman qui m’a impressionnée, auquel je reconnais de nombreuses qualités, mais que je n’ai pu apprécier qu’une fois sa lecture terminée.  Je sais, c’est étrange… mais c’est quand même ce qui m’est arrivé. 


C’est l’histoire d’un jeune homme, Gaspard, qui fuit Quimper, sa ville natale, sa mère qui « sent la truie » ainsi que tout ce que cette vie représente et qui arrive à Paris, sans rien, pour se construire.  C’est finalement à son ascension dans le monde mais aussi à sa destruction par lui-même que nous assisterons au fil des pages. 


Pendant la première partie, on se plaît à espérer pour Gaspard, on est heureux qu’il réussisse à quitter la Seine pour un avenir meilleur… sauf qu’à mesure où le personnage devient ma foi de moins en moins sympathique (bon… carrément détestable, par moments), on se concentre plus sur son évolution psychologique et sur son désir de réussir pour se venger du comte Étienne de V., libertin notoire qui l’a initié à l’amour et qui est parti tout de suite après, comme ça, sans espoir de retour.   Gaspard se transforme peu à peu en un être assez abject, sans morale, prêt à tout pour réussir, même à s’auto-détruire.  Il se considère supérieur à tous, croit que tout lui est dû et en veut à ceux qui ont été là pour lui car ils le tirent selon lui vers le bas.  Pas de sentiments et pour sentir quelque chose, Gaspard tentera tout ce qui est en son pouvoir, par tous les moyens à sa disposition…  quitte à tout y laisser.  


Le personnage qui m’a le plus fascinée est sans conteste le comte Étienne de V. qui fait penser un peu à Valmont par certains côtés.   Emma, la prostituée généreuse qui tient sincèrement à lui m’a aussi touchée.   Quant à Gaspard, il tente d’être comme son modèle sans y parvenir, sans s’élevé au-dessus de la médiocrité qu’il croit sentir pourrir en lui.   La ville de Paris est également un personnage à part entière, grouillant, respirant et… exhalant.  Parce que bon, si à la fin de ce roman on ne sait pas que Paris puait à l’époque, c’est qu’on a dormi tout le long de la lecture.


Cette mise en situation est, pour piquer les mots d’Isil avec qui j’en ai discuté, efficace.  L’écriture est dense, surchargée d’adjectifs, tout comme la ville nous paraît étouffante.  J’ai étouffé dans ce roman.  Diablement efficace pour le régime aussi parce qu’après avoir lu ce livre, j’étais incapable de manger quoi que ce soit pendant au moins 2 heures.  Et j’ai généralement le coeur bien accroché.  Sauf que là, pour mon goût personnel de lectrice, ça a été trop.  Il y a énormément de descriptions (la première partie, entre autres,où l’on nous présente Paris, en est principalement composée), toutes plus dégueulasses les unes que les autres, à croire qu’il n’y avait presque rien de beau et « pas puant » à Paris à cette époque   On exploite à fond le champ sémantique du corps et de ses sécrétions variées.  À répétition.  Et pour moi, ça a été beaucoup trop et ça m’a donné une impression « d’artificiel », comme si on avait voulu m’en mettre plein la vue et le nez.  Les mots « violer » et « puer » reviennent à je ne sais combien de reprises (j’ai renoncé à compter) et si c’est probablement voulu, ça a quand même réussi à m’énerver. 


Malgré tout, je reconnais que la plume est soignée, originale et qu’elle m’aurait beaucoup plu si elle ne m’avait pas levé le coeur à toutes les 10 lignes.  Un roman intéressant, dont j’ai apprécié la finale, tout particulierement, mais auquel j’ai quand même trouvé quelques longueurs.  Pour les lecteurs au coeur bien accroché. 

 

Merci à Lise et aux Éditions Folio pour cette lecture!

(36 commentaires)

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  1. Le Papou

    Eh oui! Mme Karine, nos ancêtres vivaient dans la puanteur, plus encore à la ville qu’à la campagne, jetant par la fenêtre le contenu de leurs pots de chambre. Les rues comportaient un caniveau en plein milieu d’où les expressions  » tenir le haut du pavé » et « être dans le ruisseau ». Sans parler des odeurs qui flottaient même au chateau de Versailles.

    Le livre de J.L.Beaucarnot « Nos ancêtres les français » dont j’ai parlé dans mon blog nous conte qu’avant le monde moderne, cela ne sentait pas la rose.

     

     

    1. Karine :)

      Le Papou: ah oui, après la lecture de ce livre, je le sais!  Même si j’en avais entendu parler en histoire et aussi dans d’autres romans se passant à l’époque!  Il devait falloir avoit le coeur bien accroché… ou alors s’habituer!

  2. mango

    Bon, ça promet mais je verrai bien! Je l’ai acheté récemment! Finalement ton avis est quand même positif, a posteriori, si je comprends bien! 

    1. Karine :)

      Mango: Oui oui, mon avis est positif!  C,est juste cet aspect qui m’a énervée, pas à cause de sa présence mais à cause de son omniprésence.  Je suis consciente que c’est voulu et que Paris est personnage, avec ses odeurs et son propre « corps » en général mais pour moi, comme lectrice, ça a été trop.  Par contre, pour les personnages, leur côté détestable, pour leur évolution, c’est ma foi très intéressant!

  3. Leiloona

    Hum, au final c’est comme ces films d’auteur où l’on s’ennuie durant la séance, mais qu’on est tout de même content d’avoir vus ?

    1. Karine :)

      Leiloona: Je ne peux pas dire que je me suis ennuyée tout au long… mais certaines parties ont été difficile, je l’admets!  Mais oui, je suis contente de l’avoir lu!

  4. kathel

    Bon, ce livre me tentait encore un tout petit peu, mais je crois que je vais passer mon chemin… Ce doit être vraiment « trop » !

    1. Karine :)

      Kathel: En fait, il faut dire que quand un mot ou une expression commence à me sauter aux yeux, je deviens carrément intolérante!  Je sais que Ys a beaucoup aimé, par exemple!

  5. Alcapone

    Je viens de terminer le livre et je partage moi aussi ton avis : trop de descriptions pour en mettre plein la vue au lecteur. Mais tout de même un très bon roman pour les lecteurs qui ont le coeur bien accroché. Tout comme toi, j’ai aimé les personnages et en particulier celui d’Emma… La fin m’a également beaucoup touchée.

    Si tu veux jeter un oeil sur mon avis : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2010/05/une-education-libertine-jean-baptiste.html

    1. Karine :)

      Alcapone: Oui, nos avis se rejoignent en effet!  C,est cette impression de « mettre plein la vue » qui m’a un peu dérangée.  Mais pour le reste, c’est diablement efficace!

  6. Manu

    Il ne m’a jamais tenté mais là tu tues dans l’oeuf toute possibilité que je sois tentée un jour

    1. Karine :)

      Manu: Pourtant, je ne suis pas si négative!  Mais bon, j’avoue que le côté « puant » du livre m’a dérangée, malgré le fait que l’auteur est définitivement à suivre et qu’il a une plume ma foi très particulière!

  7. Richard

    Bonjour Karine,

    Je ne sais vraiment pas si je vais me laisser tenter !!!

    Est-ce que je devrais passer par dessus le coté « puant » du livre ??? Ou devrais-je me concentrer à baisser ma PALE déjà bien garni ???

    Bonne journée

    1. Karine :)

      Richard: Ah, ça, c’est ta décision… je ne veux pas influencer personne négativement, moi!!!  Il ya tout un autre côté que j’ai apprécié, à part le côté puant… mais il faut avoir le goût de lire ce genre de chose à ce moment précis!

  8. Ys

    Beaucoup aimé pour ma part : quel souffle dans ce premier roman !

    1. Karine :)

      Ys: D’accord pour le souffle et pour le talent certain de l’auteur.  Il y a une force à cette histoire, la fin est troublante et les personnages, malgré leur côté détestable, me sont apparus consistants.  Le seul problème pour moi et mon petit coeur, c’est que le souffle étant vraiment, vraiment trop nauséabond.  Un peu de ça, ça m’aurait plu… mais un moment donné, j’avais dépassé ma dose!

  9. Restling

    Je pense que je vais passer mon tour alors… Pas très tentée malgré les points positifs.

    1. Karine :)

      Restling: Je pense que ce n’est pas pour tout le monde.  Et pas pour n’importe quand.  Ne pas lire quand on a pour une raison ou pour une autre le coeur un peu chancelant!  Mais il y a définitivement quelque chose dans ce roman!

  10. Emily

    Le principe me plait bien, j’ai l’impression que je me plongerait des des intrigues à la Valmont (surtout si un des personnages l’évoque plus ou moins), et en général, j’aime bien les personnages abjects. Oui, c’est bizarre, je sais.

    1. Karine :)

      Emily: Moi aussi j’aime les personnages abjects!  Le compte de V m’a bien plu pour ça. 

  11. Sébastien

    Effectivement, le roman peut déranger, peut énerver, peut ennuyer. J’avoue. Mais il faut reconnaître que c’est un premier roman remarquablement bien écrit et mené, comme Gallimard en publie depuis deux ou trois ans (JB Del Amo, Tristan Garcia, Arthur Dreyfus, etc.). Un des meilleurs de la rentrée 2008 qui a faili avoir le Goncourt, rappelons-le !

    Au passage, la ouverture Folio est repoussante à souhait !

    1. Karine :)

      Sébastien: Oui, je le reconnais parfaitement.  Après coup j’ai trouvé que c’était bien construit, qu’il y avait un souffle certain et le côté tragique du destin du héros, si désagréable qu’il soit, semble inévitable.  Mais mon côté « lectrice du dimanche à qui le coeur lève facilement » a été ennuyée par le champ sémantique que j’ai trouvé un peu trop exploité.  Mais ça, c’est moi et j’avoue que je suis facilement énervée par ce genre de chose!

  12. sylire

    Je l’avais repéré à sa sortie mais franchement je ne sais pas si je le lirai… Si l’occasion se présente peut-être ?

    1. Karine :)

      Sylire: Il récolte des commentaire très enthousiastes et d’autres plus mitigés… à voir si tu as le goût de te plonger dans une telle lecture.

  13. Joelle

    Je l’avais considéré comme pas pour moi puis j’ai lu un avis très tentant qui m’a fait revenir sur ma première impression ! Et maintenant, tu me fais douter à nouveau … c’est pas bien, ça 😉 mdr ! De toute façon, ce sera un emprunt à la biblio alors si je n’accroche pas, je n’aurais aucun problème à l’abandonner !

    1. Karine :)

      Joelle: Il vaut la peine d’être essayé.  Mais il faut s’accrocher un peu au début!

  14. kalistina

    C’est curieux, toutes ces descriptions peu ragoutantes et ces odeurs pestilentielles ne m’ont pas tant gênée que ça…

    Et jusque dans mon adolescence, une des rues de la petite ville où j’habitais avait encore ce fameux caniveau en rigole, datant du Moyen Age 😀 J’ai été bien déçue le jour où ils ont décidé de refaire la rue!

    1. Karine :)

      Kali: Je te comprends d’avoir été déçue… j’aime les restes du passé, glorieux ou pas!  Mais j’avoue que je suis très, très facilement gênée par des répétition de mots ou des trucs peu ragoûtants.

  15. esmeraldae

    je comprend ce que tu veux dire, je l’ai aussi apprécié à la fin avec le recul!

    1. Karine :)

      Esmeraldae: Fiou!  Je ne suis pas trop pas claire dans ce que je voulais dire!  Et pas trop bizarre non plus!

  16. Zorane

    Je crois que je vais me pincer le nez et tenter le coup par curiosité

    1. Karine :)

      Zorane: Il vaut le coup qu’on essaie, en tout cas!

  17. zarline

    Après avoir lu plusieurs avis très positifs, ce livre est au sommet de ma LAL. J’ai toujours envie de le lire mais ce que tu dis sur les descriptions peu ragoûtantes m’inquiète un peu. On verra bien.

    1. Karine :)

      Zarline: Oui, plusieurs avis sont hyper positifs et c’est pourquoi je voulais lire ce livre moi aussi!!  Peut-être que comme Kali et plusieurs autres, ça ne t’embêtera pas outre mesure!

  18. liliba

    Beaucoup aimé l' »criture de de livre, notament au début, mais mon Dieu que le personnage est détestable !

    1. Karine :)

      Liliba: Ah oui, il est détestable mais il est parvenu à me toucher à la fin!!  Quand à l’écriture, je suis d’accord pour dire qu’il y a un souffle, une plume… mais moi, le thème odeurs/corps a fini par me lasser.. goûts perso!

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